La deeptech dijonnaise développe des solutions de formation pour les équipes de prise en charge téléphonique d’urgence, autour d’un simulateur d’appels performant, désormais disponible en mode SaaS (Software as Service).


À Dijon, la société AnthroPi s’emploie à former les agents de prise en charge téléphonique des situations d’urgence et à expertiser le fonctionnement de ces services, au niveau individuel et collectif. Labellisée deeptech par Bpifrance en 2023, l’entreprise s’est d’abord concentrée sur ses missions de formation. Depuis quelques semaines, elle a élargi son offre en déclinant ses services numériques en mode SaaS, alias logiciel en tant que service, à la demande.

« En février dernier, nous avons commencé à déployer nos simulateurs d’appel d’urgence et nos simulateurs de crise dans ce mode SaaS, ce qui nous permet de les proposer à tout moment, au gré des besoins de nos clients, sous forme de licence. Auparavant, nous procédions uniquement par des sessions de formation sur site », détaille Laurent Boidron, président et fondateur d’AnthroPi.

 

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Fondée en novembre 2017, AnthroPi a d’abord été un temps organisme de formation, titulaire de la certification officielle nationale Qualiopi, avant de devenir une entreprise de services numériques (ESN). Pour financer le développement de son offre SaaS, la société par actions simplifiée (SAS) a procédé à une levée de fonds de près de 500.000 € en décembre 2020, en pleine crise sanitaire. « Je demeure majoritaire au sein de la société », précise le président.

La deeptech dijonnaise entend aider à rationaliser les services de prise en charge des appels d’urgence, en les rendant plus efficaces, mais aussi plus empathiques. « Avec nos outils, nous aidons nos partenaires à mettre les bonnes ressources, au bon endroit, à bon escient », résume le dirigeant. Sa clientèle est d’abord constituée des centres d’appels d’urgence comme le SAMU, ou des services de pompiers.

 

Gagner un temps précieux tout en gardant une qualité d'échange

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AnthroPi fait en sorte que la prise en charge des appels d'urgence soit plus empathique. Ses simulations permettent d'analyser et d'améliorer la qualité des échanges.  © AnthroPi


Avec les logiciels SimulPhone et SimulCrise, l’entreprise met les opérateurs des centres d’appels en situation d’urgence téléphonique réaliste.
Le déroulé des conversations, pilotées de façon numérique, est ensuite analysé, qualitativement et individuellement, au niveau des données cognitives et paraverbales  - prosodie (intonations, articulation...), vocabulaire utilisé et émotions exprimées. Ainsi, elles déterminent les domaines d’expertise et de progression de chacun des opérateurs. Elle peut délivrer des certifications de compétences.

Un autre outil, nommé AnthroScoPi, passe au crible les données cognitives (cheminement, prise de décision…) et conversationnelles (décryptage de la conversation, lien entre les interlocuteurs) issues des simulateurs SimulPhone dans le but de produire des rapports d’audit, cette fois-ci au niveau du service d’appel d’urgence. « Notre métier consiste à lutter contre la déshumanisation de la prise en charge des urgences. Pour y parvenir, il faut former les employés, leur permettre de maîtriser leur stress et d’optimiser leur conversation, afin de parvenir au plus vite à un résultat. Gagner du temps est extrêmement précieux dans ces situations », synthétise Laurent Boidron. Il poursuit : « Un exemple tout simple, lorsqu'un quelqu'un appelle le SAMU, l’opérateur peut demander si la personne à prendre en charge est consciente. Or c'est une mauvaise question. Les gens ne savent pas ce qu’est l’état de conscience. La question simple, efficace, c’est : est-ce qu’il parle ? ».

 

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La SAS emploie 17 personnes, deux psychologues, deux ingénieurs son, des formateurs et des commerciaux. Son marché demeure francophone, avec des clients historiques comme les SAMU et les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) en France, mais aussi des services d’urgence en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et au Maroc. « Nous allons très prochainement signer un contrat au Québec, qui est rendu possible par l’arrivée du mode SaaS, déterminant pour nos clients sur place », détaille le président.

Pour l’heure, le chiffre d’affaires de l’entreprise demeure faible, autour de 500.000 € en 2022, mais la nouvelle offre SaaS devrait l'augmenter de manière significative. « Nous travaillons à élargir notre clientèle à des centres privés de taille plus modeste, par exemple les services de télésurveillance, grâce à notre offre en ligne, qui est totalement adaptable », commente Laurent Boidron.

 

Laurent Boidron, un médecin entrepreneur

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Laurent Boidron, président et fondateur, fin 2017, d'AnthroPi. © Arnaud Morel

Né à Fontenay-aux-Roses en région parisienne, Laurent Boidron, 45 ans, doit à un bilan de compétences d’avoir réalisé son envie d’entreprendre. « J’ai besoin d’être leader, de manager une équipe, de la conduire vers une destination inconnue », confie-t-il. Sa passion pour la santé lui vient de sa mère, pharmacienne, et celle pour la science de son père, ingénieur dans le nucléaire. Le médecin a obtenu un doctorat en psychologie cognitive, au Lead (Laboratoire d'étude de l'apprentissage et du développement) de l’Université de Bourgogne. Outre son activité d’entrepreneur, Laurent continue d’exercer comme médecin régulateur et médecin militaire. « On n'abandonne pas un tel métier, mais je ne le fais plus pour vivre », précise-t-il.

 

 

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