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Phillipe de Jarcy s'explique.

 

AGROALIMENTAIRE. L’ancien site dijonnais de Nestlé, puis de Barry Callebaut, repris en décembre 2012 par Philippe de Jarcy et deux associés rencontre des difficultés de trésorerie.

Le placement en redressement judiciaire, 28 octobre dernier, doit lui donner une bouffée d’air pour passer les six prochains mois avant un retour espéré à l’équilibre.

Car l’entreprise, qui a investi et recruté depuis la reprise, séduit une clientèle de grands distributeurs de plus en plus large avec des produits très élaborés et conquiert un public de becs sucrés avec sa boutique intégrée.

Explication sur la situation actuelle et la stratégie de rebond engagée par Philippe de Jarcy.

 

• Pourquoi déposez-vous le bilan pour entrer six mois en redressement judiciaire ?

 

La situation est simple, il nous manque 5 à 6 millions d’€ pour faire face financièrement. Le dépôt de bilan est donc la meilleure chose qui peut nous arriver actuellement afin de retrouver un peu d’air frais. Nous entrons en redressement judicaire pour six mois, laps de temps nécessaire à mes yeux pour atteindre l’équilibre. Car nous vivons une crise certes, mais de croissance.

 

• Quelles en sont les raisons conjoncturelles et structurelles ?

 

Pour les premières : une nouvelle norme européenne d’étiquetage, applicable au premier janvier 2015, surcharge les fabricants d’emballages qui peinent à fournir et provoque chez nous par ricochet des retards de livraison. Par ailleurs, les conditions de réglement du contrat qui nous lie à Barry Callebaut ont changé, ce qui nous pénalise et nous tentons de trouver le bon étiage avec eux.

 

Quant aux secondes, elles relèvent de notre positionnement marché. Les référencements auprès de nos clients de la grande distribution sont toujours longs à conclure, d’autant qu’ils souhaitent des produits personnalisés que nous élaborons au sein de notre propre service R&D. Cela ne se fait pas en un claquement de doigt, car nous travaillons parallèlement à construire notre propre gamme, baptisée « Prestige de Bourgogne ». J’ajoute que nous avons recruté depuis la reprise une trentaine de personnes et rénové l’outil industriel à hauteur de 4 millions d’€. Tout ceci nécessite du cash qui manque pour l’instant.

 

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Le site de la Chocolaterie de Bourgogne à Dijon capable de produire jusqu'à 100 000 tonnes annuelles.

 

• Votre situation actuelle découle t-elle alors d’un simple mais gros besoin en fonds de roulement ?

 

C’est exactement ce que nous vivons. Et j’en veux pour preuve que notre chiffre d’affaires d’environ 65 millions d’€ devrait passer à 100, voire 110 millions, en août 2015, et ce malgré la fin prévue du contrat de 30 millions d’€ avec Nestlé, l’un des anciens propriétaires. Nous avons en portefeuille 56 millions de commandes confirmées et j’ai bon espoir que 25 autres millions suivront dans la foulée. En attendant, notre stratégie de rebond passe par un renforcement de nos fonds propres en faisant entrer des investisseurs. A aujourd'hui, trois nous ont contacté : un industriel et deux financiers.

 

• Les 310 personnes employées par la Chocolaterie de Bourgogne sont-elles menacées par un plan social ?

 

Ce serait stupide de se séparer d’un personnel formé et motivé alors que nous débordons de travail. Encore une fois, je le répète, nous rencontrons une mauvaise passe, le purgatoire pour un temps, mais pas l’éternité de l’enfer.

 

• N’avez-vous quand même pas vu trop grand en reprenant à Barry Callebaut, fin 2012, un site dimensionné pour fabriquer jusqu’à 100 000 tonnes de chocolat par an ?

 

Si nous dépassons les 35 000 tonnes, l'entreprise est déjà rentable. La capacité globale de l’usine nous donne au contraire des marges de progression exceptionnelles.

 

• La pénurie de fève de cacao et la hausse de 50% du cours de cette matière première ne sont-elles pas à terme votre plus gros problème ?

 

C’est un souci en effet, mais la récolte de cette année est annoncée récolte du siècle et la tension sur les prix diminue. Ce qui me fait le plus peur en revanche est le virus Ebola, car s’il gagne la Côte d’Ivoire, ses ports vont fermer et là ce sera très difficile de s’approvisionner.

 

• Comment fonctionne la boutique intégrée que vous avez ouverte à Noël dernier ?

 

Le feu de Dieu. En dehors de nos produits, nous distribuons ceux du liquoriste Boudier et ceux des Salaisons Dijonnaises. La boutique dégage jusqu’à 30 000 € de marge brute qui permettent de payer les 3 salariés et le loyer à la chocolaterie.

 

Photo aérienne du site fournie par Chocolaterie de Bourgogne

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