Il fait plaisir à écouter Adrien Mugnier, 22 ans tout juste et élève ingénieur par l’apprentissage en dernière année à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM). Il donne une belle leçon de dynamisme à tous les aigris, rabat-joie et autres bonnets de nuit qui pensent que les jeunes ne veulent plus rien faire, que les générations précédentes étaient bien mieux, que de leur temps… Par son parcours, ses envies, ses aspirations, ses critiques aussi, le jeune homme balaie tous ces lieux communs. Rencontre.

Du 21 février au 3 mars prochains, Adrien Mugnier accompagné d'un copain traversera la France, l’Espagne, puis une partie du Maroc, à bord d’une 4L baptisée EA Trophy, dans le cadre du plus grand raid humanitaire européen : le 4L Trophy qui réunit près de 3.000 participants. Cette aventure caresse une double finalité : redémontrer s’il en est besoin que les voyages forment la jeunesse et acheminer, d'abord à Biarritz une dizaine de kilos de nourriture par voiture pour la Croix Rouge, ensuite au Maroc (Marrakech), des affaires scolaires et sportives pour l’ONG Enfants du Désert.
C’est un défi qui s’intègre bien à son cursus technique d’élève ingénieur par l’apprentissage à l’UTBM et chez Bubendorff, l’entreprise alsacienne numéro un français des volets roulants motorisés qui l'accueille. Sur un budget de 11.000 €, il lui en manque encore 3.000, ce qui n’est pas pour le soucier. « J’engrange bien sûr des refus, mais nous y arriverons », assure-t-il, bravache. Si quelques généreux donateurs voulaient bien compléter son escarcelle...

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Adrien mugnier, 22 ans , en troisème et dernière année d'école d'ingénieurs à l'UTBM. © Adrien Mugnier.

Il en est là Adrien Mugnier, parvenu en fin d’études supérieures et tout prêt à faire le grand saut dans la vie active. Mais rien n’aurait dû se passer ainsi. Remontons le fil du temps, une quinzaine d’années en arrière, pour se rappeler qu’enfant puis adolescent, il se rêvait boulanger ou comédien. Surtout boulanger. Il ne le sera pas car le lycée de Dijon, sa ville natale, qui dispense un bac pro spécialisé dans cette voie n’a pas voulu de lui. Premier refus, première chance qu’il ignore. Avec un papa prof de technique dans un autre établissement, l’atavisme retrouve ses droits et ce sera un bac STI2D pour Sciences et Technologies de l'Industrie et du Développement Durable. « Je n’étais pas un élève brillant, un peu dilettante même, mais je l’ai quand même eu », confesse-t-il amusé.

 

BPBFC
 

Que faire ensuite pour poursuivre lorsque le bachotage ennuie terriblement. Adrien entend alors parler du CFAI, associé à l’époque pour certains cours au lycée de son père, et recherche une entreprise d’accueil afin de décrocher un BTS électrotechnique en alternance. Son meilleur ami lui passant devant pour entrer chez Enedis (groupe EDF), gestionnaire technique du réseau d’électricité, il est pris chez Dalkia, autre filiale d’EDF, à la maintenance des équipements de cogénération.
Et là, c’est la révélation avec du concret, du terrain et une pédagogie en phase directe. Le jeune homme, âgé aujourd’hui de 22 ans, s’éclate dans une équipe qui l’a tout de suite intégrée et espère un poste dans l’entreprise, une fois le diplôme en poche.

 

Travail de groupe

On le lui fait miroiter, mais ce ne sera pas le cas malgré sa sortie major de promo. Second refus, seconde chance dont il n’a toujours pas conscience. « J’ai été déçu bien sûr, mais ce cursus par l’apprentissage est pour moi la meilleure façon d’apprendre un métier quelque soit le secteur d’activité. On y acquiert de l’expérience, on apprend les relations humaines, on se confronte au réel et on a des tuteurs à l’écoute. » Un formateur du CFAI, également en poste à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), l’invite à continuer via une école d’ingénieurs. Ses dossiers déposés dans trois écoles de Lyon se soldent par trois refus.
Nouvelle chance, car l’UTBM l’accepte et Bubendorff le prend comme apprenti, donc salarié, à la maintenance industrielle sur son site des moteurs à Rosenau (Haut-Rhin). Comme chez Dalkia, l’accueil est excellent et tous ont envie de le faire réussir.

