CONSTRUCTION BOIS/DOUBS. Son modèle industriel, c’est l’usine PSA de Sochaux. Concepteur et fabricant d’éléments de maisons à ossature bois, l’entrepreneur d’Etalans (Doubs) s’en est inspiré pour appliquer, dans son atelier, les bases du lean manufacturing.
Cerise sur le gâteau, un logiciel adapté à tous ses postes de fabrication lui permet depuis quelques mois d’améliorer encore la production en éditant, chaque jour, les ordres de fabrication qui guident les opérateurs dans leur mission.

 

pansmaison 


Constituée par un seul immense atelier bordé d’une galerie, à droite, desservant bureaux d’études, secrétariat et autres services administratifs, l’usine sent bon le bois de sapin et d’épicéa. C’est évidemment la matière première des éléments de construction fabriqués par cette PME franc-comtoise de 25 salariés.

 

« Du bois franc-comtois à 90% », assure Dominique Charmoille, le dirigeant-fondateur de Charm’Ossature, « Pour des fournitures (fenêtres, isolants, bardage…) françaises à 95% », ajoute-t-il.

 

Les planches brutes, de différentes longueurs, sont d’abord taillées par la K2, une machine à commande numérique et pièce maîtresse de l’atelier. Numérotées, les pièces poursuivent leur chemin de poste en poste et les éléments de construction sont préparés selon les souhaits des clients, artisans et architectes, c’est-à-dire plus ou moins habillés, plus ou moins finis.

 

exercice_illegal_boucle 

 

Le reste - revêtements intérieur et extérieur, pose de menuiserie et d’isolation, assemblage… - est donc affaire de savoir-faire, et c’est ici que l’entrepreneur, ayant travaillé sur les problématiques de son entreprise dans le cadre du programme Copernic du Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD), en 2014, a choisi d’insuffler nouvelles méthodes et outils de production.

 

Traduction en ordres de fabrication

 

« J’en avais assez de voir des salariés ne pas savoir ce qu’ils faisaient. J’ai voulu donner du sens à leur travail, et j’ai créé un outil pour que chacun, quand il prend son poste, sache ce qu’il a à faire et en combien de temps. Depuis toujours, mon modèle industriel, c’est PSA Sochaux : la voiture avance et, dans l’entreprise, on devient client-fournisseur des ateliers voisins. »

 

Pour commencer, Dominique Charmille met en place les bases du lean manufacturing, en sectorisant les postes, les temps de travail et en réalisant une cartographie de l’entreprise et des fiches emploi.

 

Puis, début 2015, il complète l’organisation industrielle d’un logiciel maison qui permet de mesurer les tâches à accomplir, dont il a confié la conception à Share and Move.

 

agencesequane
©Agence Séquane.

 

La mission de cette start-up montbéliardaise consista à intégrer toutes les données du bureau d’études afin de les traduire en ordres de fabrication adaptés à chaque tâche.

 

Et c’est ainsi que tous les matins, depuis octobre dernier, Manuel Theron, un ex-cuisinier reconverti dans la construction bois, pilote le logiciel et édite les ordres de fabrication de chaque poste.

Le système est encore en rôdage, mais tous les postes sont désormais couverts. « J’ai expliqué aux salariés que pour que l’entreprise gagne de l’argent, il fallait qu’elle soit au juste prix », explique le chef d’entreprise.

 

banquepopulaire

 

« Maintenant, je vois chaque jour si on est meilleur ou moins bon que la veille, c’est un outil de contrôle et de gestion. J’ai été salarié pendant 26 ans, je sais que chacun attend que l’on regarde son travail », commente Dominique Charmoille.

 

Gain de 20 à 25% de productivité

 

Manuel Theron, qui distribue les tâches chaque matin, est tout aussi convaincu : « Au début, certains ont pris ça pour du flicage, mais maintenant, si j’ai du retard, on me réclame les ordres de fabrication. » 

 

Le dirigeant estime avoir gagné 20 à 25% de productivité, pour un investissement logiciel de 12 000 € (dont 8 000 de subvention régionale au titre de l’innovation) et la création d’un poste à temps plein.

 

ateliercharmossature
Charm'Ossature dispose de 3 300 m2 d'atelier.

 

« L’objectif, c’est d’adapter mon prix afin de faire plus de chantiers et donc plus de chiffre d’affaires, et au final de pérenniser la boutique… » En 2015, Charm’Ossature a réalisé un chiffre d’affaires de 3,1 millions d’€, dont 13% à l’export, en Suisse essentiellement. L’objectif est d’atteindre 25%.

 

Et maintenant que la production est en ordre de marche, c’est au tour de l’équipe commerciale de se structurer. « Avec cette organisation industrielle, nous sommes dimensionnés pour faire 5 millions d’€ de chiffre d’affaires », estime Dominique Charmoille.

 

Les photos non signées ont été fournies par l'entreprise.

 

sitecharmossature

 

dominiqueQui est Dominique Charmoille ?

 

Il dépasse tout le monde d’une tête et son accent franc-comtois traduit ses origines. Le fondateur de Charm’Ossature travaille depuis 27 ans dans le secteur des maisons à ossature bois.

 

« J’ai fait plus de 2 000 maisons », dit fièrement cet entrepreneur infatigable et enthousiaste qui s’est lancé en 2010, en pleine crise.


Après avoir été responsable de production pendant 18 ans chez un constructeur voisin, à Valdahon (Doubs), il a fondé cette année-là sa propre entreprise sur la zone d’activités de la Croix de Pierre, à Etalans, sur le plateau jurassien, à une petite demi-heure de Besançon.


« Pendant dix-huit mois, j’ai prospecté et cherché des financements pour construire ma société », se souvient-il. Il a finalement pu investir 3,5 millions d’€ dans un immense atelier de 102 mètres sur 32, où les planches de sapin et d’épicéa, peu à peu, se transforment en éléments de construction.


« Nous avons attaqué pendant la crise, mais nous avons fait du résultat chaque année », assure-t-il. « Nous avons pris tous les produits complexes et techniques que nos concurrents ne prennent pas, et maintenant, on n’a plus fait que ça ! »

Commentez !

Combien font "3 plus 8" ?