Le fabricant de moutarde conduit une politique très ambitieuse en matière de sécurité au travail, et engrange des résultats spectaculaires : une baisse de plus de 90 % des jours d’arrêt de travail l'an dernier. L’attention doit être aussi quotidienne que constante.


Près de la moitié des 120 salariés de l’Européenne de Condiments, fabricant de moutarde installé à Couchey, près de Dijon, sont rassemblés, cet après-midi du 30  janvier, pour participer aux quatre ateliers "sécurité" organisés par l’animatrice sécurité de l’entreprise, Maria Ogandaga. Il s’agit déjà de la 4e édition de cette « journée Sécurité et Santé au Travail », qui, vu la bonne ambiance et les rires qui fusent, semble être un rendez-vous très apprécié du personnel. Celui-ci se répartit dans chacun des quatre ateliers du jour, consacrés à un aspect spécifique de la sécurité au travail.



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L’atelier « chute et glissades » débute par des vidéos de culbutes spectaculaires, commentées, dans l’assistance, avec une mordante compassion. Du côté de « vu, pas vu », l’animatrice attire l’attention sur la faillibilité limitée de la vision humaine, trompée, en direct, par des illusions d’optique. La réflexion se poursuit dans l’atelier consacré aux addictions, alcool et stupéfiants mais le clou de la journée, à entendre les participants du matin, c’est l’atelier « vigilance partagée », qui s’intéresse aux moyens de bien faire circuler les messages de sécurité entre collègues.
Pierre Brisson, qui l’anime, vient tout droit de Belgique, et n’hésite pas à appuyer son discours en puisant dans le corpus du « plus grand philosophe belge, Jean-Claude Van Damme ». Le message passe comme une lettre à la poste. « Quand vous voulez appeler à la vigilance un collègue, ne le faites pas comme un rappel au règlement : tu dois porter des lunettes de protection ! C’est beaucoup plus efficace si votre interlocuteur perçoit qu’il s’agit d’une attention, d’un soin porté à l’autre, que ça vient du cœur. Pour l’inciter à les porter, sans sembler lui donner un ordre, dites lui plutôt : tu sais, moi je fais attention à mes yeux, je ne quitte jamais mes lunettes de protection », montre-t-il.

 

Ne pas tomber dans la routine

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Suivi et contrôle du cycle de production des moutardes dans l'usine d'Européenne de Condiments à Couchey (Côte-d'Or). © Arnaud Morel

Cette journée annuelle de formation s’inscrit dans une politique de sécurité constante, renforcée ces dernières années. « Nous appuyons constamment sur les messages de prévention, à travers des actions variées tout au long de l’année. Nous essayons toujours de trouver de nouveaux moyens pour faire passer ces messages. C’est important, ces nouveautés, pour maintenir l’intérêt des salariés, pour ne pas tomber dans la routine », analyse Michel Liardet, qui dirige cette filiale du groupe allemand Kühne, depuis 2006. 

Outre cette journée dédiée, Européenne de Condiments organise pas moins de 43 « Flash Info Sécurité » chaque année, où un chef de secteur sensibilise ses employés à un point de sécurité particulier, à travers des exemples concrets. Les gestes appris sont ensuite déclinés, par les salariés, lors de 122 « Entraînements Comportementaux à la Sécurité ». Le dispositif est complété par des « Visites Hiérarchiques de Sécurité », où tout le fonctionnement sécuritaire d’un service est passé au crible.


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Michel Liardet (photo), dirigeant de EdC :
« Pas de retour sur investissement immédiat, mais au fil du temps. »
© Arnaud Morel

Les résultats sont à la hauteur de l’investissement. En trois ans, le nombre d’accidents du travail a dégringolé, passant de 11 en 2017, à 3 seulement en 2019. Ceux-ci sont en outre nettement moins graves : ils ont débouché sur 141 jours d’arrêt de travail en 2018, et seulement 8 jours en 2019 (23 jours en 2018). Une baisse de plus de 90 %.
« Il s’agit d’un des principaux enseignements de notre politique de sécurité. Celle-ci n’est en rien contradictoire avec l’intérêt économique de l’entreprise, et sa productivité. C’est même l’inverse. Lorsque l’on démarre un tel programme, on n’obtient pas un retour sur investissement immédiat. Mais au fil du temps, ça s’avère vraiment intéressant, autant sur le volet sécurité et bien-être au travail, que niveau économique », décrypte le PDG.
La direction peut en outre compter sur le soutien de la Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail (Carsat) Bourgogne-Franche-Comté pour accompagner sa politique.
Les deux partenaires conduisent ensemble un programme de prévention spécifique visant les bonnes pratiques de manutention. « Nous incorporons de l’acide citrique dans nos préparations, avec des contenants lourds au maniement desquels il faut préparer nos salariés », précise Michel Liardet. L’investissement - adaptation des postes, formation - de 75.000 € sera pris en charge pour un tiers par la Carsat.

 

Le rebond surprise des produits à marque de distributeur

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Le marché des moutardes à marque de distributeur redémarre. © Arnaud Morel
C’est la divine surprise de l’année : les moutardes à marque de distributeur (MDD) se vendent bien, et après plusieurs années d’un repli tranquille des ventes, lié en partie à la baisse de fréquentation des hypermarchés, le segment renoue avec la croissance. Tant mieux pour Européenne de Condiments dont c’est le principal marché en France.
« La loi Agriculture et Alimentation (EGalim) a fait grimper les prix des produits de marque leader, comme Amora ou Maille, ce qui rend plus attractives les moutardes vendues sous marque de distributeur », commente Michel Liardet. Avec ses propres marques, Bornier et Téméraire, l’Européenne de Condiments exporte vers les USA, le Canada, l’Australie ou le Japon.
En France, elle fabrique des moutardes variées - l’usine peut produire une soixantaine de recettes - pour la grande distribution, et est passée leader sur le segment des moutardes bio. Conséquence de l’embellie du secteur, le chiffre d’affaires 2019 grimpe à 58 millions d’€, contre 56,5 millions l’année précédente.

 

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