DECHETS. La vaste décharge de Bonfol approche du quart de sa résorption.

Rendu célèbre malgré lui, le site du Jura suisse à 400 mètres de la frontière française a sorti à ce jour 25 000 des 114 000 tonnes de déchets divers et variés que la chimie bâloise y a allègrement entreposé dans les années 1960-70, sur une surface équivalente à quatre terrains de foot.

Depuis, les industriels l’ont surveillée, «toujours dans le respect de la législation de son temps», assurent-t-ils.

Mais celle-ci évolue. Combinée à la pression médiatique et politique, elle les a obligés à un assainissement définitif qui leur en coûtera 350 millions de francs suisses (290 millions d’€).

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Le maître d’ouvrage BCI Betriebs AG qui réunit huit industriels (1) rattrape le retard dû à dix mois d’interruption de l’excavation à cause d’une explosion en juillet 2010, quelques mois seulement après le début du chantier. «Nous comptons terminer les opérations au printemps 201 », annonce Rémi Luttenbacher, le chef de projet de nationalité française.

Les opérations se déroulent sous l’imposante halle de 10 mètres en légère dépression d’air formant un arc de cercle, soutenue sans piliers intermédiaires. Forer au cœur du cocktail de déchets était trop risqué. Les pelleteuses avalent portion par portion le délicieux mélange qui ira se faire incinérer à plus de 1 200 degrés, après passage par un sas de décontamination.

Le stationnement minimal à Bonfol est de 48 heures pour se reposer. Puis en l’absence d’installations adaptées en Suisse, les déchets sont transportés par voie ferrée jusqu’aux sites de traitement du groupe HIM/Indaver en Allemagne et en Belgique.

«Sur le plan technologique, il n’y a rien d’exceptionnel : nous faisons procéder à une excavation. L’historique du site a conditionné le mode d’intervention. Pour beaucoup, les déchets ont été déposés en vrac, sans séparation claire ni caractérisations précises. Dans ce contexte, un tri fin convenait très difficilement», expose Michaël Fischer, le directeur de BCI Betriebs AG.

Suite à l’explosion de juillet 2010, une série de mesures complémentaires de sécurité ont été prises. Parmi elles, le broyage des matériaux s’opère dès leur extraction et non plus sur les sites d’incinération, de façon à réduire leur taille, donc le risque d’explosivité.

La décharge conserve son lot d'incertitudes

L’accident n’avait pas causé de dommage corporel, mais la présence humaine dans le «cœur du réacteur» a été encore un peu plus réduite qu’à l’origine.

La cause la plus probable de l’explosion, dixit la police scientifique de Zurich, réside dans un mélange de chlorates et de substances organiques qui aurait réagi au choc d’un godet. Le tandem est détonnant, c’est lui qui forme les bombes artisanales des apprentis artificiers du dimanche.

«Il est impossible d’exclure totalement la reproduction de telles explosions dans le futur», souligne Rémi Luttenbacher. La décharge garde son lot d’incertitudes : en l’absence d’inventaire précis et d’archives exhaustives, la connaissance de son contenu reste approximatif, surtout dans la répartition entre types de déchets. Anilines, dérivés du benzène, cadmium, hydrocarbures aromatiques volatils, perchloréthylènes et autres joyeusetés plus ou moins prononçables s’y sont accumulés.

L’assainissement comprend aussi celui du sol, décapé, puis traité thermiquement, toujours à l’étranger.

La surveillance des impacts du site se poursuivra pendant au moins cinq ans après les travaux. Elle porte sur l’air et surtout sur l’eau, au moyen de 75 points de prélèvement. RAS pour l’heure, disent les autorités du canton du Jura.

(1) BASF, Clariant, Novartis, Syngenta, Roche, Rohner, Henkel et CABB.

Photos : BCI Betriebs AG

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