INNOVATION/ALSACE. La PME alsacienne annonce un tournant technologique dans le séchage des boues d’épuration, à la source selon son dirigeant, d’un énorme problème de pollution.

Son innovation, en phase de démarrage de commercialisation auprès des collectivités locales, a le regard bienveillant mais prudent du Critt (Centre Régional d’Innovation et de Transfert de Technologies) alsacien Rttmo Agroenvironnement qui l’accompagne.

 

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Les boues pénètrent d'abord dans une serre... © Traces Ecrites.

 

A 76 ans, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour Marcel Naas. Bon pied bon œil, le fondateur d’Air Technique Franco-Suisse continue d’arpenter les locaux d’Habsheim (Haut-Rhin) fleurant bon le mobilier d’après-guerre. « J’y suis tous les jours, samedi et dimanche compris ! ».

 

Cinquante ans après les débuts de son entreprise de systèmes de chauffage, il se dit fin prêt pour engager un nouveau tournant technologique : le séchage des boues de station d’épuration. « Ces boues posent un énorme problème de pollution ! A Paris à la conférence sur le climat, ils vont parler de plein de choses, et pas de celle-là alors qu’elle est essentielle dans la lutte contre l’effet de serre ! Sans parler des odeurs ! », insiste Marcel Naas.

 

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... Puis, elles sont retournées par un scarificateur, séchées par un plancher chauffant et l’apport solaire extérieur. © Traces Ecrites.

 

En attendant de sauver la planète, la PME de 9 personnes va déjà  partir à la conquête des collectivités pour les convaincre d’adopter le dispositif dont il vient d’achever la mise au point.

 

Selon elle, son procédé de séchage des boues est plus efficace que les offres actuelles de séchage, pour une facture moindre du fait d’un dimensionnement réduit et de frais de transport limités. « 45 m2 suffisent pour traiter les boues d’une station d’épuration d’une ville de 5 000 habitants », affirme l’entreprise.

 

La matière entre dans une serre par une vis d’Archimède ou une bande transporteuse. Une herse chauffée aux ultra-violets la retourne. A ce plancher chauffant s’ajoute l’apport de l’énergie solaire, grâce à la façade héliothermique qui diffuse la chaleur de l’extérieur.

 

Au fur et mesure que le scarificateur avance, l’eau des boues est extraite par une ventilation qui fonctionne grâce à la force cinétique de l’air. 

 

Transformation en engrais agricole ou en combustible

 

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Ensuite, les boues sont extraites de la serre par un système de ventilation. © Traces Ecrites.

 

Le process a valu à la PME un « coup de cœur du jury » au concours Alsace Innovation 2013 pour le territoire du Pays de Mulhouse.

 

Bruno Wasmer, responsable technique du projet chez Air Technique franco-suisse, dresse un bilan selon lui avantageux par rapport à une grosse installation de séchage par panneaux solaires classiques.

 

« La température de la serre n’a pas besoin de dépasser 55 à 60 degrés. Nous acceptons des boues jusqu’à 80 à 90 % d’humidité et nous réduisons celle-ci à 10 %. Le tout de façon rapide :  le système n’a besoin que de 24 à 48 heures pour traiter, 72 heures maximum en saison froide en l’absence d’apport solaire extérieur, contre 3 à 4 mois pour une installation classique. La serre traite 4 tonnes à un instant T avec une consommation d’énergie limitée à 2 kilowatts ».

 

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En sortie, les boues séchées sont transformées en engrais agricole ou en combustible.  Par ailleurs, une centrifugeuse évacue leurs mâchefers, les résidus métalliques.

 

Reste la question des odeurs. Elle est résolue aussi, selon Air Technique franco-suisse. Grâce aux zéolithes de synthèse.

 

Il s’agit de la reproduction de roches volcaniques naturelles qui ont la particularité d’avoir des pores extrêmement fines, à l’échelle du nanomètre.  Le laboratoire de l’UHA (Université de Haute-Alsace) qui l’a mis au point a ainsi crée un filtre capable de piéger les toutes petites molécules de substances nauséabondes : ammoniac, COV…. Ce zéolithe de synthèse, appelé  Sicade 1-R, est breveté et commercialisé par Zéphir Alsace, start-up mulhousienne.  

 

Regard bienveillant mais encore prudent sur l’innovation

 

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Enfin, elles sont stockées dans des cuves pour être transformées en engrais ou en combustible. © Traces Ecrites.

 

Air Technique Franco-Suisse est accompagné dans son projet par le Critt (Centre Régional d’Innovation et de Transfert de Technologies) alsacien Rttmo Agroenvironnement, spécialiste des questions de fertilisation. Ce centre de recherche adopte un regard bienveillant mais encore prudent sur l’innovation.

 

« Elle est très intéressante sur le plan technique, mais pour avoir toute crédibilité, l’entreprise devra faire valider ses performances par un organisme extérieur, par exemple en matière de  séchage et de maintien de la température dans le temps »,  souligne-t-il. 

 

Rittmo l’invite aussi à « ne pas se focaliser que sur l’aspect volumes  » et à bien parfaire son process sur le plan de l’hygiénisation des boues. Autre conseil : prospecter au-delà des collectivités, en allant vers le privé.

 

Air Technique Franco-Suisse en est justement à cette phase de démarchage de clients, notamment en Allemagne. Ses devis se situent à 400 000 €. Marcel Naas espère bien signer ses premiers contrats avant la retraite.

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