La division automobile du groupe Ineos accélère la cadence de production de son robuste tout-terrain Grenadier, avec la mise en route d’une seconde équipe de production en ce mois de septembre 2023 à Hambach, en Moselle. Le pari est en passe d’être réussi pour le nouveau constructeur automobile, un peu plus de trois ans après son rachat de l’usine Smart au groupe Daimler.
En bout de chaîne de production, les petites Smart électriques et les massifs 4X4 Grenadier défilent les uns derrière les autres pour d’ultimes opérations de contrôle. Ce ballet incarne la transition en cours à Smartville, l’usine historique de la micro-voiture citadine, rachetée fin 2020 à Daimler par Ineos Automotive, filiale du groupe pétrochimique britannique Ineos.
La fabrication de la voiturette biplaces s’arrêtera en mars 2024, la marque ayant été cédée au constructur chinois Geely. A l'inverse, celle du tout-terrain thermique monte en cadence en cette rentrée 2023, avec la mise en route d’une seconde équipe de production et le lancement d’une version pick-up.
La production annoncée de 15.000 véhicules cette année devrait doubler l’an prochain, de façon à atteindre a priori le seuil de rentabilité. Les chiffres restent très éloignés des 150.000 Smart qui avaient été vendues lors de l'année record 2004, mais la cible et les dimensions du nouveau véhicule sortant des lignes de Hambach sont bien différentes.
Lynn Calder, PDG d’Ineos Automotive, mesure le chemin parcouru en six ans, depuis les premières esquisses du projet par le fondateur d’Ineos, Jim Ratcliffe, milliardaire britannique passionné d’automobile. « Le facteur le plus déterminant dans la réussite de notre projet réside sans doute dans l’opportunité d’acquérir l‘usine de Hambach. Sans cela, nos 4x4 ne seraient pas encore sur les routes. Pour mémoire, l’hypothèse de travail en 2017 consistait à bâtir une unité de A à Z », souligne-t-elle.
L'Amérique du nord, cible prioritaire

en sortie d’atelier à Hambach (Moselle). © Philippe Bohlinger
En juillet dernier, les Grenadier avaient été livrés sur 27 marchés, le Royaume-Uni en premier lieu. Mais c’est outre-Atlantique que Philippe Steyer, président d’Ineos Automotive France, porte son regard. « L’Amérique du nord devrait constituer de loin notre premier débouché. Simplement, le lancement commercial y a pris environ un an de retard par rapport au reste du monde », explique-t-il. Les pré-commandes y sont au rendez-vous et la tendance devrait s’accélérer avec le lancement de la version pick-up, un véhicule doté d’une cabine 4 places et d’une large benne arrière.
Sur le Vieux continent, si l’Allemagne s’avère un important débouché, les autres marchés d’Europe du nord, à la pointe du développement durable, seraient moins réceptifs aux caractéristiques de ce lourd véhicule thermique. En France, le malus CO2 applicable au Grenadier atteint pas moins de 50.000 € cette année. Le groupe table néanmoins sur 800 à 1.000 ventes par an dans l'Hexagone, soit dix fois plus que ses premières estimations. La commercialisation d’une version utilitaire, exemptée de malus, à partir de 68.000 €, n’est pas étrangère à ce regain d'optimisme dans les prévisions.
Version customisable par les carrossiers

Aux versions tourisme, utilitaire et pick-up, Ineos Automotive va en ajouter début 2024 une quatrième dite châssis-cabine. Son châssis nu permettra aux carrossiers d’y fixer, selon les besoins, des cellules d’ambulance, de camping ou encore de fourgon. En effet, les flottes professionnelles constituent une importante cible du néo-constructeur automobile. Philippe Steyer évoque des contacts en France avec le ministère de la Défense ou encore le Raid, l’unité d’élite de la Police nationale. Il cite également un partenariat avec une ONG internationale spécialisée dans le déminage, rappelant que « ces acteurs ont besoin de véhicules robustes et fiables qui ne soient pas dépendants du rechargement de batteries électriques. »
Pour autant, la construction d’un véhicule zéro émission de CO2 forme le défi auquel se mesure maintenant Ineos Automotive. Initialement annoncée à Hambach, la version électrique du Grenadier sera finalement produite en 2026 à Graz, en Autriche, dans l’usine de son principal partenaire, l’équipementier Magna Steyr qui a assuré le développement et l’ingénierie du 4X4.
Ce choix permettrait à Hambach « de se concentrer sur le Grenadier et sa version pick-up, à mesure que les ventes mondiales augmenteront », justifie Ineos Automotive. La version électrique semblait pourtant idéale pour occuper la ligne de montage qui sera libérée l'an prochain par l’arrêt de la Smart. Quant à la production d’un tout-terrain à hydrogène, le marché ne serait pas encore demandeur de ce type de motorisation. La technologie semble en tous cas mature, comme en atteste la présentation d’une version démonstrateur cet été outre-Manche.
Smartville employait 1.600 salariés au moment du départ de Daimler en décembre 2020 : 900 dans les rangs du constructeur allemand et 700 chez ses sous-traitants installés sur le site même de Hambach pour fabriquer la Smart. Le personnel Daimler est passé dans le giron Ineos Automotive. Parmi celui des sous-traitants, 550 ont accepté de rejoindre ses rangs dans le cadre d’un accord dit de mobilité. Ils entrent petit à petit dans les effectifs du constructeur automobile, au fur et à mesure de la montée en cadence du Grenadier. Ineos Automotive emploie ainsi actuellement 1.200 salariés permanents et 500 intérimaires et il prévoit de porter son effectif CDI à 1.500 personnes l’an prochain.




























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