vignoblealsaceVINS. En Alsace, comme en Bourgogne et dans le Jura, les vendanges sont peu juteuses, mais la qualité devrait être là.

En cette deuxième année de faible récolte, les professionnels s'accordent pour dire qu'il ne faudrait pas que les caves se vident plus vite qu'elles ne se remplissent. Au risque pour le consommateur, de voir les prix s'envoler.

Le point sur les vendanges dans les trois vignobles de l'Est.

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- Les vins de Bourgogne ne sont-ils plus « bénis des dieux », comme le prétendait la campagne publicitaire de l'interprofession il y a quelques années ?

Si la qualité est toujours attendue, la quantité n'y est plus. Les vendanges se termineront dans une dizaine de jours avec une récolte inférieure de 20% à la moyenne. Les prévisions tablent sur 1,350 million d'hl, toutefois au-dessus de la récolte 2012, jugée « très faible » avec 1,26 million.

Les Chardonnay (blancs) qui constituent les 2/3 de la vendange en Bourgogne ont particulièrement souffert des froidures du printemps en Côte-d'Or et en Saône-et-Loire.

Quant à la côte de Beaune, elle a connu fin juillet, des orages de grêle qui ont détruit 1800 ha. « Nos vignes de Savigny-les-Beaune, Pernand-Vergelesses, Aloxe-Corton et Volnay affichent des pertes de 50 à 80 % », témoigne la maison Antonin Guyon à Savigny-les-Beaune.

Les vignes à Crémant, dont la vendange s'achève, n'ont pas non plus apporté des volumes à la hauteur des espérances. Chablis aura aussi une petite récolte.

En revanche, la Côte de Nuits et la Côte Chalonnaise apparaissent plus généreuses.

vignoblebourgLes grappes maigrichonnes n'empêchent pas une « très bonne qualité avec un bon niveau d'acidité », affirme Pierre-Henry Gagey, président du bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB).

En recul pour la seconde année consécutive, la faible récolte n'affecte pas pour l'instant les ventes.

La grande distribution enregistre des records  : + 4% en volume et + 5% en valeur dans ces six derniers mois, soit un chiffre d'affaires de 204,4 millions d'€.

Records aussi du côté des exportations. Sur les 7 premiers mois de 2013, elles ont augmenté de 4,7%, générant + 1,6+ en chiffre d'affaires (419,7 millions d'€). Cette disparité volume-valeur interpelle les professionnels. « On a du vendre plus d'appellations régionales et de Crémant que de grands vins », analyse Michel Baldassini, président délégué du BIVB.

Logique mathématique, si les caves se vident plus vite qu'elles ne se remplissent, les prix vont augmenter. Mais pas trop, souhaitent les professionnels qui craignent un retour de bâton.

vignoblejura- Dans le Jura, même situation. Les rendements sont faibles à cause de la météo.

La fraîcheur et les pluies du printemps ont particulièrement touché le Savagnin et le Poulsard.

Ces deux cépages typiques du Jura devraient donner « une petite récolte ». Le Savagnin est celui du fameux vin jaune, dont le millésime 2013 est déjà estampillé comme un vin rare, et le Poulsard fournit 80% des rouges.

« Tous cépages confondus, la récolte sera aussi faible qu'en 2012, voire moins abondante », indique Gael Delorme, technicien au syndicat de la viticulture du Jura.

Pour référence, les volumes s'établissent en moyenne autour de 80 000 hl depuis 2008, avec une hausse à 100 000 hl en 2011, année exceptionnelle.

A moins que la pluie ne s'installe dans les deux semaines à venir, rendant le mildiou menaçant, les raisins sont globalement sains. Contrairement à la Bourgogne voisine, on n'a pas détecté de foyer de flavescence dorée, maladie provoquée par une petite bactérie qui se loge dans le cep.

Quant à la qualité, il est encore trop tôt pour se prononcer définitivement. « Les rouges seront assez colorés et auront de beaux arômes », ajoute le conseiller en viticulture.

La question, pour les viticulteurs jurassiens est de savoir gérer deux années consécutives à faible rendement.

Cependant, avec 249 790 hl au 31 juillet 2012 (chiffres 2012-2013 non disponibles), les stocks consécutifs à l'abondance du millésime 2011 avaient grossi de 9%.

De quoi conserver une certaine marge, d'autant que les ventes accusent depuis quelques années une légère contraction. Sauf à l'export où elles continuent leur percée pour atteindre 7% des ventes en 2011-2012.

Dans le Jura, les opérateurs ont une part de marché relativement équilibrée, contrairement à la Bourgogne où le négoce domine : 41%, producteurs, 34% négoce et 24% coopératives (que l'on baptise (fruitières).

vendangesalsace- En Alsace (16 000 hectares de vignoble, dont 90% en vins blancs), la récolte sera aussi moins abondante de 10%, soit environ un million d’hectolitres.

Les vendanges des crémants (25% de la production) ont eu lieu dès le 19 septembre et celles vins tranquilles ont démarré le 30.

« Nos 4 500 vignerons sont patients et la qualité sera au rendez-vous, car les baies offrent une belle maturité avec un bon niveau d’acidité et, au final, les vins seront bien structurés, avec une large expression aromatique », indique Jean-Louis Vézien, directeur du conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (CIVA).

La viticulture alsacienne réalise un chiffre d’affaires de 510 millions d’€, dont 26% à l’exportation, principalement en Amérique du Nord, au Japon, mais aussi en Chine.

Les efforts de promotion de l’Union Européenne, qui octroie un € d’aide à la promotion dans les pays tiers pour un € dépensé, payent.

Mais l’Alsace viticole offre une particularité unique. Sa route des vins, la plus connue au niveau mondial, accueille chaque année entre 4 et 5 millions de touristes, dont beaucoup d’étrangers, acheteurs à la propriété ou dans les restaurants.

« On estime que nous vendons 20% de vins en direct », souligne Jean-Louis Vézien.

Et ce chiffre d’affaires n’est pas forcément visible dans les bilans annuels de l’interprofession.

Crédit photos : BIVB, CIVA et CIVJ

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