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L'un des trois campus de l'UTBM, celui de Belfort où est affecté Adrien Mugnier. © UTBM.

En revanche, la première année à l’université (site de Belfort), n’a pas été une sinécure car il lui a fallu assimiler ce que les autres élèves en formation initiale apprennent en six mois, en raison de l’alternance : deux mois en entreprise, deux mois en cours. « Comme nous avions des manques, nous avons constitué un groupe, hanté la bibliothèque et travaillé non-stop pour être au niveau », confesse Adrien.
La seconde année est du même acabit, et en conséquence, pas de vie sociale et une césure avec les autres élèves ingénieurs. Il le regrette, le reproche, mais plaide aussi n’avoir pas fait d’efforts de son côté. Tout a changé cette dernière année où le rythme est passé de six mois en six mois. « On a cours en amphi avec les autres troisième année, on peut échanger, connaître de nouvelles têtes. »
Pour son dernier semestre, Adrien Mugnier est actuellement chez son employeur. L’ultime ligne droite avant d’être ingénieur, sans doute chez Bubendorff qui devrait lui confier la maintenance de la production des moteurs des sites de Rosenau et de Neuenburg-am-Rhein, en Allemagne, où l’industriel de Saint-Louis exploite une usine depuis l’an dernier. « J’ai participé au développement des lignes de production avec les fournisseurs et je les ai réceptionnées ; c’est une opération que je suis depuis le début. » Si l’on sort de son strict cursus pour aborder des sujets de société, Adrien exprime des opinions qui affichent la couleur. La langue de bois, il ne connaît pas.

 

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« Notre pays est mal géré et ce, depuis des décennies, on a une dette abyssale et on fait des dépenses inutiles comme le train de vie des politiques. Je ne parle pas des élus locaux, comme les maires, mais a-t-on besoin d'autant de députés et de sénateurs ou de refaire avec une dépense somptuaire la moquette de l'Élysée », interroge-t-il. Monter son entreprise n’est pas non plus d’actualité. « Même si de nombreux soutiens et accompagnements existent, c’est encore trop galère avec toute cette paperasse administrative », critique l'étudiant.
Il se voit plutôt découvrir le monde sans aucune appréhension et puis, la trentaine venue, fonder une famille. En attendant comme l’écrivait si bien René Char (*), notre futur ingénieur impose sa chance, serre son bonheur et va vers son risque. 

(*) René Char est un poète et résistant français né le 14 juin 1907 et mort le 19 février 1988.

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Douze apprentis de cinq formations différentes de l’école de l’ameublement CFA AFPIA Grand-Est, implantée dans les Vosges, ont mis leurs talents en commun pour relooker la légendaire 4L afin de participer, eux aussi, au 4L Trophy. Il leur a fallu 160 heures de travail pour transformer le véhicule aux couleurs de l’ameublement avec des plaquages de bois sur la carrosserie et de la tapisserie à l'intérieur. © CFA AFPIA Grand-Est.
L’une des toutes premières écoles d’ingénieurs de France.

Selon le magazine L’Étudiant, l’UTBM est la 18ème meilleure formation d’ingénieur en région sur 131 écoles et la 31ème meilleure formation d’ingénieur, région parisienne incluse, sur 174. L’établissement franc-comtois progresse de manière importante dans ce classement, passant d’une année à l’autre de 32ème à la 18ème place en région et de la 50ème à la 31ème place pour l'ensemble du territoire. Les atouts soulignés par le classement 2019 concernent : l’ouverture internationale avec une deuxième langue étrangère certifiée, les doubles diplômes internationaux, l’expérience obligatoire à l’international.

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Le campus de l'UTBM à Sevenans. © UTBM.

Le classement relève également une parfaite proximité avec les entreprises et l’excellence académique. Cette dernière s’explique par le devenir des diplômés  - +22  trouvent leur premier emploi à l'international - et la diversité des débouchés dans de très nombreux secteurs industriels. Un joli beau cadeau d’anniversaire pour l’UTBM, 7ème plus importante formation d’ingénieur en France et 4ème concernant les formations post-bac qui fête ses 20 ans en ce mois de février 2019. L’établissement accueille 3.000 élèves sur trois campus : Belfort, Montbéliard et Sevenans.

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