Co-dirigée par Dominique Froux – l’une des soixante dirigeantes de l’édition 2019 de 60, le best of de Traces Ecrites News –, Geficca fabrique à Cosne-sur-Loire (Nièvre) des pièces techniques en caoutchouc, synthétique et naturel. L’enjeu de la filière est de trouver une matière alternative aux composants pétroliers. Dans le registre du recyclage des matériaux usagés ou de matière vierge d’origine végétale.

D’emblée, Dominique Froux prévient qu’elle n’est pas une technicienne du caoutchouc. Pourtant, au fur et à mesure de la visite guidée, poste par poste, de l’usine de Cosne-sur-Loire, ponctuée de commentaires avisés, on en doute. « Le caoutchouc, c’est devenu une grande passion », dit-elle comme pour excuser ses propos liminaires.
En près de trente ans, la présidente du directoire de Geficca (chiffre d’affaires de 12 millions d’€) a peaufiné ses savoirs. 
Embauchée en 1990 comme directrice commerciale après un master 2 de commerce international et un Exécutive MBA de finances, elle grimpe les échelons : à la direction générale adjointe en 2004, puis à la présidence du directoire en 2013.
Son ancien patron, Bernard Fontaine, avait proposé de lui céder son entreprise avec deux de ses collègues, Vincent Desnot, aujourd’hui directeur général et industriel, et Abel Kaichouh, directeur technique. La transmission se fait sous la forme d’un LBO (Leveraged Buy Out) qui va bientôt arriver à son terme.


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L’entreprise Geficca transforme du caoutchouc, synthétique et naturel, pour en faire des membranes d’étanchéité, des gaines pour câbles et faisceaux, des suspensions anti-vibratoires, des joints d’étuves et d’autoclaves… pour plusieurs secteurs industriels, de l’automobile à l’aéronautique en passant par l’agroalimentaire et l’électroménager.
Dans l’atelier de 3.500 m2, plusieurs techniques se côtoient : le moulage par injection, compression et extrusion. 90 personnes y travaillent en trois équipes. Une seconde usine, de 150 salariés, est historiquement implantée en Tunisie pour les grosses séries.

 Des caoutchoucs connectés

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Dominique Froux, présidente du directoire de la SA Geficca codirige l'entreprise avec Vincent Desnot et Abel Kaichouh. © Traces Écrites

Quatre postes de travail attirent l’attention. Une énorme presse de 1.000 tonnes acquise il y a deux ans moule des pièces par compression : le caoutchouc cru est disposé dans un moule puis compressé pour en prendre la forme, avant d’être vulcanisé (procédé de cuisson). 
Au fond de l’usine, un espace est entièrement consacré aux « bib mousse », sortes de chambres à air pleines de Michelin. Un autre atelier est réservé aux tétines en caoutchouc pour la puériculture et l’alimentation animale. Celles-ci sont fabriquées avec du latex végétal que sécrète l’hévéa.
Plus loin encore, un poste est affecté aux dernières innovations maison, les caoutchoucs connectés par radio RFID. La discrétion est ici de mise. Les manufacturiers du pneu n’en sont encore qu’aux débuts de l’intégration de la connectivité dans la bande de roulement pour transmettre des informations au conducteur du véhicule (pression des pneus en temps réel sur le tableau de bord ou adaptation de la conduite en fonction de l’état de la route, par exemple).

Découvrir les 60 dirigeantes d'entreprises de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est de l'édition 2019 du Best of de Traces Ecrites News ici.

 
Un bureau d’études développe ces technologies communicantes et un laboratoire formule la composition des élastomères, en fonction de l’utilisation finale. « L’innovation est dans l’ADN de Geficca, nous y consacrons plus de 6.000 heures d’études par an », insiste la dirigeante.
Elle et son équipe prennent part aux programmes de recherche de la filière caoutchouc : cette matière première issue du pétrole pourrait, à terme, être remplacée par de la biomasse d’origine végétale et par ailleurs être recyclée, ce que techniquement aujourd’hui on en sait pas faire (Lire encadré).

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La presse de 1.000 tonnes moule des pièces par compression. © Traces Écrites

Femme énergique, Dominique Froux réussit encore à trouver du temps pour s’investir en dehors de son entreprise, comme administratrice de la Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté et membre du conseil consultatif de la Nièvre de la Banque de France.
Avec ses associés, elle veille à impliquer les salariés dans l’amélioration des pratiques, comme rendre l’organisation des ateliers la plus fluide possible ou améliorer les posts de travail etc. et à partager le bulletin de santé de l’entreprise. « Pour qu’ils se sentent bien, il faut s’ils sachent où on veut aller. »

 

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La filière caoutchouc en quête de matière biosourcée

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Moulage par compression. © geffica.
Geficca s’est impliqué dans le projet Bioproof, conduit de 2013 à 2018 dans le cadre du Programme Investissements d’Avenir qui vise à trouver des matières premières alternatives à celles issues de l’industrie pétrolière. « C’est le sens de l’histoire », commente Dominique Froux, « il nous faut être moins dépendants du pétrole en le substituant par des matériaux biosourcés et réussir ce que le plastique sait bien faire, c’est-à-dire ajouter du caoutchouc recyclé ou des rebuts de production dans la matière première vierge. »
Le programme de recherche a permis de tester plus d’une centaine de matières avec l’aide d’une quarantaine de fournisseurs. Et de parvenir à plusieurs conclusions que les manufacturiers commencent à mettre en oeuvre. Comme l’incorporation du caoutchouc dévulcanisé issu de pneumatiques usagés, à hauteur de 10 %, sans perturber les propriété du matériau ou fabriquer du noir de carbone avec des pneus en fin de vie.
Certaines solutions peuvent paraître cocasses et pourtant des chercheurs allemands travaillent on ne peut plus sérieusement à l’amélioration génétique du pissenlit russe (de son nom botanique, le Taraxacum kok-saghyz qui ressemble comme deux gouttes d’eau à notre pissenlit), pour devenir une alternative au latex de l’hévéa  (car il secrète beaucoup de latex). Mais le procédé d'extraction ne semble pas encore économiquement rentable.
La Fondation du caoutchouc dont Geficca est l’un des membres fondateurs en 2014, auprès de grands groupes mondiaux tels que Goodyear, Dunlop - Hutchinson ou encore Michelin, finance par ailleurs des travaux de recherche sur le même sujet. 

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