Une fouille archéologique révèle le premier hôpital sur le site de la future cité de la gastronomie de Dijon

Publié par Christiane Perruchot, le 15 septembre 2017

PATRIMOINE/DIJON. A l’occasion des journées du patrimoine, ce week-end, l’Inrap livre ses premières analyses des fouilles menées jusqu’en octobre sur le site de la future cité de la gastronomie.

Les archéologues ont mis au jour les fondations de l’hôpital originel qui devait donner au lieu une vocation hospitalière pendant 8 siècles.

 

vuegenerale
Vue générale du chantier de fouilles, cour Berrier, avec en son centre, un faux puits classé Monuments Historiques. © Gaëlle Pertuisot, Inrap.

 

« Lorsqu’on commence à s’intéresser aux fouilles archéologiques, on a un pincement au coeur à l’idée que toutes ces découvertes sont recouvertes de terre une fois le chantier terminé », confiait un confrère lors de la visite de presse organisée sur le site de l’ancien hôpital de Dijon, il y a quelques jours, en prévision des journées du patrimoine (*) des 16 et 17 septembre qui ouvrent les lieux au public.


Les archéologues n’ont pas la hantise du journaliste. Au contraire, disait l’un des scientifiques de l’Inrap, l’institut national de recherche archéologiques préventives chargé de ces fouilles sur prescription de l’Etat (DRAC Bourgogne-Franche-Comté), «  tant que les vestiges sont sous terre, ils sont préservés de la destruction ».


Banniere-Fondation-TracesEcrites

 

Il est vrai que les traces de l’hôpital originel, datant du 13ème siècle, mises au jour cour Berrier tout près de la chapelle, mériteraient de rester plus longtemps visibles du public en raison de l’histoire qu’elles racontent et « de très beaux restes », dixit Patrick Chopelain, le responsable scientifique du chantier.


Démarrées fin août, les fouilles seront terminées le 15 octobre. Puis, autre siècle, autre dessein : une nouvelle page d’histoire va être écrite ces prochains mois avec la construction sur cet emplacement des boutiques de la future cité de la gastronomie.


Recueil des enfants abandonnés

 

sallemalade
La salle des malades de l'hôpital primitif, avec au premier plan, le sol noirci de la cheminée. © Traces Ecrites.

 

On le savait déjà grâce aux gravures conservées aux archives de l’hôpital et aux archives départementales. La fouille le confirme.


Bien avant que le site n'ait une vocation d'hôpital général, dans les années 1680, de la fusion de plusieurs établissements, a été édifié là, en 1204, un hôpital du Saint-Esprit à l’initiative du duc de Bourgogne.

 

Cet hôpital s'assimilait plutôt à un orphelinat : il recueillait les enfants abandonnés. On leur offrait le gîte et le couvert, et on leur apprenait un métier, corroyeur (fabrication de cordes à partir de lambeaux de cuir) ou tanneur.


L’endroit était également fréquenté par les pèlerins, livrent les nombreuses enseignes de pèlerinage découvertes à proximité.


Bannière Traces Ecrites Lancement Site LCR_ ac fond

 

Les fouilles montrent une implantation en forme de quadrilatère avec quelques appendices et petites cours intérieures. Les bâtiments était situés à l’époque sur une île de l’Ouche, la rivière qui longe aujourd’hui le site et le traverse en sous-terrain.


Les deux édifices principaux sont la salle des malades, un bâtiment de petite taille (37 m sur 17) et la chapelle sans abside, guère plus vaste et située dans son prolongement. Seule une partie de l’institution a pu être dégagée car l'hôpital originel se prolonge sous les bâtiments du 19ème siècle, qui seront rénovés pour abriter des logements.


« Il ne faut pas imaginer une salle des malades comme celle des Hospices de Beaune », précise Patrick Chopelain : les lits étaient certainement organisés autour de la cheminée dont des carrelages noircis dévoilent l’existence. Le sol était recouvert de dalles de pierres calcaires. Quelques spécimens en bon état ont survécu aux remblaiements successifs.

 

La villa du commandeur

 

villacommandeur
A l'autre extrémité de la cour, le logis du commandeur révèle ses sols et ses murs. © Traces Ecrites.

 

A côté, un troisième bâtiment a été identifié comme le logis du commandeur de l’hôpital qui menait un train de vie plutôt luxueux, estiment les archéologues. Parmi les vestiges mis au jour, des parties d’un escalier à vis, des fragments de carreaux vernissés de facture ducale ainsi que la matrice d’un sceau en bon état qui révèlent le nom de son propriétaire Henri Lebergier, peut-être l’architecte.

 

Le jour de notre visite, les archéologues ont fait une autre jolie découverte, une tête de griffon en méral de cuivre qui devait être, supposent-ils, le bouton d’un coffre ou d’un meuble.

