RESTRUCTURATION. Le cas de l’usine de l’ascensoriste suisse Schindler à Illzach, près de Mulhouse (Haut-Rhin) peut-il servir de laboratoire à la promesse électorale de lutter contre la fermeture de sites par les entreprises bénéficiaires ?

Les salariés l’espèrent, mais tout n’est pas si simple...

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Voué à la fermeture en juillet 2013, l'usine de cabines d’ascenseurs Schindler, filialisée dans la société ECS (Elevator Car System) sera reconverti en une plate-forme logistique limitée à 27 salariés.  La procédure de mise en œuvre du plan social, Livre I, s’est ouverte vendredi dernier.

Dans la nuit précédant l’échéance, les salariés ont arraché le principe d’un accord pour améliorer les conditions du départ des 96 d’entre eux qui seront licenciés.

Ceux-ci toucheront une prime de 50 000 €, plus 650 € par année d’ancienneté, substantiellement mieux que la proposition initiale de 35 000 € pour tous.

Ils bénéficieront également d’un congé de reclassement de 12 mois - 15 mois pour les plus de 50 ans - avec maintien intégral du salaire net et l’entreprise s’engage à ce qu’ils reçoivent chacun deux offres fermes d’emploi.

L’accord doit être signé en bonne et due forme dans les prochains jours.

Alors que leurs représentants négociaient tard dans la soirée de jeudi dernier, les salariés rassemblés dans la cour de l’entreprise ne cachaient pas leur amertume face au déclin, sciemment organisé depuis des années selon eux.

Mais ils ne se résignent pas à l’arrêt de la production. «Notre combat prioritaire, c’est toujours le maintien de l’emplo, souligne Florent Dietsch, secrétaire du comité d’entreprise.

La négociation des derniers jours se voulait en quelque sorte préventive. «La procédure du plan social est suspendue», indique Florent Dietsch.

En attendant quoi ? L’entrée en lice de Montebourg.

Pour le personnel en effet, le cas d’espèce est celui d’une «entreprise rentable qu’un groupe bénéficiaire va fermer», face auquel François Hollande s’est engagé durant la campagne à exiger du propriétaire la mise en vente, voire mieux, le sauvetage.

«L’Etat doit prendre ses responsabilité », estime le représentant des salariés.

Pour l’heure, les Schindler ont sollicité un rendez-vous avec Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement Productif, ou sa venue sur place.

Ils attendent la réponse et brandiront sans nul doute l’expertise financière qu’ils ont demandée et qui conclurait à l’absence de justification économique à l’arrêt de la production.

On peut s’attendre toutefois à une partie de ping-pong qui verra s’échanger arguments juridiques et économiques. La direction d’ECS invoque le «déficit de compétitivité» comme motif de la décision.

«Les analyses de coûts font apparaître qu’ECS (Elevator Car System) ne peut plus apporter le niveau de compétitivité indispensable pour répondre aux nouvelles attentes du marché, notamment en termes de prix », écrivait-elle en janvier à l’annonce de sa mesure.

Alors ECS, entreprise rentable ou pas ? Dans quelle mesure la déconnecter de Schindler, son propriétaire qui, lui, a été bénéficiaire en 2011 (611 millions de francs suisses), certes de 14 % de moins par rapport à 2010 ?

Est-ce une fermeture compte tenu qu’une plate-forme logistique doit s'y substituer ? «On a un énorme doute sur la réalité de ce projet», affirme Dany Dzieza, délégué CGT. «Sans fondement», répond la direction.

La question de la délocalisation sera aussi abordée. Selon le personnel, la production serait transférée purement et simplement en Slovaquie.

Sans préciser le pays, ECS confirme «la création d’une nouvelle usine qui permettrait de réduire les coûts de fabrication", comprenant la production d’Illzach destinée aux logements, ainsi que le lancement d’une nouvelle gamme pour immeubles commerciaux.

À suivre...

Photos: Christian Robischon et Schindler.

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