Le marché de la carterie résiste bien au numérique. Hironwoods, une petite entreprise du Jura, s’est positionnée sur le créneau spécifique de la carte postale en bois fabriquée avec des feuilles de placage issues du déroulage du bois.
Familier de la technique du déroulage du bois qu’il avait appris tout frais sorti du lycée du bois de Mouchard (Jura) dans une entreprise québécoise de contreplaqué, Fabien Hiron vint naturellement à l’utiliser pour en faire des cartes postales. Plusieurs années de maturation débouchent il y a une dizaine d’années sur une activité qui occupe aujourd’hui 7 personnes à Cramans, à un quart d’heure du lycée où il fit ses études.
La définition du déroulage du bois n’est-elle pas : « dérouler du bois à la manière d’un rouleau de papier » ?, note le fondateur et gérant de l'entreprise Hironwoods. On part d’une bille de bois, le mot technique désignant un tronc d’arbre débarrassé de ses branches, que l’on fait tourner sur un tour pour en découper des tranches de moins d’un millimètre d’épaisseur, nommées feuilles de placage. « Dans le tronc d’un arbre d’une trentaine d’années, on peut faire entre 75.000 et 90.000 cartes postales », précise t-il.
L’assimilation du bois avec le papier se poursuit du fait qu’on peut aussi écrire dessus avec un stylo à bille et faire une impression à l'encre. Le résultat est inattendu. La carte est flexible et résistante (Note de la rédaction (ndlr) : on a testé sans oser la plier en deux) et peut porter des reproductions de photos et de dessins. « L’épaisseur a été étudiée pour que la carte et son enveloppe elle aussi en bois mais doublée d’un film de papier pour améliorer la protection du contenu, ne dépassent pas 20 grammes, le poids pour un timbre poste de base », explique le dirigeant.
Pour parvenir à ce résultat, le meilleur bois est l’érable, assure l'entrepreneur, dont il existe des espèces dans le Jura et un peu partout en France. Sa couleur pâle permet de reproduire des couleurs fidèles au modèle original. D’autres essences sont utilisées selon le rendu recherché, des veines plus ou moins marquées ou des nuances de tons, du brun comme le chêne, à l’oranger du cèdre en passant par le rougeâtre du merisier.
Une diversification dans les objets et l'emballage

Après les premiers essais avec des cartes de visite, la petite entreprise s’est rapidement tournée vers la carte postale classique que l’on trouve dans les présentoirs des lieux touristiques reproduisant un paysage ou des animaux typiques du Jura comme le Grand Tétras. Puis, elle a progressivement diversifié son catalogue qui contient aujourd’hui des marque-pages, des cartes de vœux, des posters, des faire-part ou encore des cartes à collectionner. « La tendance faisant d’une carte un élément de décoration nous a incité à faire appel à des illustrateurs », explique le dirigeant.
Car contrairement aux idées reçues, le marché de la carterie résiste au numérique. On envoie toujours autant de cartes postales en souvenir de voyages et vacances. « Un Français achète en moyenne 6 cartes par an », évalue Fabien Hiron. Selon l'Union Professionnelle de la Carte Postale, les cartes postales touristiques ont généré un chiffre d’affaires de 36 millions d’€ en 2019.
Hironwoods fabrique un million de cartes par an de manière très artisanale avec une presse à découpe et un banc d’impression, le déroulage étant réalisé par un sous-traitant. Les 700.000 € de ventes réalisées en 2020 s’effectuent dans le réseau classique de distribution (carteries, lieux culturels et touristiques) que démarchent des agents commerciaux indépendants ainsi que sur une boutique en ligne qui permet de personnaliser sa demande, pour des faire-parts de naissance, de mariage ou, comme en ce moment, des cartes pour la fête des pères… Hironwoods continue d’explorer les possibilités de la technique du déroulage du bois avec des objets en volume et des produits d’emballage. Les premiers essais sont concluants.


Originaire de la Sarthe, Fabien Hiron est tombé amoureux du Jura en même temps que des métiers du bois. Pensionnaire au lycée du bois de Mouchard, où il prépara un BTS Technico-commercial, il se sentit tout de suite chez lui dans cette région où, assure t-il, « il y a une philosophie de vie. » Son attirance du Canada, qu’il assouvit avec un stage puis un job chez un fabricant de contreplaqué pendant un an, n’eut pas raison du Jura. En 2004, il revient à Mouchard et se met à son compte pour vendre des machines à bois et faire du commerce de bois brut.
La crise de 2008 grippant le marché, il se reconvertit dans la carte postale en bois. Il avait testé la technique et les débouchés dans son environnement proche, deux ans auparavant. De 2 personnes, dont lui-même en 2009, la petite entreprise compte 7 salariés, dont récemment une nouvelle recrue pour renforcer l’équipe commerciale et développer la communication sur les réseaux sociaux.




















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