La CPME 90 a lancé voici moins d'un an le dispositif Casques bleus, destiné à venir en aide aux chefs d'entreprise, adhérents ou non, en prise à des difficultés. Plus de trente cas ont déjà été traités ou sont en cours de traitement. A tel point que la réflexion est engagée pour recruter un salarié dédié à cette fonction d’assistance. Rencontre avec deux des animateurs de ce groupe : Bernard Hennequin et Cédric Voiland.

hennequin
Bernard Hennequin (à gauche) et Cédric Voiland, chevilles ouvrières du dispositif « Casques bleus » au sein de la CPME 90. © Pierre-Yves Ratti.


• Le dispositif « Casques bleus » a été lancé en janvier 2018. Comment cette idée est-elle née ?


Il y a eu une émulsion collective lors des vœux de la CPME 90 en 2017, après le suicide d'un chef d'entreprise, le dirigeant de Techno Vert. On a été deux ou trois à se dire qu'il fallait faire quelque chose pour aider les dirigeants en difficulté. A partir de là, on s'est assis à cinq ou six membres autour d'une table et on s'est renseignés sur ce qui existait ailleurs, comme à la Fédération française du bâtiment [dont Cédric Voiland est également membre, ndlr]. Ce qui se fait dans le Nord-Pas-de-Calais correspondait le plus à ce qu'on voulait. Il existe beaucoup de solutions, mais la plupart ne sont activables que lorsque les difficultés sont déjà là. Nous sommes convaincus qu'il faut être à disposition dès les premiers signes, sans attendre d'en arriver au redressement judiciaire, au dépôt de bilan, bref, à la catastrophe.
Pour cela, nous avons constitué un réseau d'experts, ce qui n'a pas été très compliqué à trouver parmi les compétences des adhérents de la CPME : nous avons des juristes, des experts-comptables, des banquiers, des notaires. Parfois, nous faisons appel aussi à des extérieurs, y compris en dehors de la région, pour garantir encore plus la neutralité et la confidentialité.

 

 

actionlogement

 



• Comment fonctionne le dispositif ?


Depuis cette année, la CPME 90 a mis en place, avec le tribunal de commerce local, le dispositif de l'Association d’Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aigüe (Apesa), qui vient répondre aux difficultés psychologiques des chefs d'entreprise. C'est un volet important et qui nécessite d'être spécialisé. Dès lors qu'il est mis en place dans une région, l'Apesa constitue un réseau local de psychologues prêts à être sollicités. Un chef d'entreprise peut bénéficier de cinq consultations, et plus en fonction du besoin.
Logiquement, lorsqu'un dirigeant est en difficulté, il devrait se faire connaître, mais dans les faits, il ne le fait pas. Car il éprouve un sentiment d'échec. D'où la notion de réseau de « sentinelles », composé de tout un chacun, de connaissances, qui peut alerter le dispositif « Casques bleus  : le conjoint, la famille, les amis, y compris s'il n'est pas membre de la CPME.
On rencontre alors le chef d'entreprise le plus rapidement possible pour prendre en compte la demande, faire un premier état de la situation et, avant tout, libérer la parole : il peut enfin parler, dans un climat de confiance et en toute confidentialité. Nous faisons ensuite le relais vers la bonne personne en fonction de la situation.



• Après à peine un an d'activité, quel est le bilan de ce dispositif ?


En moins d'un an, nous avons été saisis de presque 35 dossiers dans la région de Belfort-Montbéliard. Cela touche aux « fondamentaux » : la banque, l'expert-comptable, les fournisseurs. Parfois, ça s'arrête là, parfois, cela va très loin, jusqu'au notaire, avec les biens personnels en jeu. Nous avons eu aussi quelques cas qui ont relevé du soutien psychologique de l'Apesa.
Est-ce qu'on s'attendait à cela ? Oui et non. Ce qui est sûr c'est qu'il y a beaucoup de chefs d'entreprise en souffrance. Dans notre pays, un se suicide tous les deux jours. Nous n'avons fait aucune publicité sur le dispositif : il fonctionne uniquement par le bouche-à-oreille et nous avons du mal à suivre. C’est pourquoi en 2019, nous voulons créer une structure avec un poste dédié. Nous sommes en train de réfléchir au modèle juridique le plus adapté. Et nous cherchons des financements.

 

 

LCRDijon

Pour contacter les « Casques bleus », le numéro de téléphone est le 07.62.68.19.77
Site Internet : http://cpme90casquesbleus.fr
Courriel : casquesbleus@cpme90.fr

Commentez !

Combien font "2 plus 1" ?