DÉCOLLETAGE. Plus de trente ans se sont écoulés entre l'implantation à Geneuille (Doubs) du fabricant de petites pièces pour briquets jetables UND (7 salariés) et la société d'aujourd'hui, spécialiste du décolletage de précision, qui emploie 80 salariés sur quatre sites à Franois, près de Besançon.

Malgré les difficultés de 2009 avec une chute drastique du chiffre d'affaires de 40%, le décolleteur se maintient à 9,5 millions d'€ de chiffre d'affaires grâce à une diversification des marchés.

Tout irait à peu près bien, si ce n'était «l'énorme angoisse que constitue la proximité de la Suisse, qui n'hésite pas à débaucher au sein même de nos ateliers», regrette Gilles Thomas, manager assistant, appelé, dans les prochaines années, à reprendre les rênes de l'entreprise avec Joseph Gillet, le fils de l'actuel P-DG, Claude Gillet.

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Tout a donc commencé en 1979 : Daniel Thomas entre comme actionnaire dans la petite entreprise UND de Geneuille (Doubs) créée par la famille Gillet. Elle fabrique alors des petites pièces pour les briquets jetables.

Deux ans plus tard, le briquet mécanique passant à l'électronique, c'est pour des épilateurs que travaille l'entreprise. La technologie évolue. L'acier est remplacé par du plastique.

«Très vite, on a compris que notre force résiderait dans la diversification», explique Gilles Thomas, fils de Daniel.

Aujourd'hui, son premier client, les lunettes Cartier auxquelles il fournit les petites vis apparentes «fabriquées et polies manuellement», représentent 6 % du chiffre d'affaires de 9,5 millions d'€.

Le reste se répartit à égalité entre trois secteurs (20% chacun) : l'aéronautique, le médical «avec l'intéressant développement que constitue actuellement l'implantologie dentaire» et la connectique. L'électroménager constitue aussi un débouché, ainsi que «tout secteur d'activité qui a besoin de petites pièces, comme le jouet».

La raréfaction des niches incite l'équipe dirigeante à une remise en cause perpétuelle. Celle-ci passe par un déménagement à Franois en 1992, avec la construction de quatre sites de production et stockage sur plus de 6000 m2.

L'entreprise s'entoure de certifications. Outre celles concernant l'environnement et la fiabilité des pièces médicales, elle fut l'une des premières à obtenir la fameuse OHSAS 18001, gage d'une entreprise attentive à la sécurité des personnes.

Et chaque année, elle investit 10 à 15 % dans son parc de machines. «C'est énorme, mais c'est notre seul levier pour gagner en productivité».

Des SMS pour débaucher

Appelée à répondre à toutes les demandes de petites séries, la productivité implique aussi que les hommes sachent s'adapter. C'est là que le bât blesse.

Car malgré 7 licenciements au plus fort de la crise, en 2009, forcés par une baisse de 40% du chiffre d'affaires, UND cherche à nouveau à embaucher.

«Aujourd'hui, ma plus grosse angoisse vient des Suisses», explique Gilles Thomas.

«Nous avons une demande récurrente pour les régleurs en décolletage. La moyenne d'âge ici est de 45 ans, mais aujourd'hui, les Suisses n'hésitent pas à envoyer aux meilleurs d'entre eux des SMS ou à leur téléphoner dans l'atelier même. Deux ou trois nous quittent chaque année, attirés par les salaires de 7 à 8000 FCH (francs suisses), avec, parfois, 13e mois et frais de déplacement inclus".

"Le phénomène tend à s'accélérer et je ne vois pas comment lutter. Il nous faut entre 5 et 10 ans pour former un très bon décolleteur ;  nous avons donc décidé d'une prime aux meilleurs».

Cela sera-t-il suffisant pour les retenir ? L'arrivée prochaine d'une usine Swatch à Boncourt dans le Territoire de Belfort n'est pas faite pour le rassurer.

Photos : Blandine Sauter.

2 commentaire(s) pour cet article
  1. Égalitédit :

    Bon courage au charge patronale française comparé à la suisse. 45% en France contre 20% en suisse. CQFD

  2. honoredit :

    Comment faire face ? En Suisse, certains patrons seraient-ils moins GOURMANDS ??? Nous avons tout pour bien faire. Qui donc sabotte notre savoir- faire ? BON COURAGE A CETTE ENTREPRISE.

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