A Besançon, les « french makers » ont leur FabLab

Publié par Monique Clémens, le 19 janvier 2016

NUMÉRIQUE/BESANÇON. Imprimantes 3D, découpe laser, fraisage céramique, prototypage rapide, DAO et autres outils numériques…

Le premier FabLab bisontin, privé, met à disposition de ses usagers - des particuliers, des étudiants, des entreprises - divers équipements et ateliers pour créer, inventer, fabriquer. Visite guidée.

 

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« Le principe du FabLab, c’est d’être ingénieux à moindre coût, de transformer, de réutiliser en mélangeant les compétences. C’est là où les entreprises ont intérêt à envoyer leurs cadres », dit Vincent Roussset, le créateur du premier FabLab de Besançon.

 

Vincent Rousset a acheté ces locaux de 230 m2 aux enchères. Au premier étage d’un immeuble de la rue Xavier Marmier, à Besançon, ils sont plutôt bien situés et la surface est parfaite pour démarrer son FabLab (laboratoire de fabrication), le premier dans la ville des microtechniques.


Tombé dans la marmite de l’Internet puis dans celle de l’open source (le logiciel libre), ce Bisontin, qui n’en est pas à sa première expérience de création d’entreprise, cherchait une imprimante 3D à fabriquer lui-même quand il s’est aperçu qu’il n’était pas le seul.


Il a alors découvert le mouvement des « makers » (faiseurs ou fabricants), aux Etats-Unis, dans lequel il se reconnaissait, et a choisi de se lancer en France. Il a déposé la marque « FrenchMakers » puis travaillé sur le projet pendant un an.

 

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Le modèle économique de cette structure privée, dans un premier temps, est celui d’un système d’abonnement pour les particuliers et d’une facturation au cas par cas pour les entreprises.

 

« Le principe du FabLab, c’est d’être ingénieux à moindre coût, de transformer, de réutiliser en mélangeant les compétences. C’est là où les entreprises ont intérêt à envoyer leurs cadres. Nos utilisateurs sont tous des gens qui développent de nouveaux produits ou de nouveaux concepts. Nous sommes en train de convertir des entreprises qui sous-traitent en leur montrant l’intérêt d’avoir la main sur leur fabrication. »

 

Un prototype de boîte à vitesse, 80 pièces à assembler

 

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Le collectif d'artistes, inventeurs, designers 3615Señor en cours de prototypage.

 

Le FabLab est tel que l’entrepreneur aurait aimé le trouver en tant qu’utilisateur. La porte franchie, un long couloir mène à un espace collectif décoré d’une fresque, sur tout un mur. « C’est un grapheur qui était venu imprimer ici un petit robot qui m’a proposé de la réaliser », explique l’entrepreneur. Un coin café et cuisine, une grande table, un écran vidéo, des objets réalisés exposés…


Après les échanges, chacun rejoint l’atelier qui l’intéresse. La première porte à gauche, en entrant, c’est la caverne d’Ali Baba : du matériel d’impression 3D, des pièces, des consommables, le FabLab étant aussi distributeur de matériel et de fournitures – après avoir écoulé environ 300 imprimantes 3D en kit, il distribue en exclusivité en France la BCN3D Sigma, une machine particulièrement performante.

 

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La deuxième porte à gauche, c’est un atelier de petit assemblage et d’électronique. C’est ici que l’on peut fabriquer son imprimante 3D, à partir d’une première machine.


« Ce sont les avantages de l’open source, les plans sont accessibles. J’assiste les usagers si besoin, j’organise aussi des stages. » La 3e à gauche est tout entière dédiée à l’impression 3D.


Bip bip ! Une machine à deux têtes utilisant la technologie du fil fondu (du plastique biodégradable) est en train de donner naissance à un prototype de boîte à vitesse, qui comprend 80 pièces à assembler.


A côté, une autre machine utilisant la technologie de la résine en polymérisation attend d’être utilisée. A droite du couloir se trouvent un atelier de céramique traditionnel et un autre de découpe laser.

 

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TRex réalisé par superposition de découpe de carton au laser.

Une communauté de french makers

 

Le FabLab FrenchMakers a ouvert à l’automne 2015, et une communauté de french makers est en train de naître ici.

 

Sabrina, styliste, a trouvé suffisamment d’espace pour y faire pousser les colonies de bactéries destinées à créer un textile d’un nouveau genre.

 

« Je cherchais une solution pour réduire l’impact de la production textile sur l’environnement », explique la jeune femme qui est aussi dotée d’un bagage scientifique et n’a rien d’une illuminée.


« Le FabLab, c’est de la logistique et du capital humain, ça permet aussi de rencontrer d’autres personnes. L’esprit des makers, c’est de chercher des solutions, c’est de l’entreprenariat social. »


Jean-Marie, lui, connaissait Vincent et l’a aidé à construire son FabLab. Pilote de montgolfière, il fabrique ici sa prochaine machine. « Ici il y a de l’espace et du lien social. On croise des ingénieurs, on montre ce que l’on fait. J’essaie de me mettre au DAO pour l’impression. »


Melric, ingénieur mécanicien formé à l’UTBM, vient fabriquer le prototype d’appareil photo numérique à visée télémétrique que développe la start-up bisontine Pixii.

 

« Avec les moyens en impression 3D et en usinage, c’est un gain de temps et d’argent, et ça nous évite de le faire fabriquer en Chine. » Selon Vincent Rousset, ils sont une trentaine d’usagers, déjà, à participer à la vie des lieux.

 

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Le plan du FabLab de Besançon.

 

Qui est Vincent Rousset ?

 

Ingénieur systèmes et réseau, ce Bisontin a terminé ses études à Paris, en 1996, au moment du décollage d’Internet. Revenu sur ses terres, il a créé une société de prestations et d’hébergement de site, Franche-Comté Net, qui a grandi par acquisitions successives.
« J’ai ainsi fait quinze ans d’Internet derrière mon écran, mais c’était devenu trop routinier à mon goût, j’avais l’impression d’avoir perdu ma vocation d’ingénieur. J’ai décidé de passer à autre chose et de valoriser des entreprises, tout en recherchant le même engouement que celui que nous avions connu lors du démarrage d’Internet. »
C’est alors qu’il a découvert le mouvement américain grandissant des makers, il y a un an et demi. « Des gens d’une cinquantaine d’années, qui maîtrisent l’Internet mais ont envie de se réapproprier les choses et d’échapper à la consommation à tout va. Cela coïncide aussi avec l’essor des imprimantes 3D, dont les brevets sont tombés. Cette philosophie, c’est quelque chose dans lequel je me retrouve. »



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Besançon, Doubs, numérique, impression 3 D, FabLab, Bourgogne Franche-Comté, FrenchMakers, Franche Comté Net, Vincent Rousset

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