TEXTILE/VOSGES. La manufacture textile de Gérardmer spécialisée dans le linge de table haut de gamme vient de fêter ses 130 ans. Le Jacquard Français a su rester innovant et exporter un savoir-faire et un style « à la française » reconnus dans le monde entier. Les défis pour les années à venir seront de pérenniser cette tradition en recrutant. Pas simple.

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Travail sur l'ensouple du métier à tisser, qui permet d'enrouler tous les fils de chaîne, pas moins de 6000 fils pour former une nappe. © Julie Giorgi.

Sélection, assemblage, encollage, nouage des fils, tissage, contrôle des rouleaux, ennoblissement puis confection… Ce processus de fabrication long, fastidieux et minutieux a fait toute la renommée des collections estampillées Le Jacquard Français. Aujourd’hui, l’entreprise qui a fêté ses 130 ans le 9 novembre dernier, se positionne comme leader sur le marché du linge de table haut de gamme. Elle compte 120 salariés, dont 70 à la manufacture de Gérardmer dans les Vosges (la seconde est en Tunisie) et réalise un chiffre d’affaires de 14 millions d’€, dont la moitié à l’export dans une cinquantaine de pays.
Retour sur cette longue et belle histoire. Fondée en 1888, l’usine de tissage prend d’abord le nom des établissements Nathan Lévy (du nom de son fondateur). En 1969, elle est rachetée par le groupe Elis, spécialiste de la location et entretien du linge, et change de nom pour Le Jacquard Français en 1974. Alors que le blanc était encore la couleur reine du linge du maison, Le Jacquard Français innove en collaborant en 1978 avec la styliste Primrose Bordier qui apporte de la couleur aux nappes. Une audace qui paye : le succès est immédiat. Aujourd’hui encore la couleur est une des forces de la marque, associée à la précision des motifs.



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Cette histoire riche, vieille de 130 ans, constitue un atout pour l’entreprise, surtout à l’international. « Les clients étrangers sont sensibles au savoir-faire français. L’histoire de la marque est un critère important. En Australie par exemple, le made in France fait rêver », assure Stéphane Thomas, responsable des ventes à l’export. La société vient d’expédier du linge de cuisine sur le marché australien, et en 2019, ce sera au tour du linge de bain.
Cette année, Le Jacquard Français a également réussi à s’implanter sur le marché chinois. La société possède 1.500 revendeurs dans le monde dont 400 en France. La marque est présente dans tous les grands magasins (Printemps, Galeries Lafayette en France, Harrods en Grande-Bretagne, Kadewe en Allemagne, Isetan au Japon, etc.). Ses plus gros marchés à l’export sont les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.

 

Un équilibre subtil entre tradition et mode

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Le Jacquard Français positionne son image sur le savoir-faire français et l'intemporel. © Julie Giorgi.

Les collections proposent à la fois des modèles classiques, incarnation du chic « à la française » et des modèles plus contemporains, à l’inspiration urbaine. Béatrice Brandt, la directrice générale, à la tête de l’entreprise depuis deux ans, travaille à un équilibre subtil entre tradition et modernité. « Nous ne cherchons pas à rajeunir la marque, ni à se montrer le plus à la mode possible. Nous voulons juste que nos collections restent intemporelles et belles », explique t-elle.
La dirigeante s’est également attelée à redynamiser l’image de la marque. « Au sein du groupe Elis, Le Jacquard Français était un peu « la belle endormie » ; nous avons donc cherché à dépoussiérer, quitte à déranger un peu, pour montrer qu’il se passait quelque chose, que la marque restait ancrée dans son temps ». Ainsi, la PME vosgienne a entamé un partenariat avec le Slip Français, autre entreprise textile prônant le made in France.

 

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Pour la fête des pères en juin dernier, les deux maisons ont sorti « le kit du cuistot » : un tablier orné d’un slip, un torchon et un gant. Cette année, la marque a également collaboré avec les cuisinières haut de gamme La Cornue et avec Monoprix pour des collections de linge de cuisine.
Bien qu’évoluant sur un marché de niche et riche d’un savoir-faire d’exception, l’entreprise doit faire face à de nombreux défis. « Le fait d’appartenir à un groupe nous a aidé à survivre. Notre filière nécessite des investissements lourds. Un métier à tisser comme ceux que nous avons dans l’usine, coûte un million d’€. En septembre dernier, nous avons investi 200 000 € dans un nouveau bobinoir », fait remarquer la dirigeante.

 

Une dizaine de postes à pourvoir dans l’immédiat

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Le Jacquard Français recrute entre autres des tisserands, des noueurs de chaîne, un technicien régleur en charge des métiers à tisser. © Julie Giorgi.

L'entreprise peut compter sur le soutien financier du groupe Elis, mais doit également développer son business. Pour y parvenir, elle doit conquérir de nouveaux marchés à l’export : en Asie du Sud Est, en Australie, en Amérique latine, et diversifie son offre. Cette année, elle a lancé une collection de linge de bain et de plage et au printemps 2019, ce sera une gamme outdoor de coussins et de matelas pour transats.
Deux collections « sport » sont également en projet, l’une d’inspiration tennis avec des serviettes et des sacs, et l’autre d’influence yoga avec un protège-matelas de yoga. Ces produits sortiront aussi au printemps 2019, mais uniquement en France. Le marché national servira de test…

 

 

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L’autre défi à relever est celui de pérenniser le savoir-faire. A court terme, une part importante du personnel de l’usine  de Gérardmer va partir à la retraite et… il n’existe plus de formations aux métiers du tissage jacquard. Une dizaine de postes sont à pourvoir : des tisserands, des noueurs de chaîne, des visiteurs (chargés de contrôler les rouleaux de tissus), un informaticien, un technicien régleur en charge des métiers à tisser. L’entreprise accueille les débutants car elle se charge de la formation en interne.
Et si la PME trouvait des couturières, elle aimerait rapatrier la confection réalisée en Tunisie. « Nous avons diffusé largement nos annonces d’emplois et nous les avons relayées sur les réseaux sociaux mais nous peinons à recruter », confie Béatrice Brandt. L’enjeu est de taille pour que l’histoire plus que centenaire perdure encore longtemps…


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Béatrice Brandt, 48 ans, est diplômée d’une maîtrise de sciences de gestion de la Faculté de Toulouse et d’un master 2 de marketing obtenu à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) d’Aix-Marseille. Elle a travaillé comme directrice marketing chez Agfa puis au sein du groupe Vileda. En 2010, elle rejoint le groupe Elis en tant que directrice marketing textile et produit. En février 2016, elle devient directrice générale de l’entreprise Le Jacquard Français. © Julie Giorgi.

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