Emploi. Marie Bertin, dirige à Dijon, Impulsion Emploi, un cabinet conseil en formation et gestion du personnel. Animatrice de l'action "Cadres séniors en Bourgogne", initiée par le conseil régional de Bourgogne, le fonds social européen, la Direccte (*), l'Agefiph (*) et la Caisse d'épargne Bourgogne-Franche-Comté, elle dresse, à l'aulne de son expérience, un état des lieux sur l'emploi des séniors. En Bourgogne, les plus de 50 ans représentent 20% des demandeurs d'emplois, avec une hausse de 16% entre 2009 et 2010.

Quels sont les freins à l'embauche des séniors ?

Le critère d'âge est le premier frein. Les recruteurs n'avancent pas d'arguments de contre-performance ou de contre productivité.

Les politiques de l'emploi conduites depuis des années, leur ont donné des a priori aux raisons variées : niveau des salaires, capacité d'adaptation, motivation, rigidité.

Aujourd'hui, on ne parle plus de préretraites, car c'est interdit, mais dans les faits on se sépare plus facilement des plus âgés pour les mêmes raisons.

Depuis le 1er avril 2010, toutes les entreprises d'au moins 50 salariés doivent avoir signé un accord en faveur des salariés âgés, sous peine d'une pénalité équivalente à 1% de la masse salariale. Cette loi n'est-elle donc pas respectée ?

En Bourgogne, les accords sont encore timides. Sans doute parce que cette loi est arrivée dans un contexte peu favorable à l'embauche, et en même temps que d'autres, comme les lois sur les travailleurs handicapés et sur l'égalité professionnelle.

Des entreprises ont cependant mis en place des accords remarquables, axés majoritairement sur le maintien de l'emploi.

Par exemple, des bilans de fin de carrière débouchent sur des formations permettant une  adaptation des salariés à l'évolution ou au changement de leur poste au sein de l'entreprise.

D'autres entreprises favorisent les demandeurs d'emploi séniors en grande difficulté qui ont besoin d'un emploi pour compléter les trimestres manquants pour prétendre à la retraite.

Dans l'action "Cadres séniors en Bourgogne, ce sont les PME qui ont le plus recruté de cadres séniors, notamment pour soulager le chef d'entreprise de certaines tâches.

Les employeurs ont apprécié la flexibilité d'intégration de ces candidats qui sont passés par un CCD, un CDD partiel ou un portage salarial, avant de se voir proposer un CDI.

Quel est le bilan de l'action "Cadres séniors en Bourgogne" qui s'est achevée le 21 décembre 2010 ?

Sur les 50 séniors en recherche d'emploi accompagnés depuis 2009, 35 ont retrouvé un emploi durable. Les deux tiers ont plus de 55 ans. Ce sont principalement des entreprises services qui les ont recrutés.

Le secteur de l'industrie est aujourd'hui plus imperméable à l'embauche et nous n'avons pas pu placer nos quelques ingénieurs.

Quel message transmettre aux employeurs ?

Avec le recul de l'âge de la retraite, à 50 ans, il reste encore une dizaine d'années à travailler. Et contrairement aux idées reçues, les chômeurs de cet âge-là ont une forte motivation.

Je dis aux chefs d'entreprises : oubliez l'âge ! Étudiez les compétences par rapport au poste proposé ! Je leur conseille aussi de créer la diversité de leurs effectifs.

Et puis, je les renvoie à eux-mêmes en les incitant à s'interroger sur leur âge et sur la définition qu'ils ont des séniors.

Enfin, chacun doit prendre conscience que plus la durée de chômage des séniors s'allonge, plus on aura des retraités pauvres.

Le départ des séniors est souvent perçu comme favorisant l'emploi des jeunes, est-ce vrai ?

Il n'y a pas de vase communicant. Ce sont les politiques publiques pratiquées depuis des dizaines d'années qui ont créé cette idée reçue.