 

L’ensemble des bâtiments originels a été détruit en 1780. Les archéologues en ont trouvé la raison dans les archives : « Le train de vie du commandeur de l’ordre du Saint-Esprit a fait l’objet de violentes attaques de la part de la chambre des pauvres municipale ». Et une partie des pierres a utilisée par les habitants pour construire leur maison.

 

griffon
Le griffon en métal cuivré découvert dans le sol du logis du commandeur. © Traces Ecrites.

 

« L’étude de la fouille est très prometteuse car ici se sont écoulés plus de 810 ans d’histoire hospitalière », affirme Patrick Chopelain.

 

Car au-delà de l’histoire locale, les équipes de l’Inrap pensent enrichir leur connaissance de la vie quotidienne au Moyen-Age, notamment le mode d'alimentation et  la santé des habitants. Cette lecture, ils espèrent la faire dans les latrines ainsi que dans les réservoirs d’eaux usées, mis au jour à plusieurs endroits et qui peuvent encore contenir des traces de nourriture et de médicaments.

 

Les archéologues ont en effet remarqué un réseau hydraulique complexe qui unit canalisation pluviale, citerne et un puits encore en eau.

 

Activités piscicoles et de blanchisserie

 

viviers
Ces cases en bordure de l'Ouche étaient très vraisemblablement des viviers à poissons. © Valérie Taillandier/Inrap.

 

L’automne dernier, une première fouille avait eu lieu à un autre endroit du site de la cité de la gastronomie, sur l’ancien parking du personnel de l’hôpital, rue du Faubourg Raines (**). Sur la rive gauche de la rivière Ouche, on a découvert de grandes cases en pierre dotées de grilles destinées à laisser passer l’eau. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il s’agit de viviers à poissons, une activité qui remonterait au Moyen-Age.

 

Une grande pièce avec de semblables grilles et un plancher en bois traduit une activité de bains, remontant au 18ème siècle. Les archéologues font le rapprochement avec la connaissance historique d’un hôtel des bains vers le milieu du 19ème.

 

Le quartier se spécialise ensuite dans la blanchisserie du linge, révèlent les fouilles qui ont mis au jour un bateau lavoir - une grande structure en bois - ainsi que des boules bleu azur appartenant à l’entreprise dijonnaise Gobelin située en amont, que l’on utilisait pour blanchir le linge.

 

Une vitrine est consacrée aux fouilles de 2016 dans la maison du projet de la cité de la gastronomie qui sera également ouverte pendant les journées du patrimoine.

 

quaisouche
Les quais de l'Ouche fin 18ème, milieu 20ème siècle. © Valérie Taillandier/Inrap.

 

(*) Visites commentées d'une demi-heure environ en groupes le samedi 16 septembre de 14h à 18h et le dimanche 17, de 10h à 12h et de 14h à 18h (dernier groupe à 17h30). Se présenter sur place, entrée côté chapelle.

 

(**) Pour ces journées du patrimoine, Patrick Chopelain donnera une conférence intitulée " Archéologie d'un faubourg : en suivant les cours de l'Ouche et du Raines ", dimanche 17 septembre à 15h au salon Portes aux Lions à l’Hôtel de Ville de Dijon. Entrée libre et gratuite.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Evasion

Mots-clés : Dijon, journées du patrimoine, CHU de Dijon, Inrap, cité de la gastronomie, Bourgogne Franche-Comté, fouilles archéologiques

Découvrez également les articles associés :

Les Fonctionnaires, épisode du tome 4 : ce qui s'appelle être conditionnéLes Fonctionnaires, épisode du tome 4 : ce qui s'appelle être conditionné
« Dans le contexte géopolitique actuel, il est important d’aller aux Jeux de PyeongChang, en Corée du Sud »« Dans le contexte géopolitique actuel, il est important d’aller aux Jeux de PyeongChang, en Corée du Sud »
Le fabricant de pains d'épices de Dijon Mulot et Petijean fait le pari du tourisme industrielLe fabricant de pains d'épices de Dijon Mulot et Petijean fait le pari du tourisme industriel
Entre les Enfants du Marais et la Guerre des Boutons : « La maraude », le dernier roman de Jérôme DeliryEntre les Enfants du Marais et la Guerre des Boutons : « La maraude », le dernier roman de Jérôme Deliry

1 réponse(s) à "Une fouille archéologique révèle le premier hôpital sur le site de la future cité de la gastronomie de Dijon "

  1. RENAUDdit :

    Plus de 800 ans d'histoire, c'est vraiment impressionnant ! Il serais bien de placer une plaque commémorative sur les lieux.

Commentez !


Combien font "6 plus 5" ?

Envoyer votre commentaire