Le concepteur et fabricant de solutions de transport et de logistique basé à Héricourt (Haute-Saône) a recentré son offre sur les besoins des clients plutôt que sur l'innovation pure, souvent en partenariat avec les utilisateurs et d’autres constructeurs. L’assemblée générale ordinaire et extraordinaire du 27 février doit acter l’entrée à son capital de l’Américain Hyperloop Transportation Technologies et la prise de contrôle du bourguignon Metalliance.

 

À quelques jours de son assemblée générale ordinaire, le 27 février, suivie d’une extraordinaire, Gaussin, coté sur l'Euronext Growth à Paris, est au mieux de sa forme. Le fabricant de matériels de manutention et de transport d’Héricourt (Haute-Saône) que préside Christophe Gaussin, annonce un chiffre d'affaires 2019 de 18,8 millions d’€ (qui comprend le résultat de l’activité et la vente de licences), contre 4 millions en 2018. Parallèlement, le carnet de commandes de 6,4 millions en 2018 est passé à 17,6 millions en 2019.
Les actionnaires doivent valider deux accords capitalistiques. D'une part, l'apport de 1 million de dollars de la société américaine Hyperloop Transportation Technologies au capital de Gaussin (plafonnée à 20% du capital), suite à la conclusion en octobre 2019 d'un partenariat pour développer le marché des véhicules autonomes électriques pour le transport de conteneurs dans des trains à sustentation magnétique.
D'autre part, la montée au capital de Metalliance, à hauteur de 95,75%. Depuis 2007, le haut-Saônois possédait  44,32% du capital du fabricant bourguignon d'engins de manutention, notamment pour les travaux ferroviaires, basé à Saint-Vallier (Saône-et-Loire). Cette acquisition va doubler les effectifs de Gaussin, de 100 à 200 salariés, et faire bondir le chiffre d'affaires à 50 millions d'€ en 2020, hors activité de vente de licences.

 

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Ces deux événements capitalistiques sont issus d’une réorientation de la R&D qui mobilise la moitié des effectifs de Gaussin, de l'innovation pure vers le besoin du client : « Il ne faut pas croire que ce que l'on invente est forcément ce dont le client a besoin », résume Aziz Azougagh, vice-président de Gaussin. Les attentes du secteur portuaire, marché phare de Gaussin, sont guidées par le développement du e-commerce et la mondialisation des échanges, engendrant une hausse des volume des conteneurs et la multiplication des opérateurs. Dans ce domaine, la maîtrise des coûts est le nerf de la guerre, qui passe par la rapidité de chargement et de déchargement (jusqu'à 24.000 conteneurs par bateau), tout en assurant la sécurité des opérateurs et le respect de l’environnement.
« La difficulté qui s'est faite jour était de trouver le bon équilibre entre surcoût lié à l'innovation et intérêt pour le client », poursuit Aziz Azougagh. La reconstruction, en 2017, de la gamme en lien étroit avec les utilisateurs a élargi le marché traditionnel du portuaire à l'aéroportuaire, la logistique et, plus récemment les véhicules autonomes, sans chauffeur, de transports de passagers.

Partenariats multiples pour élargir les débouchés commerciaux

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L'entrée d'Hyperloop Transportation Technologies au capital de Gaussin concrétise le co-développement d'un projet à long terme : l'acheminement de conteneurs dans des trains à sustentation magnétique qui circuleront dans un tube à 1.200 km/h. © Gaussin/Hyperloop

Après les tests pendant un an, d’un véhicule électrique « sans aucune panne », l’ingénieriste a décroché, sur dix ans, un marché de l'ordre de 2 milliards d’€ avec le port de Tuas à Singapour. Les besoins en fond de roulement et en garantie bancaire l’ont conduit à chercher un partenaire. Ce fut la société ST Engineering Land Systems, à qui Gaussin concède des licences pour la fabrication des véhicules à guidage automatique (AGV).
Un autre partenariat s’est noué avec Bolloré pour commercialiser un véhicule de manutention pour les 23 ports africains dans lequel le groupe de transport est implanté. Gaussin intègre dans ses véhicules la batterie de son partenaire, qui offre la spécificité de ne pas nécessiter de refroidissement (un réel atout pour les pays chauds) et dont la technologie ne nécessite pas de terres rares pour son fonctionnement. 


 

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La coopération avec Bolloré a également débouché sur la mise au point de bus électriques sans chauffeur. Ils sont équipés du système « SLAM » capable de détecter les obstacles et d'anticiper la survenue de nouveaux en combinant les données des détecteurs, des camions et des radars, avec un angle de vue à 360 degrés autour du bus. Cette technologie atteindra sa pleine performance avec le déploiement de la 5G, qui apportera la rapidité de traitement de l'information.
Dans l'aéroportuaire, c'est avec Siemens Logistic qu’un partenariat a été mis en place pour le transport des bagages. Un autre contrat-cadre avec le géant américain du service postal UPS débouche sur la livraison, début janvier, des premiers véhicules électriques à Londres, pour le transport de colis et conteneurs.

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L'atelier d'Héricourt où sont assemblés les véhicules de transport que l'ingénieriste conçoit sur mesure. © Pierre-Yves Ratti

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