Paris, Lille, Lyon, Chamonix, etc. Les produits chaussants Bleuforêt jettent les bases d’un réseau de boutiques en propre. Le propriétaire de cette marque « made in France », la PME Tricotage des Vosges, parie sur la distribution en direct pour compenser le recul de ses ventes en grandes surfaces. Il cherche néanmoins à augmenter sa visibilité dans ce secteur avec une gamme de collants mi-bas, lancée cet été.

Ses collants et chaussettes « made in France » épousent harmonieusement toutes les anatomies. Tricotage des Vosges, propriétaire des marques Bleuforêt et Olympia, cultive sa faculté d’adaptation, à l’instar de ses produits chaussants. L’entreprise basée à Vagney (Vosges) négocie habillement le virage du recul du textile dans la grande distribution, son principal client.
En 2019, la bonneterie rachetée par Jacques Marie, ancien patron de Dim et dirigée aujourd’hui par son fils Vincent, donne un puissant coup d’accélérateur dans cette stratégie à trois étages. Elle parie sur la création d’un réseau de boutiques en propre, une gamme de mi-bas et la relocalisation d’une partie de sa production. Pour mener à bien cette ambition, l’agilité de cette PME de 237 salariés (21,4 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2018) apparait comme un précieux atout.
« La grande distribution rencontre des difficultés et se désinvestit petit à petit les produits textiles. Par ailleurs, quand ces enseignes sont présentes dans l’habillement, elles privilégient leurs marques de distributeur », analyse André Leidelinger, directeur de la production chez Tricotage des Vosges.  

 
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Relocalisation des chaussettes Olympia

Tricotage des Vosges a racheté la marque Olympia à la barre du tribunal en 2010. Il y a deux ans, la société a rapatrié à Vagney un quart de la production des chaussettes Olympia jusqu’alors assurée par un sous-traitant bulgare. Elle compte porter ce chiffre à 40% cette année. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’une opération marketing, mais surtout d’un souci de maintenir la charge de son outil de production français.
Les commandes de produits Bleuforêt auprès d’une importante enseigne de la grande distribution ont en effet fondu de moitié en deux ans. En parallèle, l’industriel continue d’œuvrer à augmenter la productivité de ses équipements. En témoigne l’acquisition récente d’une machine robotisée de « formage » utilisée pour étirer et repasser les chaussettes en les plaçant sur une pièce en forme de pied. « Cette solution a résolu conjointement les problématiques de troubles musculosquelettiques chez nos opératrices et de goulets d’étranglement dans la production », se félicite le directeur de la production.
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Six millions de paires de chaussettes et de collants sortent en moyenne chaque année de l’usine de Vagney, dans les Vosges. © Philippe Bohlinger.
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La zone de picking réservée aux commandes en ligne a été réaménagée dernièrement. © Philippe Bohlinger

La première boutique Bleuforêt a ouvert il y a un an à Paris, rue de Rennes. Son succès a conforté la marque dans sa stratégie de distribution directe. Les dirigeants ont poursuivi sur cette lancée en inaugurant ces derniers mois des boutiques à Lyon, Lille et des autres à Paris (rue du Commerce et rue Saint-Dominique). Chamonix et Metz devraient suivre cette année, voire Zurich.
La création d’un réseau d’une douzaine de boutiques en propre à l’horizon 2020 vise à booster les marges. « Nous espérons générer 18% de notre chiffre d’affaires grâce à la distribution directe, en nous appuyant sur nos boutiques, mais aussi nos quatre magasins d’usine et de déstockage Olympia ainsi que sur nos ventes en ligne », explicite le directeur de la production.

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Les boutiques pourront proposer les collants mi-bas dont le lancement commercial a eu lieu en juillet. 60.000 paires devaient être livrées dans un premier temps. Selon l’entreprise, cette nouvelle gamme augmentera également sa visibilité dans les rayonnages des grandes surfaces. Enfin, « la fabrication de mi-bas va permettre de saturer l’outil de production dans lequel nous avons investi il y a deux ans en vue de nous diversifier dans la fabrication de collants, toujours dans le haut-de-gamme », éclaire André Leidelinger.
À Vagney, leur fabrication est totalement séparée des autres ateliers. Il s’agit concrètement d’éviter que des fibres naturelles ne « polluent » les métiers qui tricotent les fils synthétiques (polyamide et élasthanne) au moyen de 400 aiguilles, un niveau de finesse extrême. Le fil blanc est teinté dans un second temps à Romilly-sur-Seine (Aube), la base logistique de Tricotage des Vosges.

Qui est André Leidelinger ?

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© Philippe Bohlinger.
« La chaussette est un accessoire tendance qui conserve une légitimité à être fabriquée en France, Paris demeurant une grande place de la mode », juge le directeur de production de Tricotage des Vosges. Lorsqu’André Leidelinger a été recruté en 1983 comme régleur, l’usine de Vagney constituait un site de production parmi d’autres au sein du groupe Dim.
Ce professionnel de 58 ans, a connu toutes les grandes dates qui ont jalonné la vie de l'entreprise. L’histoire démarre en 1994 avec la cession de l’usine de Vagney par son actionnaire américain. La reprise du site de production de chaussettes par Jacques Marie, ancien patron de Dim, sur l’appellation Tricotage des Vosges,  s’accompagnera du lancement d’une marque positionnée sur le haut de gamme, Bleuforêt.
« Mais à l’époque, l’essentiel du chiffre d’affaire était généré dans le cadre d’un accord de sous-traitance exclusif avec Dim », se remémore André Leidelinger. Au moment de la rupture avec Dim, en 2009, la PME était prête pour faire monter en puissance sa marque.

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