Plus grande ville fortifiée d'Europe, Langres vante sa Renaissance jusqu'à l'automne

Publié par Christiane Perruchot, le 05 avril 2018

TOURISME/HAUTE-MARNE. Les Journées européennes des métiers d’art les 7 et 8 avril à Langres, ouvrent l’année Renaissance.

Un événement aux multiples facettes qui s’étire jusqu’à l’automne, autour d’une page de l’histoire de la ville ceinte de remparts, moins connue que ses fortifications à la Vauban, son fromage affiné, l’encyclopédiste Denis Diderot et le rendez-vous météo quotidien de tous les petits écrans.

 

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La barbacane de la porte de l'Hôtel de Ville forme un angle droit qui permettait un double contrôle d'entrée pour la collecte de l'octroi et la défense contre d'éventuels assaillants. © Traces Ecrites.

 

Avant même d’avoir pu assister au moindre évément, une chose attise la curiosité. L’année Renaissance à Langres mobilise toutes les bonnes volontés de la cité lingonne, haute perchée sur son rocher à 475 mètres d’altitude. Historiens, enseignants et écoliers, associations, artistes, artisans…, battent le rappel en 6 mois et 50 dates, pour vulgariser une période historique qui ne colle pas d’emblée à l’image d’une ville au passé militaire encore récent – la 15ème Base de soutien du matériel a quitté les casernes en 2014.

 

Langres (8.000 habitants) est plus connue pour ses fortifications à la Vauban – mais pas réalisées par l’architecte de Louis XIV –, son fromage affiné qui n’a rien à envier à l’Époisses, l’encyclopédiste Denis Diderot et le rendez-vous météo quotidien de tous les petits écrans.

 

 

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Plan schématique de la citadelle de langres avec ses 12 tours et 7 portes. © S. Chevrier/OTSI.

 

« Cette célébration est l’occasion de faire un état des lieux de la connaissance sur les arts à Langres au 16ème siècle, issu de quatre années de recherches des équipes du musée d’Art et d’Histoire ; la dernière synthèse scientifique sur le sujet datait de 1926 ! », expose Audrey Six, médiatrice culturelle qui sera l’une des actrices à l’œuvre ces prochaines semaines pour faire découvrir les oeuvres de la Renaissance aux Langrois ainsi qu’aux touristes de passage – beaucoup d’Anglais et d’Européens du Nord en transit.

 

Le Langres de la Renaissance se fait plus discret que les imposantes murailles qui cernent la ville sur 8 km et que l’on peut suivre par le chemin de ronde sur 3,5 km. Ce fut pourtant une période faste pour les arts avec des mécènes comme le cardinal de Givry – un Franc-comtois qui commanda des tapisseries sur l'histoire de Saint-Mammès pour décorer la nef de la cathédrale du même nom –, ou Jean d’Amoncourt dont la chapelle éponyme porte les décors de la Galerie François Ier à Fontainebleau.

 

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« Il faut lever les yeux ; dans chaque rue, on découvre un bas-relief, un entourage de porche, une échauguette… », résume Angélique Rose, guide conférencière de l’office de tourisme. Il faut s’aventurer dans les rues, les ruelles, les passages des Hallebardiers (sortes de traboules), un peu au hasard.

 

Cette profusion artistique s’explique par le fait que Langres fut une place royale qu’honorèrent les monarques François Ier, Charles IX et Henri III par des visites régulières. L’évêché aussi était puissant, englobant un vaste territoire jusqu’à Dijon.

 

Ces oeuvres alimenteront une exposition inaugurée pour la Nuit des musées (le 18 mai) au musée d’Art et d’Histoire, étonnant bâtiment de verre et de béton accoudé au choeur de l’ancienne chapelle de l’église prieurale Saint-Didier. Une importante campagne de restauration de peintures et sculptures du musée a été engagée, qui débouchera sur une exposition permanente par la suite au sein du musée.

 

 

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Le musée d'Art et d'Histoire a été bâti en 1996 contre ce qu'il reste de l'église Saint-Didier, le choeur, le carré du transept et une travée. © Gérard Féron.

 

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La clôture de chapelle de l'ancienne église Saint-Didier, aujourd'hui l'une des salles du musée d'Art et d'Histoire vient d'être restaurée. Elle est constitué de 55 blocs de calcaire sculptés qui ont été déposés un à un. © Angélique Roze.

 

D’autres musées ont prêté des oeuvres, Dijon, Lyon, Le Louvre… La clôture de chapelle de la cathédrale Saint-Mammès est la pièce maîtresse de l’exposition. Une œuvre monumentale constituée de 55 blocs de calcaire blanc d’Asnières-lès-Dijon et sculptée de rameaux fleuris, masques de grotesques, rinceaux, angelots...

 

La municipalité et la Drac ont également unis leurs moyens pour redonner un habit neuf à la Maison Renaissance, l’hôtel particulier le plus connu des Langrois parmi les nombreux construits à cette époque – une demi-douzaine encore visibles depuis la rue – et qui, par le foisonnement de décors sur leurs façades montraient le haut rang de leurs propriétaires, une bourgeoisie au service de la royauté et de l’évêché.

 

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Inaccessible depuis une quarantaine d’années, le cabinet de travail de la Maison de la Renaissance sera à nouveau visible. Le “Studiolo”, comme on le nomme, vit ses dernières semaines de travaux. Tout doit être terminé pour son ouverture le 26 avril.

 

La Maison de la Renaissance est l’une des plus visitées avec la Maison des Lumières installée dans l’Hôtel du Breuil de Saint-Germain. Elle est entièrement consacrée à l’œuvre de l’encyclopédiste Denis Diderot, au XVIIème siècle. Natif de Langres, il quitta sa ville à l’âge de 15 ans, pour n’en revenir que de rares fois.

