« Il faudrait que les entreprises franc-comtoises s'intéressent aux pays lointains »

Publié par Pierre-Yves Ratti, le 10 septembre 2014
Guy Bender. ©Pierre-Yves Ratti.
Guy Bender.
©Pierre-Yves Ratti.

AVIS D'EXPERT. Guy Bender, chargé de mission Développement économique régional au service Compétitivité Innovation International à la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) de Franche-Comté était l'invité du dernier petit déjeuner du cluster des technologies innovantes de la santé et de l'Adebt (Agence de développement économique de Belfort et de son Territoire).

L'occasion de faire le point sur l'exportation en Franche-Comté.

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Les entreprises franc-comtoises sont-elles assez présentes à l'exportation?

La Franche-Comté est la 15e région exportatrice sur les 22 régions françaises, avec 8,7 milliards d'€ à l'exportation. Depuis 2011, les exportations sont en baisse d'environ 20%. De plus, il y a une forte concentration dans les secteurs de l'automobile et de la micro-mécanique : 60% du volume global.

Les entreprises franc-comtoises vendent majoritairement dans les pays limitrophes. Il faudrait qu'elles s'intéressent aux pays lointains, là où il y a une croissance supérieure à 5%. Car aujourd'hui, l'exportation est l'un des moteurs de développement avec l'innovation.

Quels sont les pays qu'elles pourraient plus particulièrement cibler ?

L'exportation se développe là où il y a une forte croissance. On exclut donc les pays limitrophes de la France comme le Royaume-Uni, la Suisse ou la Belgique.

Ces pays sont aujourd'hui sur-prospectés, car ils ont un marché stable, avec un fort pouvoir d'achat et sans grosses restrictions sur les échanges. Si l'on veut y percer, c'est forcément au détriment d'autres entreprises françaises.

Il vaut mieux aborder les pays avec une forte croissance du PIB, les pays émergents, comme le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud. Ils sont demandeurs de produits nouveaux.

En amont d'une première démarche, il faut penser à traiter les problèmes liés à l'éloignement : que ce soient le décalage horaire, la langue, mais aussi la culture au sens large.

Et puis surtout, il ne faut pas faire d'erreur : il est beaucoup plus difficile de tenter de revenir dans un pays après un échec que d'y démarrer. Il faut s'être préparé soigneusement, ne pas y aller seulement "pour voir".

L'exportation ne doit pas être un pis-aller au développement. Les Allemands l'ont bien compris : il n'y a plus un marché intérieur d'un côté et l’exportation d'autre part ; il y a un marché mondial. Il faut vendre là où il y a de l'argent et là où il y a des clients.

Existe t-il des aides spécifiques à la Franche-Comté ?

Les aides à l'exportation relèvent de trois niveaux : l'Union Européenne, l’État et la Région. Le conseil régional consacre 1,2 million d'€ aux aides à l'exportation à destination des PME de moins de 50 salariés et moins de 50 millions de chiffre d'affaires.

Depuis la loi de février 2014, les régions sont les animateurs des réseaux d'aide à l'exportation, à travers un plan régional d'internationalisation des entreprises, en lien avec les chambres de commerce, le CCEF, UniFrance, BPI France, la Coface et l'Etat.

La Région France-Comté a par exemple passé une convention avec UBI France pour inciter les PME à faire appel à des VIE (Volontaire international en Entreprise) : elle prend en charge l'avance sur frais exigés par UBI France, soit 4200 €.

Ce dispositif, qui est de plus éligible au crédit d’impôt export, a pour objectif d'aider les entreprises à se doter de moyens humains adaptés pour augmenter leurs chances de réussite.

Cela permet de recruter des jeunes, français ou ressortissants de l’Union Européenne, sans contrainte de diplôme. Les bac pro sont ainsi concernés au même titre que les diplômes de plus longue durée.

Combinées à des dispositifs nationaux ou européens, les aides du conseil régional peuvent s'avérer très intéressantes pour les PME.

Citons des subventions pour la création d'un site Internet bilingue, les frais de prospection, les études de marché ; des avances remboursables à taux zéro pour le recrutement d'un cadre et le financement d'actions collectives, comme la participation à des manifestations professionnelles à l'étranger.

La frontière avec la Suisse ouvre-t-elle des possibilités particulières avec ce pays ?

La Suisse, comme tous les pays limitrophes de la France, est un pays difficile d'accès. D'autant plus que les Suisses sont exigeants en terme de qualité, de délais de livraison, d'engagement sur la durée.

La Suisse est un marché intéressant, mais je conseillerais de l'aborder dans le cadre de participations croisées.

Il faut être très performant si l'on veut aborder ce marché : il est presque plus difficile que le marché allemand, qui, par habitude, est devenu plus tolérant vis-à-vis des pays plus latin.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Franche-Comté, exportation, Suisse, aides économiques, conseil régional de Franche-comté, Adebt, Cluster des technologies Innovantes de la Santé, Direccte, Guy Bender

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