Le géant japonais Toyota rejoint les Européens dans la liste des constructeurs qui confient à Dangel la transformation de leurs modèles 4X4 en véhicules utilitaires. La PME alsacienne veut faire du 4x4 un modèle de vertu en terme d’émissions de C02. Une enveloppe d’investissement de 8 millions d’€ accompagne ces mutations.
Dangel, leader européen de la transformation en 4x4 de véhicules utilitaires ? L’ambition fixée il y a quatre ans pouvait sembler démesurée. Et pourtant, le « petit » constructeur de Sentheim (Haut-Rhin) en fait une réalité. Un pas décisif vers cette pole position sera franchi dans quelques semaines : en mai, Toyota proposera sur l’ensemble du Vieux Continent, via ses concessionnaires ou ses importateurs, la version quatre roues motrices made by Dangel de ses modèles utilitaires ProAce et ProAce City, étendant ainsi un partenariat amorcé depuis 2020 en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse.
Le géant japonais rejoint Peugeot et Citroën – les historiques –, ainsi qu'Opel et Fiat, dans la liste des constructeurs qui confient cette transformation à la PME alsacienne. « Ce qui représente assurément 50 % du marché européen ou plus encore », souligne le président d’Automobiles Dangel, Philippe Hébert. « Sur un marché de niche à leur échelle, l’internalisation de versions 2 roues rehaussées et de 4 roues motrices représente une équation compliquée pour les constructeurs. Nous-mêmes avons la qualification de constructeurs car nous assurons toutes les missions obligatoires pour l’obtenir : homologation, garantie… Et nous pouvons capitaliser sur la marque Dangel, bien installée sur le marché avec ses plus de 40 ans de présence », expose le dirigeant. 
L’arrivée de Toyota rendra aussi Dangel moins dépendant du groupe Stellantis, dont les croissances successives se sont répercutées sur le portefeuille client du transformateur alsacien. Celui-ci n’avait pas attendu le rachat par PSA d’Opel pour démarcher le constructeur allemand, avec succès. Fiat, la mariée à PSA qui a donné naissance à Stellantis l’an dernier, arrive davantage par cet effet-là dans l’escarcelle de Dangel, en lui apportant ses modèles utilitaires phares comme Ducato qui représentaient jusqu’alors des volumes marginaux. « Son implantation en Amérique du Nord à travers Chrysler (FCA) nous ouvre aussi des portes sur ce continent », ajoute Philippe Hébert.
Bientôt les premiers exemplaires des versions électriques

la version quatre roues motrices made by Dangel de ses modèles utilitaires ProAce et ProAce City.
L’homme arrivé à la tête de Dangel en 2017, après le retrait de l'actionnariat de la veuve du fondateur, ne manque pas d’ambition pour l’entreprise, on le voit. Quitte à bousculer quelque peu la culture maison, reconnaît-il. Mais cette approche lui est apparue nécessaire pour faire face aux multiples défis du monde automobile, qui touchent Dangel, pour certains de façon plus forte encore que pour les véhicules légers.
Ainsi en va-t-il de la décarbonation : faire du 4x4 un modèle de vertu en terme d’émissions de C02, voilà qui s’apparente à une gageure. Mais l’entreprise s’est engagée résolument dans le challenge. « Un axe prioritaire de notre recherche et développement vise à alléger la base mécanique pour réduire les missions », indique Philippe Hébert. Et le porte-drapeau du thermique qu’est Dangel prend aussi le virage de l’électrification de ses modèles, soit complète, soit par l’adaptation du train arrière. Il prépare la sortie commerciale des premiers exemplaires. Il planche aussi sur l’hydrogène.

