TRANSPORT/BOURGOGNE FRANCHE-COMTÉ. Si la recommandation de la Cour des comptes d'arrêter au plus tôt, le développement concomitant des aéroports de Dijon-Longvic et Dole-Tavaux, n'est plus d'actualité depuis la suppression des vols commerciaux sur l'aéroport bourguignon, la seconde observation l'est plus que jamais.

Alors que Bourgogne et Franche-Comté se préparent à ne faire plus qu'une région, la juridiction de contrôle des comptes publics estime que la pertinence d’un aéroport unique interrégional n’apparaît pas évidente. Explications.

 

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L'aéroport de Dole a repris les vols commerciaux en 2007.

 

Le rapport de la Cour des comptes rendu public le 11 février 2015 (Le consulter ici) sur les aéroports de Dijon-Longvic et de Dole-Tavaux arrive un peu tard. La juridiction de contrôle des comptes publics réitère la recommandation qu'elle avait fait en 2008, en l'occurrence que « le développement du trafic aérien sur les deux équipements doit être définitivement et rapidement écarté ».

 

C'est chose faite. Après une longue période d'atermoiements des financeurs (Lire ici l'article de Traces Ecrites News), depuis l'été dernier, celui de Dijon a arrêté les vols commerciaux affrétés par Eastern Airlines (Lire ici l'article de Traces Ecrites News). Sous l'autorité d'un syndicat mixte réunissant Le Grand Dijon et le Conseil régional de Bourgogne, la société SNC-Lavalin n'accueille plus que des vols d'affaires privés et des vols sanitaires. Une mission qui lui a été confiée le 1er septembre 2014, pour 16 mois, en attendant que les autorités publiques décident d'une stratégie à long terme.

 

Il n'y a donc plus de concurrence avec l'aéroport de Dole-Tavaux qui continue d'organiser des vols low Cost avec Ryanair, des charters et à partir de cet été, des lignes régulières vers Bordeaux et Toulouse avec la compagnie Igavion. Son activité a été relancée en 2007 à l'initiative du conseil général du Jura, propriétaire de l'infrastructure, sous la forme d'une délégation de service public accordée à une société constituée avec la CCI du Jura et la SA Keolis.

 

L'extinction de la concurrence n'amenuise pas la pertinence des observations de la Cour des Comptes qui consiste à s'interroger sur le bien-fondé d'avoir autant investi de deniers publics sur deux plateformes si proches l'une de l'autre - 49 km de distance -, et dans une zone de chalandise qui n'atteint pas le million d'habitants.

 

Un doute sur la viabilité économique

 

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L'aéroport de Dijon a arrêté les vols commerciaux en 2014.

 

Quelques chiffres. Depuis 2010, les collectivités locales ont investi environ 14 millions d'€ sur l'aéroport de Dijon et 7 millions sur celui de Dole dans la rénovation des pistes, des bâtiments d'accueil, les dispositifs de sécurité… A cela s'ajoute la contribution au fonctionnement des lignes revenant à 45 € par passager et par an aux contribuables bourguignons et 23 € par an aux contribuables francs-comtois (sous la forme de subventions à l'équilibre des lignes aériennes).

 

Le trafic de chaque aéroport n'a pas dépassé 100 000 voyageurs par an depuis 2008, à l'exception de Dole l'an dernier qui a connu une pointe à 115 000 passagers. 

 

Un an ou deux plus tôt, la Cour des Comptes aurait peut-être incité les Bourguignons et les Francs-Comtois à rapprocher sérieusement leur stratégie, voire à fusionner les deux plateformes en une seule interrégionale. Encore que, politiquement, ni les uns ni les autres, ne l'ont vraiment souhaité.

 

Alors que Bourgogne et Franche-Comté ne vont faire plus qu'une région en 2016, l'heure est t-elle venue de faire de Dole - le survivant -,  cet aéroport interrégional régulièrement évoqué depuis les années 2000 ? Rien n'est moins sûr. Le rapport de la Cour des comptes confirme aux dubitatifs de ne pas aller plus avant : « à ce jour, la viabilité économique d’un aéroport unique n’est pas démontrée ».

 

Ses arguments  : la faiblesse du bassin de chalandise, de la quasi-absence de trafic dit réceptif (NDLR : l'accueil de touristes, au nombre de 9000 par an selon l'exploitant de Dole) et de la proximité de grands aéroports bien desservis par le rail et la route. « A Dole et Dijon, l’offre hôtelière et de restauration n’a pas connu de modification substantielle et l’impact du développement des équipements sur le marché immobilier local est inexistant », affirme la Cour des Comptes.

 

Le train plutôt que l'avion

 

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Le conseil général du Jura, propriétaire de l'aéroport de Dole, veut poursuivre son développement.

 

La juridiction formule la recommandation d'un scénario alternatif qui consisterait à améliorer l'acheminement vers les grands aéroports voisins de Lyon-Saint-Exupéry, Bâle-Mulhouse, ou Roissy. La formule n'est pas éloignée de la position du conseil régional de Franche-Comté qui ne renouvellera pas cette année, la subvention de 300 000 € versée à l'aéroport de Dole-Jura en 2014 après deux contributions de 150 000 € les deux années précédentes, préférant recentrer ses crédits sur les TER.

 

« Alors que la période triennale correspondant au lancement de la nouvelle offre est terminée et que les objectifs sont atteints, dans le contexte financier contraint, la Région souhaite, non pas subventionner des voyages de certains Francs-comtois, mais concentrer ses efforts financiers dans la qualité et la pérennité des mobilités du quotidien en Franche-Comté », écrit Marie-Guite Dufay, présidente du conseil régional de Franche-Comté en réponse au rapport de la Cour des Comptes.

 

A nos confères du Progrès, Christophe Perny dit en revanche son intention de poursuivre l'exploitation de l'aéroport de Dole. Dans sa réponse à la Cour des Comptes, le président du conseil général du Jura fait valoir la dimension sociale de l'équipement « par la création de 65 emplois directs et indirects (…) à comparer avec le coût d'indemnisation de 65 demandeurs d'emploi ».

 

Reste que le scénario alternatif, passant par le rail vers de grands aéroports extrarégionaux, est compromis avec les dernières actualités. La SNCF envisage de priver Beaune et Chalon-sur-Saône du TGV en liaison avec Paris.

 

Photos fournies par les aéroports de Dole-Jura et Dijon-Bourgogne.

 

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Bouillotdit :

    J'ai la conviction - et je l'ai largement écrit en son temps dans le journal dont j'eus le plaisir de diriger la rédaction - qu'il existe un "marché" pour le transport aérien dans la zone de chalandise "Dijon - Bourgogne". Une étude de marché sérieuse le confirmerait probablement. Pas de quoi créer un aéroport international, mais simplement une plateforme régionale utile au business et au tourisme, davantage entrant que sortant d'ailleurs - ce en quoi Dole-Tavaux dans sa configuration actuelle ne répond pas du tout. Je m'étonne juste d'un point : que les juges de la Cour des comptes sachent juger de la légalité et de l'opportunité de la manière dont est dépensé l'argent public, je ne doute pas un instant. Qu'ils deviennent des experts en transport et puissent "recommander" aux acteurs publics la stratégie qu'il convient de mettre en oeuvre en matière de mobilités, je suis en revanche beaucoup plus sceptique. En clair, ce n'est pas à un juge, fût-il de la Cour des comptes, de m'expliquer que, moi, petit Bourguignon, je vais devoir me taper 6h de TGV au lieu d'une heure d'avion pour aller à Bordeaux... Non mais !

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