Conducteur de presse en train de relire une épreuve en cours d'impression.
Conducteur de presse en train de relire une épreuve en cours d'impression.

IMPRIMERIE. L’imprimeur de Baume-les-Dames (Doubs), placée en redressement judiciaire en août dernier, conduit un plan de rebond qui doit lui permettre de sortir de ses difficultés, liées en partie à la concurrence asiatique et des pays de l’Est.

L’équation que l’Imprimerie Moderne de l’Est (IME) doit résoudre est simple : retrouver une rentabilité avec des marges supérieures aux charges.

A l’issue d’un plan de départ de 42 personnes, un regroupement de la production est prévu sur son site tout proche d’Autechaux pour rationaliser ses coûts.

Explication en compagnie de Laurent Labat, le dirigeant.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

Avec un parcours professionnel comme le sien (Lire ci-dessous sa mini biographie), Laurent Labat n’est pas homme à baisser les bras.

Le redressement judiciaire – effectif depuis le 1er août 2013 - de l’Imprimerie Moderne de l’Est (IME), implantée à Baume-les-Dames (Doubs) et qu’il dirige depuis 2005, n’est à ses yeux qu’un incident de parcours.

Qui aurait pu cependant être  judicieusement évité.

Pour bien comprendre la situation que vit l’imprimerie comtoise, précisons qu’elle rencontre depuis quelques années une concurrence des pays d’Asie et d’Europe de l’Est proposant des tarifs, selon son dirigeant, jusqu’à 45% moins chers.

« Et peu importent les coûts de transport, les Chinois aménagent des bateaux pour faire le façonnage durant la traversée », s'insurge Laurent Labat.

D’où une politique d’anticipation des difficultés à venir lancée en 2007 avec la mise en place d’un programme investissement de 11 millions d’€, achevé en 2009, pour s’équiper d’un matériel très performant.

Afin de réduire sa masse salariale d’1,5 million d’€, l’entreprise organise dans la foulée un plan de départs volontaires, négocie un moratoire de 36 mois d’étalement de sa dette et injecte 2 millions d’€ d’argent frais en revendant les murs de ses locaux parisiens.

Pourquoi cela n’a-t-il pas suffit alors que le carnet de commandes est indiqué plein ?

Opération de brochage sur le site d'Autechaux (Doubs).
Opération de brochage sur le site d'Autechaux (Doubs).

4,5 millions d’€ à investir sur un site unique

« Nous avions un contrat avec le ministère de la Justice qui s’engageait sur quatre ans à nous assurer au minimum 1 million d’€ d’activité. Il s’est terminé en juillet dernier avec seulement  la moitié réalisée, nous avons donc conclu un engagement à venir pour une somme équivalente », indique Laurent Labat.

Dans le même temps, IME devait 500 000 € à l’Urssaf qui, toujours selon le dirigeant, a refusé de tenir compte de cette situation particulière, et n'a pu lui faire éviter le dépôt de bilan.

« Alors que ces quatre dernières années, j’ai versé pas moins de 17 millions de cotisations ! », note amer l’imprimeur.

Cette nouvelle donne conduit aujourd’hui au départ de 42 personnes, dont 32 en départs volontaires, réduisant l’effectif à 169 personnes.

Pour relancer la mécanique, l’entreprise (23,3 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2011 et 28 millions sur l’exercice suivant étalé sur 16 mois), a de la ressource.

Elle veut regrouper toute sa production dans les six mois à Autechaux, non loin de Baume-les-Dames, où elle exploite une unité de façonnage.

L’investissement s’élève à 4,5 millions d’€ et passera par un investisseur qui louera ensuite les locaux. « J’ai pré-vendu pour cinq millions d’€ notre site de 18 000 m2 à Baume-les-Dames ce qui me permettra, la transaction effective, de solder en grande partie le moratoire et de repartir avec un bilan assaini », assure Laurent Labat.

D’autant que la clientèle composée de collectivités locales et autres donneurs d’ordres publics, de grands éditeurs (Nathan, Hachette, Plon, Bordas, Presse de la cité), mais aussi de Michelin pour toutes ses cartes routières, semblent prêts à jouer le jeu.

Seuls 3 millions de travaux jugés non rentables vont être délaissés. Mais pas pour partir dans des pays à bas coût, IME ayant monté sur Paris une plate-forme industrielle afin de déléguer cette activité auprès de sous-traitants nationaux : brocheurs, rotativistes…

Fondée au début des années 1960 par Guy-Victor Labat, le père de Laurent, IME a été le grand éditeur français des livres scolaires avec la maison Hachette.

Laurent Labat, P-DG d'IME.
Laurent Labat, P-DG d'IME.

Qui est Laurent Labat ?

Son look de baroudeur confirme une vraie vie de baroudeur. Laurent Labat (44 ans) a fait ses études en Arizona (Etats-Unis) pour devenir pilote professionnel. Métier qu’il exerça un certain nombre d’années aux commandes d’avions taxis. Il est ensuite devenu pilote, version brousse, mais pour conduire en Alaska des VIP amateurs de parties de chasse ou de pêche.

De retour en France, il monte des sites touristiques très attachés au développement durable. Déjà en Isère, puis dans la Marne. Allez voir sur Le Moulin de Sauvage et vous comprendrez mieux son attachement à l’écologie, traduite par ses soins en deux mots : économie et logique.

Car si vous le branchez sur ce terme, il expliquera que tout sur cette terre obéit à des écosystèmes en forme de pyramide. La base de l’édifice « enrichissant », et pas uniquement d’espèces sonnantes et trébuchantes, l’ensemble jusqu’au sommet. Et non l’inverse comme l'impose dorénavant le microcosme financier mondial qui en oublie l’essentiel : l’Humain.

Neuvième d’une famille de neuf enfants, il rejoint en 2005 l’entreprise familiale pour conduire ses destinées comme P-DG.

Crédit Photos : Philippe Eranian

Commentez !

Combien font "3 plus 7" ?