Son appareil industriel à Sentheim se modernise pour ses mutations, au moyen d’une enveloppe d’investissement de 8 millions d'€ comprenant le concours de Bpifrance, « aide précieuse » pour lui depuis plusieurs années, salue le dirigeant, notamment pour couvrir les creux de trésorerie dans les temps de latence entre la fin de vie d’un modèle et la sortie du suivant.
Sur le plan commercial, le « nouveau » Dangel maintient ses fondamentaux : « L’utilité d’abord », formule son président. Autrement dit, servir avant tout une clientèle de professionnels qui apportent des services dans des zones éloignées des axes principaux de déplacement jusque dans les chemins les moins carrossables : gestionnaires de réseaux d’eau et électricité, organismes forestiers, postes, BTP…
Mais l’entreprise ajoute depuis bientôt deux ans une orientation vers un usage en loisirs, car le besoin de grand air induit par la Covid ne lui a pas échappé. C’est ainsi qu’il transforme des campings-cars des allemands Burstner en version 4x4 et Hymer en version « trek » version 2 roues : ce type d’adaptation fait aussi partie du savoir-faire de Dangel, y compris pour des véhicules utilitaires qui sont ainsi rehaussés.
L’ensemble de cette stratégie « paie » en termes de chiffres : la feuille de route pluriannuelle visait 27 millions d’€ de chiffre d’affaires à l’issue de l’exercice 2021-2022 qui se termine cette fin mars. Automobiles Dangel frôlera l’objectif, avec 26,5 millions d'€ (dont 75 % à l’export), mais souligne qu’il l’aurait dépassé nettement, à plus de 30 millions d'€, sans les fortes secousses qu’a connues l’industrie automobile ces dernières années. « Progresser, dans ce contexte, est une performance », commente Philippe Hébert. À son arrivée en 2017, le chiffre d’affaires se situait à 15,5 millions d’€.
Surstocker pour parer aux difficultés d’approvisionnement

La croissance s’est également traduite dans les effectifs, avec une vingtaine d’embauches en CDI depuis trois ans, portant le total des permanents à 115 salariés, auxquels s’ajoutent une trentaine d’intérimaires actuellement.
L’ « ère » Hébert est également marquée par des réorganisations industrielles. La logistique a été avancée de quelques kilomètres dans le bas de la vallée de la Doller où se trouve Sentheim, dans la zone d’activités de Burnhaupt-le-Haut. Deux implantations à l’étranger ont été opérées en lien avec PSA, de natures différentes.
Dangel a créé l’an dernier sa propre unité à Vigo (Espagne) à proximité du complexe du constructeur, pour des versions trek. L’autre site, cette fois-ci dans l’usine commune du constructeur français et de Mitsubishi pour de la fabrication de 4x4 sous licence, n’est autre que… Kaluga en Russie. Autant dire que l’incertitude et le manque de visibilité est total quant à son devenir. « On tablait sur 2 millions d’€ de chiffre d’affaires venant de la Russie pour l’exercice qui se termine », relativise Philippe Hébert.
Sa préoccupation première vient plutôt de la tension persistante sur les approvisionnements en matières de l’usine-siège de Sentheim. « On a décidé de surstocker à hauteur de 30 %, on ne peut pas se permettre d’être bloqués. » Car la demande, elle, est toujours bien là et plus que jamais. Si tout se passe bien, elle doit pouvoir mener la PME vers son nouveau cap : les 40 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2030.

Arrivé à la tête d’Automobiles Dangel en 2017 pour en devenir l’actionnaire majoritaire suite au retrait de la veuve du fondateur Henry Dangel, Philippe Hébert avait derrière lui, à 47 ans, une carrière bien remplie dans la mécanique chez PSA Peugeot-Citroën. Il avait exercé à la fonderie sous pression de l’usine de Mulhouse, puis après un détour par celle de Caen, était revenu sur le site alsacien pour prendre la direction de l’unité de mécanique.
Il a quitté le constructeur en 2015 puis créé sa propre structure de formation et conseil qui l’a laissé en lien étroit avec le monde automobile. Sa rencontre dans ce contexte avec Robert Lacker, le précédent dirigeant de Dangel qui était missionné par la famille pour réussir la succession, l’a fait entrer dans sa nouvelle vie, avec le concours de plusieurs associés investisseurs.
Photos fournies par l’entreprise








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