Il ne s’agit pas ici de comparer la chute des ventes du vin d’un vignoble français à l’autre car cette crise sanitaire n’épargne hélas personne. Les vins de Bourgogne échappent toutefois au pire sur les quatre premiers mois de l’année. Celui de mai en revanche commence à les pénaliser. De nombreuses craintes se font jour si la pandémie ne s’arrête pas et/ou reprend de plus belle, notamment pour le marché américain, premier débouché export des vins régionaux, déjà affectés par la taxe dite « Trump ».

 

« On s’en sort plutôt mieux que les autres vignobles à l’international, mais nous n’en tirons aucune gloire », déclare d’entrée de jeu Louis-Fabrice Latour, président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) qui tient son assemblée générale ce lundi à Beaune.
Sur les quatre premiers mois de l’année comparés à ceux de 2019, la baisse des volumes commercialisés à l’export n’est que de 2% et la perte de chiffre d’affaires de 8,3%. Rien de comparable avec le Bordelais qui voit ses ventes reculer de 31% en volume et la Provence de 21%.

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Louis-Fabrice Latour, président du BIVB. © Louis Latour

En intégrant le mois de mai, les choses se gâtent et l’on passe sur cinq mois à une baisse de 12% en volume et de 15% en valeur.
Si les exportations aux Etats-Unis, le premier marché international des bourgognes, souffrent  avec - 12% en volume et - 26% en valeur,  d’autant qu’elles subissent l’effet de la taxe dite Trump de +25%, d’autres destinations étonnement progressent comme la Grande Bretagne (+ 19% en volume et + 11% en valeur).
« Ceci s’explique par le fait que les Anglais n’ont pas de cave et achètent au détail, donc très régulièrement », explique Pierre Gernelle, directeur de l’Union des Maisons de vins de Bourgogne.

Pas de distillation ni de chômage partiel

La Canada, quatrième marché export des bourgognes, surprend également en affichant sur cinq mois des hausses de 3% en volume et 7% en valeur.
La segmentation forte des vins de Bourgogne avec quatre grandes catégories : grands crus, premiers crus, villages et régionales, a sans doute joué l’effet d’amortisseur à la récession.
« Les vins chers souffrent plus que ceux à rotation rapide comme les mâcons, les bourgognes rouges ou encore des appellations connues vendues à des prix intéressants », note Louis-Fabrice Latour.


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Un état sanitaire des vignes jugé « incroyable »

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Vignoble du Mâconnais. © Traces Ecrites

Si la climatologie demeure en l’état, 2020 devrait être un excellent millésime. « Je n’ai pas de souvenir d’un état sanitaire du vignoble aussi incroyable depuis mon arrivée à la direction du pôle technique du BIVB en 2007 », s’exclame Jean-Philippe Gervais. Aucune attaque de mildiou, peu d’oïdium (tous deux des champignons).
Le temps radieux de ce printemps, sec et venteux, a inhibé les maladies. Bref, tout pousse en dépit d’un petit déficit hydrique. Bilan des courses, les vendanges seront précoces avec du raisin en abondance. « Je les estime avec 20 jours d’avance et tout pourrait être rentré fin août, voire tout début septembre », note le directeur du pôle technique du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne.
Un pôle technique qui ne chôme pas avec des programmes R&D, dont l’un baptisé « Volta ». Il s’agit d’un travail en réseau pour comprendre le vieillissement prématuré des vins blancs. Pas moins de 40 caves participent à ce travail de fond dès le premier pressurage des jus. « Il nous faut ce type d’expérimentations participatives pour que les vignerons deviennent acteurs de la recherche viticole. »

 

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En France, les grandes surfaces alimentaires, ouvertes durant le confinement, ont porté les ventes. « Cela risque d’être plus difficile maintenant en raison d’achats de précaution effectués et d’un redémarrage très lent dans la restauration. »
Reste quand même une situation souvent délicate pour les exploitants viticoles qui sont 4.500 répertoriés, dont 3.000 qui vinifient. « Ils n’ont pas eu recours au chômage partiel car il fallait assurer les travaux dans les vignes et n’ont pas voulu non plus reporter leurs charges », souligne Thiébault Huber, vigneron bio en Côte de Beaune à Meursault et président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB).

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Une des caves de vieillissement de la maison Faiveley de Nuits-Saint-Georges. © Traces Ecrites


Sans excès, les viticulteurs ont néanmoins activé le prêt garanti par l’Etat (PGE) et aucun en Bourgogne ne souhaite utiliser le recours à la distillation payée autour de 70 € l’hectolitre, une mesure gouvernementale qui consiste à autoriser la transformation du vin en alcool pour compenser sa mévente.
En onze semaines, leur perte d’activité frise les 30% et cela risque de s’amplifier, car nombre de vignerons dépendent pour leur commercialisation de salons, tous annulés. « C’est pourquoi, nous demandons une exonération des charges d’exploitants au moins jusqu’à fin décembre », pontue le président de la CAVB.

 

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La Bourgogne viticole en chiffres

Sur 29.395 hectares de vignes, la Bourgogne produit en moyenne annuelle 1,41 million d’hectolitres pour 84 appellations. La taille moyenne d’une exploitation est de 6,5 hectares. La filière réalise 1,74 milliard d€ de chiffre d’affaires, dont 48% à l’export, et génère emplois 45.200.

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