La perspective du déconfinement ouvre celle de la reprise de l’activité industrielle, même s’il serait fort naïf de penser que les entreprises pourront redémarrer à effectif plein sous l’effet du frein psychologique persistant face la poursuite de la propagation du virus, des doutes des salariés sur les conditions sanitaires dans l’exercice de leur travail, de carnets de commandes allégés et de la pression de certains syndicats de salariés. L’UIMM insiste auprès de ses adhérents du secteur de la métallurgie pour une reprise généralisée afin d’éviter « un effondrement de l’économie en fin d’été. » Avec à la clé, un guide des bonnes pratiques.


Les résultats ne sont que partiels, mais sont un bon baromètre de l’activité industrielle depuis le début du confinement. En Côte-d’Or, les entreprises de la métallurgie interrogées par leur organisation professionnelle, l’Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM), livrent que les deux tiers d’entre elles (*) sont restées ouvertes depuis le 17 mars. Mais leur activité a fortement chuté : leur capacité de production a été au moins divisée par deux.

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Philippe Guérit, président de l'UIMM Côte-d'Or : « L'industrie ne peut rester durablement sous perfusion. »

Elles ont assuré les commandes en cours avec pour certaines des difficultés d’approvisionnement en matières premières, une fois leur stock consommé. En conséquence, même celles qui ont poursuivi, ont actionné le chômage partiel et, indépendamment de ce dispositif, ont enregistré des absences pour garde d’enfants, congés volontaires ou maladie.
Le déconfinement prévu le 11 mai suffira t-il à réamorcer la machine ? Rien n’est moins sûr. Seulement 10% des chefs d'entreprises de Côte-d’Or qui ont fermé leur usine depuis le 17 mars disent vouloir, dans ce même sondage, rouvrir la semaine prochaine, mais l’impact psychologique est réel tant du côté des chefs d’entreprise que des salariés. Ce qui sur l'échantillon du sondage représente un tiers des entreprises qui ont stoppé toute activité.
« Il serait souhaitable d’avoir une reprise généralisée, sinon cet été, ce sera l’effondrement », alerte Philippe Guérit, président de l’UIMM Côte-d’Or, organisation professionnelle qui rassemble 200 entreprises de la mécanique et de la métallurgie qui emploient 16.000 salariés.
Son collègue de Saône-et-Loire, Damien de Margon – département où la métallurgie représente plus de 500 entreprises, soit 19.000 salariés –, renchérit : « Le déconfinement, progressif, est une première étape qu’il faut réussir, puis suivra la reprise d’activité qui se fera par étape, et enfin la relance qui devra être la plus rapide possible. »
Le message s’adresse d’abord aux grands donneurs d’ordre à l’arrêt, l’industrie automobile et une grande partie de l’aéronautique étant les principaux dont dépendent un grand nombre de sous-traitants, en Côte-d’Or comme ailleurs. Dans les grands groupes, la reprise frémit. Lundi 4 mai, PSA a annoncé la réouverture de plusieurs de ses sites – Mulhouse, Charleville Mézières, Metz et Trémery, dans l’Est –, mais aucune date pour Sochaux, le berceau de la marque où les syndicats se heurtent à la direction sur la question de  la réouverture des concessions automobile et des conditions de rémunération du chômage partiel.


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Un accompagnement pour mettre en place les mesures de distanciation sociale en usine

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© Traces Ecrites

Le message de l’UIMM s’adresse aussi aux petites et moyennes entreprises de la métallurgie, fort nombreuses, certaines ne comptant qu’une poignée salariés et n’ayant parfois que le seul patron pour tout organiser. A l’UIMM de Côte-d’Or, explique Philippe Guérit, « une cellule de veille accompagne les chefs d’entreprise dans la mise en place des mesures barrière et de distanciation sociale. » La filière a aussi acquis des masques et des visières de protection pour leurs adhérents qui n’auraient pas encore passé commande.
Reste que les conditions de sécurité, dans un atelier, ne sont pas forcément évidentes à concrétiser. Elaboré avec une partie des représentants des salariés, un guide sanitaire (une somme de 80 pages téléchargeable ici ), mixe les consignes de l’état et les bonnes pratiques observées en milieu industriel. « Il faut entièrement repenser les flux et l’organisation sociétale », commente le président de l‘UIMM Côte-d'Or. Certaines consignes peuvent dérouter, sachant qu’elles ne ne sont cependant pas obligatoires, comme la prise de température à l’entrée ou les tests de dépistage. « Il est aussi du devoir du chef d’entreprise de rassurer les salariés, tant cette pandémie comporte une part  psychologique variable selon les personnes. »
Pour le représentant de la filière, l’industrie ne restera pas sous perfusion éternellement et plus tardive sera la reprise, plus grave sera la crise. Déjà, des projets de licenciements prennent place dans la réflexion des dirigeants, faute de voir venir de nouvelles commandes.

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Que contient le guide sanitaire de l'industrie mécanique et métallurgique ?

Certaines consignes matérielles, élaborées au plan national par l’UIMM avec la coopération de quelques organisations syndicales, relèvent du bon sens. Comme le nettoyage des surfaces de contamination potentielle (poignées de porte, rampes, sanitaires…), des équipements de production, des chariots automoteurs, postes de commande…, faire des courants d’air avec les fenêtres (en faisant attention à ce que les salariés ne s’enrhument pas, sic !), plusieurs fois par jour etc. Pourtant, elles peuvent relever du casse-tête : par exemple, comment faire en sorte que les personnes ne se croisent pas dans l’escalier ou les couloirs ?
D’autres mesures sont moins simples à mettre en oeuvre, car elles dépendent de la surface des ateliers, comme la réorganisation des locaux et leurs équipements afin de supprimer le maximum de surfaces et objets susceptibles d’être manipulés par plusieurs personnes. Pour le travail sur des lignes de production, le guide recommande de matérialiser la zone d’intervention de chaque salarié et, en cas d’avancement automatique de la ligne, de revoir la cadence de manière à éviter toute interaction. La réflexion doit aussi porter sur l’organisation des repas des salariés sur le lieu de travail, faute de restauration extérieure ou à cause de locaux sociaux trop étroits.
En ce qui concerne la gestion du personnel, une bonne dose de dialogue prévaut lorsque la sécurité sanitaire impose de limiter la présence simultanée de salariés dans un même espace. Il faut alors organiser des rotations et des horaires aménagés.
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Damien de Margon, président de l'UIMM de Saône-et-Loire : « Permettre aux salariés de retourner au travail est une nécessité impérative (...) sinon les entreprises risquent rapidement de manquer de trésorerie, notamment les TPE et PME. Le retour à la production est vital pour elles. »


(*) L’enquête de l’UIMM Côte-d’Or a été réalisée du 15 au 17 avril 2020 auprès de ses 200 adhérents. Sur les 80 qui ont répondu, en majorité des PME de 50 salariés et moins, 57% ont maintenu une activité, cependant au ralenti avec une capacité de production au moins divisée par deux. 83% ont activé le chômage partiel. 10% des 43% qui ont fermé leurs portes depuis le mois de mars disent vouloir redémarrer au moment du déconfinement.

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