Edouard Dumas, 38 ans, représente la cinquième génération à porter l’entreprise familiale La Compagnie Dumas, implantée au cœur de la commune de Tonnerre, dans l’Yonne. Une quarantaine de salariés y fabriquent des articles de literies : couettes, surmatelas, oreillers… Pour être toujours plus compétitive, la société vient d’investir 1 million d’euros dans l’achat d’une dizaine de nouvelles machines.
A La Compagnie Dumas, Edouard Dumas fait tout. Y compris déménager les meubles quand il le faut. « On pousse les murs pour accueillir une nouvelle équipe commerciale renforcée et dynamique », lance en guise d’accueil le président-directeur général de 38 ans . Dans ses bureaux immuables depuis cinq générations, il est en perpétuel mouvement pour faire avancer sa société qui développe le « savoir dormir » au sens premier du terme : ici, depuis 70 ans, les ouvriers fabriquent des articles de petites literies tels que des oreillers, des couettes, des traversins, des édredons, des surmatelas garnis de plumes et de duvet ou de matières synthétiques.
Le marché n'est pas des plus faciles en ce moment. « Nous aurons perdu 7% à 8% de chiffre d’affaires cette année » ne cache pas le dirigeant. Le montant atteindra quand même la coquette somme de 12 millions d’euros pour 2024. Cette conjoncture pousse Edouard Dumas à renforcer l’équipe commerciale. « Le marché de la literie se resserre. Pendant la crise du Covid, les gens se sont équipés, mais aujourd’hui nous enregistrons moins de ventes, sous l'effet de l’inflation et de la diminution du pouvoir d’achat », explique Edouard Dumas.
Dix mille oreillers fabriqués chaque jour

Par ailleurs, depuis deux ans, le fabricant a investi 1 million d’euros, dont 20% subventionnés par le Fonds européen de développement régional (Feder), pour construire un outil industriel performant avec l’achat de nouvelles machines d’emballage, de garnissage ou des conditionneuses. « Aujourd’hui, La Compagnie Dumas est une entreprise familiale qui a une âme » rappelle le dirigeant. Elle produit 2,5 millions d’articles par an dont 50% pour d’autres marques françaises que celles propres à Dumas, dans la grande distribution comme pour des enseignes spécialisées en literie.
L'imoprtance de ce volume se matérialise un peu mieux à travers ce seul chiffre : 10.000 oreillers sont fabriqués chez Dumas tous les jours et expédiés dans la foulée. « Nous ne fabriquons que ce qui est vendu ! L'essentiel de nos volumes est expédié aux quatre coins de l’Europe », explique Edouard Dumas qui peine à se faire entendre dans les 8.000 m2 de son usine. « Ce n’est pas si bruyant que cela… Vous n’avez jamais visité Vallourec », rigole-t-il.
Dans l’usine, trois process différents sont mis en oeuvre : la fabrication des produits 100% polyester où la matière est cousue, étiquetée, pliée puis emballée ; le soufflage dans le tissu - en polyester ou en plume et duvet ; enfin, le piquage en carreaux cloisonnés qui prend quatre fois plus de temps. Ces étapes correspondent aux trois marques du groupe.
Tout d'abord Dumas Paris, l'historique depuis 1954. Distribuant les oreillers et les couettes, elle est référencée pour l’hôtellerie et les compagnies aériennes, axée premium/luxe et disponible désormais sur le site internet en ligne. Petit Meunier, existe depuis 2014, pour des produits à des prix accessibles à tous. Et enfin Edona, du latin « bien dormir » - et « qui vient de l’hédonisme, c’est pour ça que bien dormir rend heureux ! » dit le dirigeant - désigne une marque éco-engagée, créée en 2018 qui propose des oreillers et de couettes plus respectueuses de l'environnement.
Protéger la biodiversité

Car ce sujet est le fer de lance d’Edouard Dumas. « En 2009, nous avons dressé notre premier bilan carbone et nous n’étions évidemment pas bons. Depuis, nous travaillons sur un plan de réduction de nos consommations d'énergies et nous avons commencé à compenser nos émissions de carbone en replantant une forêt amazonienne au Pérou, soit 150.000 arbres dans un programme qui a duré dix ans. De plus, l'an dernier, j’ai emmené l’ensemble de l’équipe planter 1.600 arbres sur 7 hectares dans une forêt de Côte-d’Or pour poursuivre notre action contributive… Et nous avons également trois ruches ! », se félicite le dirigeant. 120 kg de miel ont ainsi été récoltés l’an dernier. Un plan de sauvegarde de la biodiversité qui mène à de belles actions.

L'histoire industrielle des Dumas a commencé avec Paul, à Paris. Vers 1880, l'arrière-arrière-grand-père d'Edouard s'est mis à récupérer des peaux de lapin dans les poubelles des beaux quartier et à livrer du charbon. Puis, il s'installe à Tonnerre où il rachète la maison Perreau Pradier, un ferrailleur chiffonnier, avant de la spécialiser dans les peaux de lapin. Il ouvre alors un atelier de traitement de ces peaux. Louis prend sa succession mais après la seconde guerre mondiale, le marché des couvre-chefs faits de poils issus des peaux animales s’effondre, au profit du feutre.
Pierre, qui prend la suite, s’intéresse alors à la plume et au duvet qu’il trie, lave et dépoussière. Visionnaire, c'est lui qui lance la fabrication des oreillers, en 1954. Christian, le père d’Edouard, crée à partir de 1980 un atelier de confection de couettes et il amorce la mutation d’une entreprise artisanale vers un profil industriel. En 2012, Edouard arrive dans la société et après avoir été accompagné par sa sœur pendant une dizaine d’années, il poursuit l’aventure seul désormais.
Photos fournies par l'entreprise.

















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