 

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La Maison Renaissance encore en travaux qui ressuscitent un cabinet de travail richement décoré et fermé au public depuis 40 ans. © Traces Ecrites.

 

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L'hôtel d'Amboise, probablement construit par Jean d'Amboise, évêque de Langres de 1496 à 1510. ©  Angelique Roze

 

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La Maison des Lumières entièrement consacrée à Denis Diderot est en partie hébergée dans un hôtel particulier Renaissance. © Sylvain Riandet. 

 

Cité frontière du royaume de France avec la Franche-Comté et la Lorraine, la place forte de Langres n’a jamais été assaillie. On le comprend depuis la plaine en contrebas où la ville nouvelle s’est développée dans les années 1950 pour accueillir des entreprises et satisfaire l’envie de maisons individuelles.

 

De l’Antiquité où elle était déjà bâtie comme une place forte, on a eu de cesse de renforcer les remparts au fil des siècles. Pas moins de sept portes et douze tours ceinturent la ville. On visite les salles d’artillerie superposées de la plus monumentale : la tour de Navarre renforcée par une seconde, la tour d’Orval à la demande de François 1er.


Des ouvrages qu’ont parfois du mal à franchir les automobiles comme la barbacane de la Porte de l’Hôtel de Ville. Alors mieux vaut s’arrêter sur le parking, hors les murs, des Panoramics et emprunter l’ascenseur incliné, version moderne de l’ancien train à crémaillère qui reliait la ville haute à la gare, dans la plaine.

 

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La salle d'artillerie haute de la tour de Navarre. © coll.MDT52.

 

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La salle basse de la tour de Navarre. © Angélique Roze.

 

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La tour de Navarre et sa petite soeur, la tour d'Orval, érigée à la demande de François 1er pour renfocer le système de défense. © Traces Ecrites.

 

Où manger et dormir ?


• Le Chapitre, 1 rue de la Crémaillère.

L’ancienne perception des impôts a été transformée en maison d’hôtes par M. et Mme Maurice, lorsqu’ils ont pris leur retraite, lui d’enseignant, elle de gestionnaire de camping. Les trois vastes chambres d’hôtes sont aménagées dans l’ancien appartement (spacieux) du percepteur et un gîte a pris place dans l’ancienne salle de réunion. Un imposant corps de bâtiment des fenêtres duquel on comprend bien l’étagement des villas et des hôtels particuliers et leurs jardins, situé à deux pas de la crémaillère, petit train qui faisait les navettes jusqu’au 1971 entre la gare, dans la plaine et la ville intramuros.

 

• L’Hôtel Le Cheval Blanc (3 étoiles) et son restaurant Le Diderot, 4 rue de l’Estres.

Dijonnais qui a navigué dans l’hôtellerie un peu partout dans le monde, Yves Chevalier parle l’anglais avec un grand naturel et sans accent. La raison peut-être qui fait que sa clientèle est à 80% étrangère, des Anglais et des Européens du Nord qui quittent l’autoroute avant de reprendre leur chemin vers le sud. Son chef sert une cuisine créative qui exhale les saveurs. Diderot l’inspire comme en atteste les inscriptions sur les vitres de la terrasse.

 

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L'Hôtel du Cheval Blanc rend hommage à Diderot dans le restaurant qui porte le nom de l'illustre encyclopédiste. © Traces Ecrites.

 

• La Villa Vauban, 1 place du Colonel de Grouchy.

Aménagée il y a quelques mois dans l’ancien mess des officiers, à la porte des Moulins (entrée sud), on y mange bien, et rapidement, une carte de brasserie. Accueil et service conviviaux.

 

• Le Grand Hôtel de l’Europe (2 étoiles), 23 rue Diderot.

A essayer par curiosité, l’Ouyette, un pâté d’oie dans une croûte feuilletée. Une recette du Moyen-Age que le restaurant dit être le seul à avoir ressuscitée.

 

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Programme des festivités sur www.tourisme-langres.fr


Quelques événements :

 

- Journées européennes des métiers d’art les 7 et 8 avril avec des artisans (tapissiers, ferroniers, sellirs, verriers...) et un salon de la coutellerie, une ancienne spécialité de Langres déménagée depuis dans la proche ville de Nogent.

 

- Bal Renaissance avec la Compagnie Outre Mesure qui apprendra au public à danser les branles, ballets, gaillardes (le 10 avril à 20h30) ou encore l’original atelier Jean Roussat dira en vieux François le discours que Mme le Maire, Sophie Delong, prononcera pour l’inauguration de l’exposition du musée, le 18 mai. Buffet renaissance en plein air le jour de l’inauguration.


- Visites guidées parcours Renaissance, tous les samedis à partir d’avril, à 15h.

- Visites théâtralisées des entrées royales de François 1er de Charles IX par la Compagnie de théâtre de rue Les Hallebardiers en août.

 

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L'ascenseur incliné a remplacé la crémaillère, ci-dessous ,pour franchir la centaine de mètres de dénivellé avec le glacis. © coll.MDT52 et Traces Ecrites.

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Roger Martin BTP
Article classé dans : Evasion

Mots-clés : tourisme, Grand Est, culture, Haute-Marne, Langres, Année Renaissance

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1 réponse(s) à "Plus grande ville fortifiée d'Europe, Langres vante sa Renaissance jusqu'à l'automne"

  1. Alain TERIEURdit :

    Langres est la plus longue muraille de France en un seul mur. Carcassonne est en deux rangs de murs.

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