Un coup de pouce nécessaire pour préserver la filière lunetière jurassienne

Publié par Monique Clémens, le 02 février 2017

LUNETTERIE/JURA. Initiée par la Région et organisée avec les services de l’Etat, à Besançon, une conférence de la lunetterie s’est tenue mardi, avec les acteurs de la filière jurassienne, pour poser un diagnostic et définir des pistes d’action.

Confrontés à la concurrence italienne et chinoise et à une réglementation sévère, les lunetiers du massif jurassien estiment avoir une carte à jouer dans le haut de gamme et l’innovation. Pour peu qu’on les accompagne.

 

fablunette
 Les deux tiers des lunetiers français sont dans l’Ain et le Jura. © Lunetiers du Jura.

 

Ain et Jura unis pour la même cause : préserver les 2.000 emplois de la lunetterie du massif jurassien. Les 1.600 qui subsistent dans la vallée morézienne, historiquement positionnée sur les montures métal et les 450 de celle d’Oyonnax spécialisée, elle, dans les montures acétate.

 

Chacun des bassins appartient à une région et même une grande région différente, ce qui explique des actions longtemps séparées, mais les industriels de l’un et de l’autre partagent un métier, des sous-traitants et une problématique. Et à l’heure de la mobilisation, l’union fait la force.

 

« Les deux tiers des lunetiers français sont dans l’Ain et le Jura et, après la disparition de Logo, fin 2016,  qui fut un peu l’arbre qui cache la forêt et pour laquelle on aurait aimé qu’il y ait un repreneur, il y a chez tous une mutation importante à traverser », expliquait Marie-Guite Dufay, mardi soir à Besançon, à l’issue d’une « conférence de la lunetterie » promise en octobre dernier lors de son passage au Silmo (salon international de l'optique et de la lunetterie), à Paris.

 

Banniere-Fondation-TracesEcrites 

 

Décideurs économiques, représentants de l’Etat, élus locaux et représentants de la filière, ils étaient une bonne trentaine d’acteurs à être venus partager un diagnostic et définir des pistes d’actions.

 

Aux côtés de Jérôme Colin, le président des Lunetiers du Jura, qui fédère 38 entreprises adhérentes, il y avait Joël Thierry, le président d’Alutec, le laboratoire technologique associé, mais aussi des représentants du Gifo (groupement des industriels et fabricants de l’optique), le patron du sous-traitant Cemo, Pierre Verrier, le lunetier parisien Philippe Lafont qui fabrique dans le Jura ainsi que Jean-Charles Lemps, le représentant des lunetiers d’Oyonnax qui compte 17 entreprises adhérentes.

 

Un mouvement de relocalisation

 

L’état des lieux, d’abord : 250 millions d’€ de chiffre d’affaires pour les lunetiers du Jura, dont 55% à l’export, 10 millions de paires de lunettes produites chaque année et 100 griffes ou marques. Mais une concurrence italienne sans commune mesure, et encore plus forte depuis le tout récent rapprochement Essilor-Luxottica ; une concurrence asiatique implacable sur les prix et, pour couronner le tout, une réglementation française qui pénalise encore davantage les industriels français.

 

lunetier
La filière régionale réalise un chiffre d'affaires de 250 millions d’€ dont 55% à l’export, © Lunetiers du Jura.

 

La dernière en date, en 2015, concernait le plafonnement à 150 € du remboursement des montures par les complémentaires santé, alors que les lunetiers jurassiens, qui ne peuvent rivaliser avec les coûts de production asiatiques, sont plutôt positionnés sur des produits haut de gamme, au prix moyen de 180 €.

 

Mardi, l’heure n’était pourtant pas à la morosité. « Notre filière a déjà connu différentes réorganisations et différentes pressions réglementaires mais elle est encore là, avec de belles entreprises en distribution et en fabrication, des produits innovants et de qualité qui se distinguent de nos concurrents asiatiques et transalpins », assurait le président des Lunetiers jurassiens.

 

Gif_articles 

 

Autre constat des acteurs de la filière : la hausse du dollar qui rend les fabrications asiatiques moins compétitives et a enclenché un mouvement de relocalisation des fabrications dans la filière italienne, et pourquoi pas demain en France. « Mais pour cela, il faut se donner les moyens de préserver la filière », ajoutait Jérôme Colin.

 

Achats responsables et made in France

 

L’état des lieux posé, des pistes sont lancées pour soutenir la filière. « Il y a ce qu’on peut faire au niveau local et au niveau de la région, et ce qui dépend du niveau national », explique Marie-Guite Dufay. « Au niveau régional, nous travaillons avec Alutec et les Lunetiers jurassiens sur quatre items forts : la communication, l’innovation, l’export et la formation. »

 

Pour la communication, à l’heure des achats responsables et de la cote du Made in France (et du label « Origine France garantie » qu’affichent plusieurs entreprises de la vallée morézienne), l’objectif est de lancer une campagne de sensibilisation auprès des opticiens et du grand public sur l’existence de la filière jurassienne et ses produits de qualité.

 

lunetierjura
La vallé ede Morez (Jura) fabrique historiquement des montures en métal ; celle de l'Ain, dans le bassin d'Oyonnax, des montures acétate. © Lunetiers du Jura.

 

Pour l’innovation, les contrats d’aide à la compétitivité qui existent déjà entre les Lunetiers jurassiens, Alutec et les partenaires que sont l’Europe, l’Etat, la Région Bourgogne Franche-Comté et le département du Jura vont être reconduits.

 

Pour l’export, il s’agira d’aider à la visibilité de cette filière petite mais de qualité. Comment ? Rien n’a été décidé encore, mais le président de la CCIR de Bourgogne-Franche-Comté, Rémy Laurent, présent à cette conférence, a entendu le message.

 

Quant au volet formation, il sera suivi directement par la Région « dans une démarche innovante de dialogue social territorial », assurait encore Marie-Guite Dufay, qui, pour les questions de réglementation notamment, invitait les représentants des lunetiers à profiter de la « fenêtre de tir » offerte par la campagne présidentielle. Un conseil qui les a fait sourire.

 

« On a commencé à le faire depuis trois mois », nous confiait un lunetier membre du Gifo à la sortie de la réunion. « Interpeller tous les candidats sur nos problématiques, nous le faisons à chaque fois. Mais cette fois, il y a beaucoup de mouvement et c’est un peu plus compliqué… »  



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Jura, lunetterie, lunetiers du Jura, Marie-Guite Dufay, Bourgogne Franche-Comté, conseil régional Bourgogne Franche-Comté, Jérôme Colin

Découvrez également les articles associés :

Les frères Allemandou inaugurent avec Frapak leur seconde usine de plasturgie à Sens en association avec Marjolein PutterLes frères Allemandou inaugurent avec Frapak leur seconde usine de plasturgie à Sens en association avec Marjolein Putter
En Moselle, Laboratoires Lehning inaugure un investissement de 12,4 millions d’€En Moselle, Laboratoires Lehning inaugure un investissement de 12,4 millions d’€
La brasserie familiale alsacienne Meteor met la huitième génération aux commandes de ses cuves La brasserie familiale alsacienne Meteor met la huitième génération aux commandes de ses cuves
François Labet, le bien né et bien éduqué vigneron du Château de la Tour au sein du domaine du Clos de VougeotFrançois Labet, le bien né et bien éduqué vigneron du Château de la Tour au sein du domaine du Clos de Vougeot

Commentez !


Combien font "6 plus 9" ?

Envoyer votre commentaire