Romane Le Priol prend la tête de la société de distribution de dispositifs médicaux fondée par son grand’père, auquel elle succède directement. A 22 ans, elle compte consolider les bases de la croissance du grossiste de 15 personnes en perpétuel recrutement et l’ouvrir à de nouveaux horizons.
Elle pourrait prétendre au titre de benjamine régionale des dirigeants d’entreprise. A seulement 22 ans, Romane Le Priol a pris, le mois dernier, la tête d’IMM, distributeur de dispositifs médicaux à Belfort. Familiale, la société de 15 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de 10 millions d’€ est passée sans transition de la première à la troisième génération, puisque sa nouvelle présidente-directrice générale succède à son grand’père, fondateur dans les années 1990, alors à Châtenois-les-Forges (Territoire de Belfort).
Pharmacien de profession, Gérard Levaux avait répondu à sa propre appétence à mettre ses compétences au service de l'amélioration des conditions de soins des patients, ainsi à la recherche, dans le milieu médical, de solutions plus confortables pour les saignées. Celles-ci continuent à être pratiquées pour certaines pathologies comme l'hémochromatose, l'excès de fer dans le sang. Gérard Levaux avait alors mis au point un set de saignée sous forme d’un redon, une sorte de ballon d’aspiration, alternatif à la technique répandue de la gravité, dont l’efficacité est altérée lorsque la personne a des petites veines. Le dispositif d'IMM (International Medical Mediation) permet d'utiliser des aiguilles plus petites.
Ce produit reste au catalogue du grossiste. Mais sa croissance est venue de perfurseuses mobiles, introduites à partir des années 2010, de type « diffuseurs élastomériques. » L’administration de la substance nécessaire s’opère selon un procédé d’expulsion, là encore par opposition à la gravité (les poches de perfusion bien connues) et aux pompes électriques. « Ces diffuseurs présentent l’avantage d’une mise en œuvre aisée, au domicile du patient, par les infirmiers/infirmières. Fonctionnant sans pile ni prise électrique, ils tiennent dans une sacoche et permettent de se dispenser d'une potence comme d'une pompe », décrit Romane Le Priol.
Avec leurs accessoires associés (aiguilles, gants…), IMM les commercialise surtout auprès des sociétés de prestations de service de santé, chargées d’installer du matériel aux foyers des patients pour permettre au personnel soignant d’y intervenir. Les hôpitaux et cliniques complètent son portefeuille de clientèle.
Egalement distributrice de certaines pompes mécaniques pour l’immunothérapie et de systèmes de transport sécurisé de médicaments dits « en systèmes clos », de la préparation en pharmacie à l'administration au patient, la PME familiale a construit, de la sorte, un business model qui la tire de l’avant. « Nous nous sommes agrandis pour totaliser 350 m2 répartis sur trois locaux à Belfort. Nous recrutons deux à trois personnes chaque année, et nous allons poursuivre ce rythme d’embauches », énonce sa nouvelle dirigeante. La cadence ainsi enclenchée aboutit, en ce début 2024, à l’effectif de 15 personnes. Il est surtout constitué des fonctions de vente et de ce qui gravite autour, à savoir leur gestion, les achats et le magasinage.
Il comprend aussi une pharmacienne, rouage essentiel et nécessaire pour garantir la conformité de l’activité aux règlementations du secteur santé-médical qui vont encore se renforcer avec la directive européenne MDR sur les dispositifs médicaux. Cette fonction était assurée par Gérard Levaux, qui reste actif dans la société mais est rejoint, dans ce domaine, par une nouvelle recrue de l’an dernier, Marlène Martinez.
Développements dans les pays limitrophes
La petite-fille du fondateur s’inscrit dans ses pas, tout en posant les jalons de nouveaux développements. « La diversification vers d’autres matériels peut être envisagée », glisse-t-elle. Pour l’instant, Romane Le Priol verrait bien IMM prendre davantage son envol à l’international. L'entreprise a fait son entrée sur le marché de la Belgique et de la Suisse.
Poursuivre ce développement à l’international fait partie des intentions de la jeune présidente. S’agissant cette fois-ci de la géographie des achats, une autre quête la titille : recentrer davantage la carte des fournisseurs sur l’Europe.
Mais le combat est difficile. « Les coûts sont tendus dans notre domaine et les acteurs européens ont du mal à suivre. Nous nous fournissons majoritairement aux Etats-Unis, au Japon, en Inde ou encore en Thaïlande, des pays où nous trouvons l’équilibre entre la qualité des produits et leur prix d’achat. Nous ne travaillons quasiment pas avec la Chine, par contre », décrit Romane Le Priol.
IMM compte toutefois un fournisseur d’importance en Italie et elle a commencé à introduire des produits d'origine britannique, allemande et espagnole. Quant aux sets de saignée qui l’ont fait naître, ils sont français.
Comment se retrouve-t-on propulsée cheffe d’entreprise à 22 ans ? Pour Romane Le Priol, c’est la résultante de quelques concours de circonstance et du fait d’avoir « baigné » dans l’entreprise depuis toute petite. « J’avais pour perspective de reprendre en 2025/26, la transmission s’est opérée plus tôt, en fin de compte », témoigne-t-elle. Celle qui aurait pu poursuivre une carrière sportive de haut niveau dans le concours complet, la discipline mêlant dressage, cross country et saut d’obstacles, a accéléré sa formation.
Après un DUT de techniques de commercialisation à l'IUT de Belfort puis l'école de commerce Neoma Business School de Reims (Marne), elle a intégré le master de management international de l’Edhec Paris dans la foulée de son diplôme rémois en juin dernier, pour un cursus jusqu’à décembre 2024. Il s‘agit d’une formation sur-mesure pour des personnes, jeunes ou moins jeunes, dirigeants d’entreprise en parallèle. Elle ne comprend pas de cours en présentiel et aménage son calendrier en fonction de ce public particulier.


















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