CONSTRUCTION NAUTIQUE/DOUBS. Sur les bassins du Doubs, l’entreprise fondée par Raymond Michel a construit 80 bateaux depuis sa création, en 1983.

C’est lui qui, à la fin des années 80, avait lancé la navette touristique à propulsion électrique, qui s’est généralisée depuis.

Les bateaux du Chantier Naval Franco-suisse naviguent sur toutes les eaux douces de France et même, depuis peu, sur le lac de Saint-Point voisin.

L’entreprise familiale vient de livrer le premier bateau touristique de ce plan d’eau.

 

Avec ce sujet qui invite aux vacances, l’équipe de Traces Ecrites News arrête ses publications quotidiennes pour les reprendre le 1er septembre. Une pause nécessaire autant que salutaire afin de recharger les batteries et revenir avec de nouvelles et très belles histoires d’entreprises. Bonnes Vacances.

 

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Côté France, deux compagnies proposent des balades jusqu’au spectaculaire Saut du Doubs. Côté Suisse, il y en a une aussi. Mais une seule des trois est dotée de son propre chantier naval.

 

Celui-ci se trouve juste après les restaurants de la ville de Villers-le-Lac (Doubs) et l’hôtel de France, sous le pont qui traverse la rivière, sur la berge d’où partent « Le Sauconna », le premier bateau conçu, en 1983, qui a été doté un peu plus tard d’une propulsion électrique puis de panneaux solaires ; et le « Vénus », construit en 1988.

 

Aux beaux jours, ces deux fières navettes jaunes et rouges embarquent respectivement jusqu’à 110 et 95 touristes sur les bassins du Doubs, entre France et Suisse.

 

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Le chantier naval est abrité sous un atelier large et haut qui, depuis sa création en 1983, a déjà produit environ 80 navettes fluviales voguant aujourd’hui sur les rivières, canaux et lacs de France, et même jusqu’en Suisse.

 

« Le Colibri », sur le Léman, est doté d’une coque qui encaisse les creux du lac. « Le Navilys » navigue à Lyon, du côté de la Confluence, « Le Marcel Carné » sur le canal Saint-Martin à Paris, « Le Suzel » sur le port autonome de Strasbourg.

 

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« La navette du canal », en 2013, qui navigue aujourd’hui sur le canal de Jonage, à Lyon.

 

Il y a aussi « La Navette du Canal », construite en 2014, qui a demandé 8.000 heures de travail et navigue à Lyon elle aussi sur le canal de Jonage, ou encore « La Perle du Verdon », le premier bateau électrique, qui promène toujours les touristes sur le lac de Sainte-Croix.

 

 En France, seulement deux concurrents

 

« Mon père a toujours voulu innover, il est le premier à avoir fait des bateaux à propulsion électro-solaire », explique Antoine Michel, qui dirige aujourd’hui la petite entreprise familiale aux côtés de son père Raymond, le fondateur, toujours à l’atelier, de sa sœur Muriel, laquelle assure la gestion de l’entreprise et de leur mère, Bernadette, de toute l’aventure.

 

« En France, nous avons seulement deux concurrents pour le même type de gabarits, les autres chantiers navals sont ceux de l’Atlantique, ils font de plus gros bateaux pour le maritime. Nous avons acquis un savoir-faire et une réputation pour notre qualité de service et notre réactivité. Si un de nos bateaux a besoin d’une réparation, nous nous rendons vite sur place. »

 

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Le P’tit Saint-Point, mis à l’eau début juin sur le lac Saint-Point, dans le haut-Doubs.

 

Le petit dernier, qui a quitté l’atelier le 8 juin dernier, c’est « Le P’tit Saint Point ». Il n’est parti qu’à 40 kilomètres de là, sur le lac éponyme, et il est le premier bateau touristique du plan d’eau situé entre Pontarlier et la Suisse. Un petit modèle à propulsion électro-solaire pouvant accueillir 24 personnes.

 

Visibilité réduite

 

Raymond Michel suit à distance les aventures de toutes les embarcations qu’il a conçues et réalisées. Elles sont vendues entre 150.000 et 1,2 million d’€ chacune, pour 1.500 à 8.000 heures de travail, selon leurs dimensions et caractéristiques.

 

En 2015, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 346.000 €, les deux activités - promenades touristiques sur les Bassins du Doubs et chantier naval - y ayant contribué à parts égales. Au plus fort de l’activité, dans les années 1980 et 90, la société a compté jusqu’à 15 salariés, pour trois bateaux par an, contre un seul aujourd’hui.

 

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Dans les années 2000, le Chantier Naval Franco-suisse a employé cinq personnes en CDI, qui travaillaient à la construction des bateaux, l’hiver, et à l’exploitation des navettes à la belle saison.

 

Mais depuis quelques années, la visibilité est réduite et la famille Michel, qui tient toujours la barre, fait appel à des intérimaires pour les travaux de chaudronnerie, câblerie, ou encore de peinture au fur et à mesure de l’avancement des chantiers.

 

Pour l’heure, plusieurs projets sont à l’étude, qui pourraient déclencher une ou plusieurs commandes en septembre. Pour un début de chantier en octobre. En attendant, la famille Michel promène les touristes dans son petit coin de paradis, entre France et Suisse.

 

Qui sont Raymond et Antoine Michel ?

 

Issu d’une famille de bateliers de Villers-le-Lac, où l’on a compté jusqu’à 14 bateaux se faufilant jusqu’au spectaculaire Saut du Doubs dans les années 1960 et 70, avec le boom des congés payés, cet ingénieur chimiste était revenu au pays pour reprendre l’activité.

En 1983, il a créé son entreprise afin de renouveler un parc vieillissant. « La flotte datait d’après-guerre », se souvient-il. « On n’a pas inventé le métier mais on a inventé notre façon de faire. »

 

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A gauche, trois employés de la compagnie de navigation. Au centre, Raymond Michel, sa fille Muriel Michel et son fils Antoine, accroupi.

C’est ainsi que Raymond Michel a imaginé son premier moteur solaire et électrique en 1987, pour le lac de Sainte-Croix, dans le Verdon, interdit aux moteurs thermiques. « Dans les années 90, avec nos moteurs électriques, on nous prenait pour des farfelus, des illuminés. Mais le bateau est fait pour l’électrique : on n’est pas handicapé par le poids des batteries et qu’on traîne deux ou quinze tonnes ne pose pas plus de problème. »

Depuis, les esprits ont évolué et Raymond Michel n’a plus arrêté. La plupart des bateaux faits à Villers-le-Lac sont électriques et dotés de panneaux solaires pour recharger les batteries, ou au minimum hybrides (diesel et électrique).

Antoine, son fils, est aujourd’hui au pilotage, même s’il peut compter sur son père, jamais très loin. Il a passé trois ans à Lyon avant, lui aussi, de revenir au pays. Dessinateur industriel, il a ajouté le dessin 3D aux compétences de la maison.

 

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Pour le reste, il applique la méthode familiale : le dessin, avec le client, à partir des différents modèles existants ; la phase d’étude avec l’architecte naval ; puis la chaudronnerie, l’installation des équipements, la câblerie, la peinture…

Tout cela est expliqué dans la mini-exposition réalisée pour les touristes. L’entreprise est labellisée « Made in chez nous », un réseau de visites d’entreprises du Doubs.

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