Près de Champagnole, dans le Jura, le distributeur grossiste et le fabricant d’alimentation animale ont investi 7 millions d’€ dans un atelier de transformation de viande de porc en charcuteries du terroir. Accompagnée par les pouvoirs publics, l’initiative des deux entreprises entend proposer un modèle économique alternatif pour soutenir l’élevage local.
photos
Créée en 2021 par Chays Frères et Maison Chazal, la société Premier Plateau fabriquera d’ici quelques mois des charcuteries traditionnelles dans un nouveau bâtiment construit à Equevillon, à proximité de l’abattoir et de l’atelier de découpe de la communauté de communes de Champagnole, partenaire du projet. Photo © DR
Garantis « 100 % locaux », les saucisses de Morteau et de Montbéliard, le jambon et la poitrine fumée seront enrichis en oméga 3 grâce aux graines de lin ajoutées à l’alimentation des cochons. Photo © DR
Racheté en 2007 par Chays Frères, le moulin d’Avanne, près de Besançon, produit, à partir de céréales, des aliments destinés au détail. Depuis 2015, il est équipé d’une extrudeuse qui lui permet de transformer les graines de lin en compléments alimentaires pour les éleveurs engagés dans la démarche Bleu-Blanc-Cœur. Photo © Edwige Prompt
Saucisses de Morteau et de Montbéliard, poitrine de porc et jambons fumés… À Equevillon, près de Champagnole(Jura), la fabrication de charcuteries du terroir doit démarrer en janvier prochain chez Premier Plateau.
Cette jeune société, ainsi dénommée du fait de sa commune d’accueil est située sur le premier plateau du massif jurassien, a été créée en mars 2021 par Chays Frères, fournisseur d’alimentation animale à Avanne-Aveney (Doubs) et Maison Chazal, distributeur de produits carnés à Dole (Jura).
Les deux entreprises familiales se sont associées autour d’un projet ambitieux, que résume ainsi David Burgy, directeur général de Chazal et président de Premier Plateau : « construire une filière locale et vertueuse. Nous voulons assurer la traçabilité de l’auge à l’assiette et répartir équitablement la valeur ajoutée entre tous les maillons de la chaîne, comme c’est le cas dans l’appellation Comté. »
En amont de la filière, on retrouve donc les aliments produits par le moulin d’Avanne, passé en 2007 dans le giron de Chays Frères. Employant une soixantaine de salariés, cette PME discrète (*) est spécialisée, depuis le XIXème siècle, dans la fourniture de biens et de services aux agriculteurs. Ses dirigeants Jean-Luc et Philippe Chays cherchaient de nouveaux débouchés afin de sécuriser les revenus de leurs clients éleveurs porcins, malmenés par les cours fluctuants de l’établissement de référence pour les prix, le marché au cadran de Plérin en Bretagne.
En aval, l’entreprise créée par Alain Chazal en 1979 a développé en France et en Suisse un vaste réseau de distribution de charcuteries, viandes, volailles, produits traiteurs, épices et boyaux. Depuis quelques années, cette ETI (*) se dote également de sites de fabrication via des opérations de croissance externe, la dernière en date étant l’acquisition au printemps dernier du charcutier alsacien Metzger-Muller.
Avec ces deux métiers, le groupe totalise désormais plus de 500 collaborateurs. « La concentration est telle dans ce secteur (**) que pour pouvoir continuer à se différencier, il était nécessaire d’intégrer la production », argumente David Burgy.
(intertitre) Une aide de 2 millions d’€ de FranceAgriMer
Restait donc à relier les deux bouts de la chaîne. Les futurs associés se sont alors tournés vers la communauté de communes Champagnole Nozeroy Jura, propriétaire d’un abattoir et d’un atelier de découpe (18 salariés, chiffre d’affaires annuel d’un peu moins de 2 millions d’€) à Equevillon.
À proximité, la collectivité disposait d’une parcelle à vendre de 7.000 m2 où elle souhaitait justement accueillir un site de transformation. « Premier Plateau va nous apporter de nouveaux volumes et doubler l’activité de découpe », se félicite Rémi Hugon, le gérant de l’abattoir. En prévision de ce surcroît de travail, l’atelier vient d’être agrandi pour 1 million d’€ et deux embauches sont prévues.
De leur côté, les deux actionnaires de Premier Plateau ont recruté neuf salariés et investi 7 millions d’€ dans un bâtiment de 2.700 m2 coiffé d’un tuyé en bois, le fumoir traditionnel comtois. L’initiative est accompagnée par la communauté de communes et la région Bourgogne-Franche-Comté - à hauteur de 100.000 € chacune - mais aussi par FranceAgriMer. L’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer apporte une aide de 2 millions d’€.
« On sent une vraie ferveur autour de ce projet dont nous sommes très fiers », s’enthousiasme David Burgy. Les espoirs soulevés sont à la hauteur du défi à relever : offrir des perspectives d’avenir à la filière porcine régionale. « Notre défi, c’est d’arriver à inciter de nouveaux éleveurs à s’installer », conclut le chef d’entreprise dolois.
(Encadré) Des charcuteries labellisées Bleu-Blanc-Cœur
Premier Plateau s’est déjà engagé auprès d’un agriculteur du secteur de Valdahon (Doubs) à acheter ses cochons « à un prix rémunérateur et indépendant des variations du marché breton », indique Laurent Kerandel, technicien chez Chays Frères. Trois ou quatre producteurs supplémentaires seront nécessaires pour atteindre les objectifs de production de 300 tonnes en 2024 et 500 tonnes en 2025. L’élevage des animaux répondra à un cahier des charges intégrant les prescriptions des trois IGP locales (porc de Franche-Comté, saucisse de Morteau, saucisse de Montbéliard) et du label national Bleu-Blanc-Cœur. Cette démarche associative promeut une alimentation de « haute qualité nutritionnelle » riche en oméga 3 (un acide gras anti-oxydant) grâce à l’ajout, dans les rations de fourrage, de graines de lin extrudées.
Commercialisées sous les marques Premier Plateau et La Boissière (la marque de distributeur de Maison Chazal), ces charcuteries seront distribuées aux restaurateurs, commerçants traditionnels ainsi que dans les grandes et moyennes surfaces.
(*) chiffres d’affaires non communiqués (**) En Franche-Comté, le marché des saucisses sous indication géographique protégée (IGP) est dominé par le groupe Arcado qui est contrôlé depuis 2022 par le fonds d’investissement Chevrillon.










































.png)
.jpg)













