Les enquêtes de conjoncture de début d'année de la Banque de France en régions livrent leur verdict : les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté et du Grand Est ont connu une croissance de leur chiffre d’affaires l’an dernier, mais elles ont subi une poussée encore plus importante de leurs charges, sous l’effet de l’inflation et des pénuries de matières. Particulièrement marqué pour l’industrie bourguignonne et franc-comtoise, le phénomène n’est peut-être pas terminé.
Les chiffres d’affaires des entreprises ont été orientés à la hausse en 2022 en Bourgogne-Franche-Comté. Problème : les coûts de production l’ont été encore plus. Ce frustrant différentiel est mis en exergue par l’enquête de conjoncture présentée ce mercredi 22 janvier par la direction régionale de la Banque de France.
Hors les services, les secteurs d’activités ne sont pas parvenus à compenser intégralement la flambée des prix qu’ils ont subie, ce qui a pesé sur leurs marges. L’écart est particulièrement significatif pour l’industrie : son chiffre d’affaires a progressé de 4 %, mais les coûts de production, eux, ont grimpé de 15,5 %. Spécialité par spécialité, la différence entre les deux indicateurs atteint 6 points pour l’agro-alimentaire pourtant auteur d’une belle performance en soi (+ 9,4 % de chiffre d’affaires), elle se réduit à 3 points pour les « autres secteurs » (chimie, métallurgie, plasturgie, bois…) mais bondit à pas moins de 23 points pour les matériels de transports, dont le chiffre d’affaires nominal a reculé de 17,7 %.
A l’intérieur de ce dernier segment, le bilan est un peu moins négatif pour l’industrie automobile (- 15,5 % de chiffre d'affaires) et plus encore pour la « filière » automobile ( - 6,8 %). « Dans cette dernière terminologie propre à la région, nous rangeons les fournisseurs de l’automobile qui travaillent aussi pour d’autres secteurs. En règle générale, leurs indicateurs ont été meilleurs, ce qui tend à valider le bien-fondé de stratégies de diversification », commente François Bavay, directeur régional de la Banque de France.
De même dans la construction, le bâtiment (+ 5,9 % de CA contre + 7 % de coûts) comme plus encore les travaux publics (+ 4,3 % versus + 9,8 %) ne compensent pas les surchauffes des factures.
Les effectifs n’ont pas été affectés par ces contraintes, affichant de légères hausses dans les différents pans de l'économie régionale. Il en va autrement de la rentabilité, en particulier à nouveau dans l’industrie, où un chef d’entreprise sur deux déclare déplorer leur diminution en 2022.
S’agissant des projections pour cette année, le rebond post-Covid se confirme en soi, avec une industrie promise à nouveau à une légère croissance, de 2,3 %. Mais sera-ce suffisant pour résister cette fois-ci aux montées des coûts ? Le contexte devrait être moins problématique, avec le ralentissement de l’inflation, attendu pour la fin du premier semestre, « voire un peu avant », avance François Bavay. « Nous n’avons pas observé jusqu’à présent de spirale à la hausse des salaires, poursuit le directeur régional. En revanche, les difficultés de recrutement sont persistantes et à haut niveau (de l’ordre de 60 % de dirigeants déclarant une telle difficulté, Ndlr), alors qu'à l'inverse, une certaine détente se manifeste sur l’autre préoccupation majeure de 2022 : les difficultés d’approvisionnement (40 % des industriels impactés en décembre contre 64 % en avril). »
Effet Stellantis dans le Grand Est

Dans le Grand Est, l’enquête similaire de la Banque de France relève une forte croissance du chiffre d’affaires de l’industrie de 13,6 % en 2022, « qui doit en partie à l’effet des lancements de véhicules chez Stellantis à Mulhouse portant la hausse à 23,7 % rien que pour l’automobile », relativise Baptiste Allerand, directeur régional adjoint (*). De même cette industrie, en particulier via l’intérim, tire l’emploi vers le haut : + 8,9 % pour elle et + 3,6 % pour l’ensemble de l’industrie dont les effectifs avaient presque stagné en 2021. Les investissements se caractérisent par un dynamisme après leur pause post-Covid, en enregistrant une croissance de 16,8 % l’an dernier.
Cette année, le vert est à nouveau mis pour les prévisions de chiffre d’affaires. Pour l'industrie, le pronostic se situe à + 5 %, un niveau que Baptiste Allerand accompagne d’un commentaire comme en écho à l’analyse de ses homologues de Bourgogne-Franche-Comté : « Cela reste peu au regard de l’inflation attendue. »
(*) en partance pour la succursale de la Banque de France à Vannes (Morbihan)


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