Un employeur ne m'a jamais opposé les aides en faveur des jeunes au refus d'embaucher un sénior. S'il n'existe pas d'aides ciblées sur les séniors, les dispositifs communs en faveur de l'emploi sont applicables, surtout lorsqu'il s'agit de cadres.

(*) Direccte : direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.

Agefiph : Association nationale pour la gestion du fonds d'insertion professionnelle des handicapés.

4 commentaire(s) pour cet article
  1. Yannickdit :

    Erratum en forme de mea culpa: Pôle Emploi fait effectivement appel à spontanément à des cabinets privés qui, rémunérés, font leur travail avec des résultats ayant valeur d'exemple : 35 embauchés sur 50 séniors disponibles pour Impulsion Emploi ! Comme quoi, les fonds investis ne sont pas jetés par les fenêtres...C'est vrai aussi qu'il y a des bons et..., des moins bons.

  2. guy gillotdit :

    Des scandalisés...Il y a effectivement de quoi ! Inefficacité assurée ! De l'argent public dont on a besoin ailleurs ! Une banque qui ne fait que de la démagogie, alors qu'on en a tellement besoin ailleurs! Par bonheur, c'est tout petit et même en ayant de la politesse vis-à-vis des promoteurs...ça fait sourire!

  3. Yannickdit :

    Bonjour, SCANDALISE: moi aussi!! SCANDALISE que Pôle Emploi, selon les propos du responsable de ma filière professionnelle, "ne puisse rien faire pour moi" (je cite) car surdimensionné, trop qualifié, etc... et en 4 ans, ne me dirige que vers 5 offres de N-5 par rapport à mon niveau hiérarchique! Ca a du faire rire chez les employeurs qui n'ont même pas répondu... SCANDALISE que mon conseiller ne puisse trouver le temps de me recevoir et m'aider, mais me propose une formation en Finance étant Logisticien, ceci a 59 ans... SCANDALISE que Pôle Emploi (lui-même) fasse SPONTANEMENT appel à des cabinets privés pour suppléer à la tâche (certes importante). SCANDALISE que Pôle Emploi n'ait pas une obligation de résultats (comme dans le privé). SCANDALISE que le personnel de Pôle Emploi fasse 35h et prenne une pause entre midi et 14h même s'il y a la queue devant les guichets...(vu sur i-Télé au journal de 18h). SCANDALISE qu'une journaliste parle du cabinet Impression Sénior (qui c'est?) alors que l'article a été réalisé auprès de Impulsion Emploi...!!! SCANDALISE qu'une journaliste formée par l'EFAP (bigre!) fasse ce type de confusion et surtout propage donc un message "pollué". Dans ce cas, ne pas travailler dans un quotidien... (soupirs de soulagement). Par contre, je lui laisse le soin de s'occuper des tickets de réduction dans les transports, où une compétence certaine semble se dégager...

  4. Brigitte Bacheleydit :

    Bonjour, 1/ Ma conseillère Pôle Emploi comme les autres employés de Pôle Emploi (n'oublions pas tous les licenciements en cours) sont SCANDALISÉS comme moi, qu'on confie à une "boîte" privée Impression Senior ce genre de travail. Quel est le coût de la prestation par personne? 2/ On est senior à Pôle Emploi à 45 ans. Ok alors merci au gouvernement d'appliquer cet âge dans tous les domaines : tarifs réduits SNCF etc... 3/ En tant que journaliste pigiste et à la recherche de plus de travail (je travaille pour le magazine "EN BOURGOGNE" parution un mois sur deux), la personne de Impression Senior me propose de devenir : prof de français (sait-elle combien de temps il faut pour être prof et les licenciements déjà annoncés pour la rentrée 2011) ou de faire soins à domicile? Mais oui, c'est tout à fait ma formation: École Française des Attachés de presse (EFAP à Lyon) et carte de presse depuis novembre 1977!!

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