Ventura Socks, la chaussette fière de ses couleurs

Publié par Frédéric Marais, le 07 octobre 2015

TEXTILE/CHAMPAGNE ARDENNE. Cap sur les 500 000 paires par an et le million d’euros de chiffre d’affaires pour l’un des derniers fabricants français de chaussettes.

A Romilly-sur-Seine dans l’Aube, Ventura Socks perpétue une tradition locale en s'arrimant au monde du sport.

Une croissance fulgurante. Au point qu’aujourd’hui Ventura Socks s’interroge sur le moyen de financer sa croissance.

 

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Le personnel du fabricant de chaussettes a presque triplé depuis les débuts. ©Frédéric Marais/Agence Info.

 

Si un dirigeant devait incarner le “petit” patron tel qu’on l’imagine, Jean-Paul Ventura serait celui-là. Voici un homme qui a créé sa boîte, qui s’y dévoue corps et âme, se bat tous les jours pour la faire vivre, croit encore en l’avenir du textile français et peste contre l’environnement politico-économico-financier qui freine son élan.

 

Son caractère entier et son franc-parler ne lui ont peut-être pas fait que des amis, mais le personnage emporte la sympathie. Son combat pour le fabriqué en France, lui le fils d’immigrés arrivé dans notre pays à l’âge de 4 ans, a quelque chose d’homérique.

 

Reprenons l’histoire au début. Ou plutôt à l’un de ses tournants. Nous sommes en 2010. Marque emblématique de la chaussette française, la société Olympia est mise en redressement judiciaire. Son repreneur, Tricotage des Vosges, fonde alors New Olympia mais procède au licenciement de 90 salariés. « Trop cher » pour la nouvelle direction, Jean-Paul Ventura en fait partie.

 

Alors, assuré de l’appui d’anciens clients, l’ex-cadre d’Olympia décide de repartir de zéro en créant sa propre société. Ce sera Ventura Socks. « J’ai démarré seul avec cinq machines », se souvient le quinquagénaire. Cinq ans plus tard, le parc machines s’est étoffé : on en compte désormais 32, et l’entreprise emploie 11 salariés.

 

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Pied de nez à l’histoire, la PME a réintégré en mars 2015 l’ancienne usine Olympia, vide depuis sa fermeture, après avoir été hébergée à la pépinière d’entreprises de Romilly-sur-Seine. « Mon bureau était là », s’amuse le gérant, en montrant une fenêtre à l’étage. Sa société occupe un tiers seulement des ateliers, mais prévoit de doubler de surface avant la fin de l’année.

 

Equipementier du cyclisme professionnel

 

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Composé de 32 machines, le parc de Ventura Socks est appelé à grossir encore. ©Frédéric Marais / Agence Info

 

Car Ventura Socks connaît une progression fulgurante : un chiffre d’affaires en hausse de 53 % entre 2014 et 2015, avec le million d’€ en ligne de mire pour 2017. Au point qu’aujourd’hui le fabricant s’interroge sur le moyen de financer sa croissance.

 

« J’ai d’importants besoins en fonds de roulement, confie le dirigeant. Alors que j’ai le potentiel pour racheter 15 machines et embaucher entre 6 et 10 personnes dans les douze mois. » Cette progression épouse celle de ses clients dans les secteurs du sport et du luxe, qui affluent maintenant du monde entier.

 

La recette de la PME auboise ? Qualité, technicité, innovation, réactivité, service. « Nous nous sommes positionnés sur des marchés de niche moyen-haut de gamme à forte valeur ajoutée, et sur la petite série, 200 paires en moyenne par référence. »

 

Répudiant l’appellation made in France (une « fumisterie »), l’entreprise auboise revendique en revanche le terme de « fabrication 100 % française ». « Je peux prouver que tout est fabriqué ici, de A à Z, sauf bien sûr le fil, que l’on ne trouve plus en France. »

 

Une première mondiale : une chaussette avec chevillère intégrée

 

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La PME a réintégré en mars 2015 l’ancienne usine Olympia. ©Frédéric Marais/Agence Info.

 

Le fabricant a commencé dans le sport, grâce à ses entrées dans le cyclisme. Il équipe notamment deux équipes professionnelles : Europcar et Bretagne-Séché Environnement.

 

« Nous sommes en train de devenir le spécialiste français de la personnalisation de la chaussette de sport, collectif ou individuel », affirme Jean-Paul Ventura. Le sport assure aujourd’hui près de la moitié de son chiffre d’affaires.

 

Confronté à une forte demande, Ventura Socks s’est lancé très vite dans la chaussette de ville. « Nous faisons toutes les tailles, du 13 pour le prématuré au 52 pour le basketteur ! » Entre les défilés de mode et les équipements de protection individuelle pour le BTP, aucun univers n’est étranger à la PME, pas plus qu’aucun matériau, « du 100 % cachemire à l’acrylique à teindre, en passant par l’angora, la soie, le fil d’Ecosse, le coton, etc. » C’est simple, Ventura Socks ne s’impose « aucune barrière ».

 

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Un éventail des produits fabriqués par la PME auboise. ©Frédéric Marais / Agence Info

La preuve : l’entreprise s’est diversifiée dans le paramédical, ou plus exactement la chaussette bien-être, allant jusqu’à commettre une « première mondiale » selon son gérant : une chaussette avec chevillère intégrée qui maintient le pied et évite les torsions.

 

La société romillonne, qui travaille à façon pour de grandes marques ou sous son propre nom, fabrique aussi divers articles tels que des cache-bouteille ou des pochettes pour téléphones portables.

 

Elle mène aussi une activité de négoce, qui représente 5 % de son chiffre d’affaires. « Mais c’est moi qui gère les approvisionnements en matières premières », tient à souligner le patron. Toujours ce souci de la qualité.

 

Une qualité qui a un prix : celui de la sueur. « Je travaille 14-16 heures par jour, week-end compris. J’ai mis toute ma vie dans ma boîte », souligne ce bonnetier passionné, intarissable sur son métier, qui se décrit comme le « dernier des Mohicans » de la chaussette à Romilly-sur-Seine.

 

Ils ne sont plus qu’une dizaine comme lui à faire de la résistance dans l’Hexagone.

 

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Jean-Paul Ventura présente sa chaussette avec chevillère intégrée. ©Frédéric Marais / Agence Info.

Qui est Jean-Paul Ventura ?

 

Jean-Paul Ventura a vu le jour en 1966 au Portugal. Il arrive en France en 1970 avec ses parents. « Né dans la chaussette » à cause ou grâce à son père, le jeune homme débute sa carrière chez Agofroy Kindy, à Aix-en-Othe dans l’Aube, dès l’âge de 16 ans.

 

En 1984, il est embauché par Olympia, dont il devient le directeur de la R&D en 2000 puis celui de la diversification en 2007 (avec la mission de trouver d’autres débouchés que la grande distribution).

 

Licencié en juin 2010 de l’entreprise, qui était en grande difficulté depuis plusieurs années, il crée dans la foulée Ventura Socks.

 

Lire dans le même secteur d'activités : les manufactures Perrin et Monnet en Bourgogne et Labonal en Alsace.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : textile, Champagne-Ardenne, made in France, chaussettes, Aube, Ventura Socks, Jean-Paul Ventura

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