La start-up a mis au point un procédé d'élaboration du graphène plus économique et plus respectueux de l'environnement, à base d'eau. Elle compte faire passer dans les deux ans ses recherches en phase industrielle pour concrétiser les perspectives de forte croissance de chiffre d'affaires qui se dessinent auprès des nombreux clients potentiels.
Il vaut mieux toujours garder une certaine prudence face à des courbes exponentielles d’évolution de chiffre d’affaires à l’horizon de quelques années. Blackleaf a présenté un tel tableau cet été : 7,5 millions d’€ visé en 2025 contre 1,2 million cette année et 600.000 € l'an dernier, puis 20 millions d’€ en 2026 et 88 en 2028 sans parler allègrement de 344 millions en 2030.
Mais cette société de 14 personnes établie à Illkirch (Bas-Rhin) a du crédit pour transformer son prévisionnel en réalité, partielle voire totale. Sa force secrète tient en un mot : graphène. Isolé il y a une vingtaine d’années seulement, ce matériau est paré de toutes les vertus s’agissant de ses propriétés mécaniques, électriques, chimiques ou encore thermiques.
Comme le souligne Yannick Lafue le président de Blackleaf, il est « deux cent plus résistant que l’acier, vingt fois meilleur conducteur thermique que l’aluminium et bien plus conducteur électrique que le cuivre. » Sans compter son extrême légèreté. « 4 grammes de graphène remplacent 5 kilos de cuivre », appuie Housseinou Ba, cofondateur avec Yannick Lafue et Cuong Pham-Huu.
Ces avantages ont été mis à profit déjà par un certain nombre d’opérateurs, mais au prix de procédés peu favorables à l’environnement. La carte maîtresse que Blackleaf estime détenir se situe à ce niveau : la production d’un graphène « pur », à base d’eau réinjectée dans le process dont il résulte un coût de production nettement réduit, à 350 € la tonne. « Nous sommes tout au plus 12 sociétés dans le monde à détenir un tel savoir-faire de procédé », relève Yannick Lafue. Ainsi, une tonne de graphène est obtenue à partir d’une même quantité de graphite, la matière première. Avec le seul inconvénient, non négligeable toutefois, que cette forme naturelle du carbone ne s’extrait que des mines lointaines, chinoises et autres.
Le tour de force technologique résulte d’une recette que le dirigeant de Blackleaf qualifie d’ « à la Coca-Cola : aucun de nous ne la connaît en totalité, à lui seul ou elle seule. » Plusieurs brevets déjà déposés et à venir entourent cette formulation, issue des recherches des fondateurs en 2018 de Blackleaf qu'ils avaient menées dans les laboratoires de l’Institut de chimie et procédés pour l’énergie, l’environnement et la santé (ICPEES), une unité mixte de recherche du CNRS et de l'Université de Strasbourg.
C’est à partir de ces atouts que la société compte se lancer à la conquête du monde industriel. Elle en a déjà séduit quelques fleurons : Safran, Airbus, Thales, Solvay, ArcelorMittal, Arkema, Hutchinson… Elle identifie trois grands domaines d’application.
Le chauffage tout d’abord pour la rénovation énergétique des bâtiments (incorporation de graphène dans les murs, les portes, les plafonds, les plinthes…) et les fluides, ainsi que l’aéronautique : le matériau, par sa légèreté, doit permettre d’alléger de 20 kilos le poids du système de chauffage d’un Airbus A320, « soit une économie de 150.000 tonnes de kérosène sur 20 ans », calcule-t-on chez Blackleaf. Vient ensuite l’industrie, pour la lubrification, l’anti-corrosion en alternative au zinc, ainsi que le béton auquel le procédé de la société alsacienne promet une amélioration des propriétés mécaniques, plus particulièrement de sa compression. Et une troisième catégorie émerge : le transport en général et l’automobile en voie d’électrification en particulier grâce à la légèrete et à la conductivité thermique pouvant prolonger la durée de vie des batteries.
De façon générale, « le graphène est demandé comme additif (pour des bétons, des fluides caloriporteurs, des peintures et résines) et comme encre de revêtement de surface », synthétise Housseinou Ba.
Soutien de l'Etat « Première Usine »

© Mathieu Noyer
« D’un rythme annuel de 12 tonnes à la fin de cette année, nous avons prévu d'atteindre 120 tonnes en 2025. L’année 2024 sera celle de notre industrialisation », annonce Yannick Lafue. Une translation au sein du Parc d’innovation d’Illkirch au sud de Strasbourg, dans des locaux plus spacieux, sera nécessaire. Blackleaf va devoir aussi intensifier ses recrutements, en passant d’un effectif de 18 collaborateurs en fin d’année à 40 à 50. Et surtout investir.
Certes l’entreprise peut se targuer d’avoir toujours dégagé un bénéfice net depuis son premier exercice. Mais son modèle consommateur de cash repose pour l’instant encore sur des levées de fonds, la captation d’aides et des réponses fructueuses à appels à projets. A ce titre, une première phase a abouti à rassembler 2,3 millions d’€ de 2017 à 2022 (Satt Conectus, région Grand Est, Bpifrance, Etat, prêts, fonds d'amorçage…).
L’année en cours marque un saut avec la constitution en cours d’un tour de table d’1,5 million d’€ « devant créer un effet de levier de 8 millions d’€ » selon Yannick Lafue, et grâce à la somme conséquente de 12,5 millions d'€, recueillie par l'effet dt plan de relance de l'Etat via son programme Première Usine. Voilà qui valait bien de recevoir, fin juillet, la préfète de région Josiane Chevallier, pour présenter les innovations...et peut-être faire affaire avec l'Etat dont le patrimoine bâti requiert de lourdes rénovations énergétiques.






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