Un pont en bois et béton connecté sur la RN 19 en Haute-Saône

Publié par Christiane Perruchot, le 10 février 2017

TRAVAUX PUBLICS/HAUTE-SAÔNE. Le pont en bois et béton qui franchit la déviation de la RN 19, près de Lure, (Haute-Saône), sert de test grandeur nature aux ingénieurs du Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) pour promouvoir ce type de construction, peu développée en France.
Des capteurs ont été implantés dans les ateliers du charpentier Arbonis (Saône-et-Loire) sur les poutres en lamellé collé afin de surveiller leur comportement au trafic et à la météorologie.
Le tablier en béton sera coulé dessus ces prochains jours.

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La Dreal de Bourgogne - Franche-Comté, maître d’ouvrage, et la DIR Est, maître d’oeuvre avaient invité le 1er février, techniciens et ingénieurs, élus locaux, entreprises de TP et de la filière bois pour une journée technique. @Traces Ecrites


C’est une expérimentation inédite que le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerama) de Metz (Moselle) et d’Autun (Saône-et-Loire) réalise sur le pont qui enjambe la déviation d’Amblans-et-Vellote, un village proche de Lure en Haute-Saône, sur le parcours de la RN 19.

L’initiative découle de la conception en bois et en béton de cet ouvrage d’art. Il n’en existe qu’une vingtaine d'exemplaires en France pour le franchissement des grosses infrastructures, car les ingénieurs connaissent mal leur comportement au trafic.  

Sa situation en forêt - il est d’ailleurs destiné à rétablir le passage de la grande faune ainsi que les grutiers des forestiers, gros camions pesant jusqu’à 40 tonnes -, a motivé le choix du bois par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement du logement (Dreal) de Bourgogne - Franche-Comté, le maître d’ouvrage, et la direction interdépartementale des routes de l’Est (DIR), le maître d’oeuvre.

 

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Les quatre poutres qui reposent aujourd’hui sur leurs piliers en attendant le coulage imminent, par l’entreprise Eiffage, d’un tablier en béton ont été fabriquées par l’entreprise Arbonis, charpentier spécialiste du lamellé collé à Verosvres (Saône-et-Loire), une filiale du groupe Vinci.

Faites en lamellé collé de pin douglas (une juxtaposition de lamelles de bois collées entre elles),  les poutres sont imposantes : 31,40 mètres de long, 1,20 mètre de largeur et un mètre de hauteur. Chacune pèse 25 tonnes. Leur transport a nécessité l’intervention de deux grues mobiles de 60 tonnes à l’intérieur des ateliers et de deux camions.

 

Des capteurs intégrés dans les ateliers du charpentier Arbonis

 

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Les quatre poutres reposent aujourd’hui sur trois piliers en attendant le coulage imminent du tablier en béton. © Traces Ecrites.

 

« Une des spécificités de ce pont réside dans les systèmes de connexion : les poutres ont été entièrement pourvues, en atelier, de ferrures et connecteurs en vue de leur connexion à la dalle béton », indique le fabricant. Ces capteurs implantés sur les différentes faces des poutres et à leur extrémité vont « écouter » et observer le pont pendant le premières années de sa mise en service.

 

« Le bois est moins rigide que l’acier, matériau très fréquemment utilisé pour la construction des ponts ; il génère de la souplesse sur les points de connexion que les capteurs vont mesurer régulièrement », explique Bruno Vincent, chargé d’études « ouvrages d’art » au Cerema de Metz.

 

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22.000 vis fixent les ferrures aux poutres. © Arbonis.

Tous les deux ou trois mois, et pendant trois et cinq ans, le Cerama va relever la température, l’hygrométrie ainsi que les déformations du matériau. Ces données vont permettre aux ingénieurs de vérifier leurs préconisations techniques de construction.

 

Elles seront réunies dans deux guides pratiques. L’un destiné à la maîtrise d’ouvrage et à la maîtrise d’oeuvre porte sur la conception des ouvrages d’art en bois et béton, l’autre destiné aux entreprises livrera des calculs.

 

« Cette instrumentation vise à apporter des informations rassurantes à toute la chaîne d’un projet car la méconnaissance de ce type de construction n’incite pas à son développement  », poursuit Bruno Vincent.

 

Le cas de pont de Lure est également intéressant pour les ingénieurs car les poutres ont été fabriquées d’un seul tenant.

 

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D'un coût de l’ordre du million d’€, le pont fait partie d’un projet plus large démarré en 2013 et qui s’achèvera en mai 2017. Première section de la modernisation de la RN 19 entre Lure et Vesoul, il comprend un linéaire de 3,3 km sur deux fois deux voies (réalisé par le groupement Peduzzi TP et Colas Est) et cinq ouvrages d’art, dont un franchit la voie ferrée Paris-Mulhouse.

 

L’enveloppe de 39,4 millions d’€ est financée aux 3/4 par l’Etat avec le concours du conseil régional de Bourgogne - Franche-Comté et du conseil départemental de la Haute-Saône.

 

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Trois pièces lamellées collées de 20 cm d'épaisseur chacune forment une demi-poutre ; les demi-poutres sont ensuite recollées deux à deux pour former la poutre finie de 24 tonnes. © Arbonis.

 

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Le transport des poutres depuis l'atelier d'Arbonis a nécessité l’intervention de deux grues mobiles de 60 tonnes et de deux camions. © Arbonis


Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires

Mots-clés : Haute-Saône, routes, Saône-et-Loire, Lure, filière bois, travaux publics, Dreal, Bourgogne Franche-Comté, Arbonis, RN 19, Cerema, direction interdépartementale des routes de l’Est , ouvrages d'art

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