« Le tonneau est devenu un véritable outil œnologique »

Publié par Didier Hugue, le 15 octobre 2013
Jérôme François, président du groupe bourguignon François Frères.
Jérôme François, président du groupe bourguignon François Frères.

TONNELLERIE. Jérôme François, président du directoire du groupe François Frères, implanté à Saint-Romain (Côte-d’Or), est plutôt d’une nature discrète et souvent un courant d’air en raison de ses nombreux déplacements  professionnels à l’étranger.

En à peine un quart de siècle, l’arrière arrière petit-fils de Joseph François, le fondateur, a fait de son entreprise le premier tonnelier mondial et ne compte pas pour autant rester les deux pieds dans le même tonneau.

Aux fûts à vin, il a ajouté par croissance externe la fabrication de barriques à alcools (whiskies et cognacs) et les produits de boisage.

Son entreprise cotée à la bourse de Paris exploite aujourd’hui 22 sites à travers la planète et vise les 175 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2014.

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Qui êtes-vous Jérôme François ?

Un homme de 45 ans, né à Beaune en Bourgogne et qui y est resté jusqu’à début de ses études secondaires car j’ai voulu passer mon baccalauréat au lycée français de Washington (États-Unis). Je suis ensuite revenu à Dijon pour intégrer Sup de Co (NDLR : aujourd'hui ESC Dijon), mais j’en suis vite parti en raison d’un mauvais esprit de compétition à mon goût.

J’ai alors rejoint l’Institut des petites et moyennes entreprises, toujours à Dijon, mais je n’ai pas terminé mon cursus. Voyez, je ne devais pas être très doué pour les études supérieures et je ne le regrette pas. Nous étions en 1989 et mon père venait de racheter la tonnellerie bordelaise Demptos, deux fois plus grosse que la nôtre. Il m’a envoyé sur place pour m’en occuper et je commençais ma vraie formation, celle du terrain.

Jérôme François et son père (à gauche) avec le Prince Charles en Ecosse.
Jérôme François et son père (à gauche) avec le Prince Charles en Ecosse.

Pourquoi êtes-vous resté vivre à Bordeaux ?

Reprendre et diriger Demptos a été un très gros travail étalé sur plusieurs années. Et puis en 1996, j’épouse une bordelaise et nous avons des enfants.

Mais être souvent loin de la Bourgogne et de Saint-Romain (Côte-d’Or), notre siège social, n’est pas un handicap. Les moyens modernes de communication me font être au cœur des réalités tous les jours, notamment avec Thierry Simonel, le directeur financier de notre groupe.

Même de l’étranger, j’ai toujours un pied dans l’entreprise et c’est indispensable, étant absent jusqu’à deux mois et demi par an pour visiter nos 22 sites de production, être à l’écoute des marchés et proche de nos clients. Et, je vous confesse qu’en matière de voyages professionnels, j’ai considérablement levé le pied. À une époque, je partais jusqu’à quatre mois par an.

Quelles ingrédients expliquent la réussite de François Frères ?

De simple contenant à vin, le tonneau est devenu un véritable outil œnologique et cela nous l’avions depuis longtemps compris. François Frères intègre ainsi à plein temps une équipe de R&D de 7 personnes qui savent adapter nos productions aux différents cépages et au vin que souhaite faire le vigneron.

Tout en respectant la nature même de ce métier artisanal, la mécanisation des équipements nous a beaucoup aidé en termes de productivité et de réduction de la pénibilité. C’est pourquoi, nous investissons en moyenne 3 à 4 millions par an dans du matériel performant.

En compagnie de François Hollande dans la tonnellerie de Brive-la-Gaillarde (Corrèze).
En compagnie de François Hollande dans la tonnellerie de Brive-la-Gaillarde (Corrèze).

Pourquoi avoir cette soif inextinguible de croissance externe ?

Tout simplement pour étoffer notre offre, comme avec les produits de boisage, ou encore diversifier nos marchés avec le rachat de tonnelleries en Écosse ou à Cognac.

Je me méfie comme de la peste des colosses aux pieds d’argile. Il faut sans cesse, pour rester au meilleur niveau, aller de l’avant, anticiper, s’adapter. Regardez le marché du vin dans le monde. Il n’augmente que de 1% par an du fait, notamment, de l’arrachage de centaines de milliers d’hectares de vigne.

Les aléas climatiques peuvent aussi impacter notre activité, il suffit pour cela de citer la Bourgogne qui souffre de petites récoltes continues depuis trois ans. Je précise toutefois ne pas faire de la croissance externe pour le plaisir d’en faire et de le dire. Nous rachetons des entreprises qui nous offrent un fort potentiel et qui n’hypothèquent jamais notre santé financière. (lire ci-dessous les derniers résultats consolidés de François Frères).

Quels sont vos trois vins préférés ?

Impossible de répondre à une telle question, car ils sont trop nombreux pour être tous cités. Je ne vais toutefois pas botter en touche et vous dire qu’un grand blanc est toujours un chardonnay et que l’on est jamais déçu avec un bon bordeaux rouge.

J’irai même plus loin en confessant qu’un de mes meilleurs souvenirs remonte à un voyage en Afrique du Sud. J’y ai bu un vin local de 1968, mon année de naissance qui n’est pas réputée être un grand millésime. Peut-être n’était-il si exceptionnel que cela, mais la magie des circonstances a fait le reste.

chauffage• Une croissance continue

S'ils représentent toujours 75 % de l'activité de François Frères, les fûts à vin ne portent plus la croissance du numéro un mondial de la tonnellerie.

Lors de l'exercice clos fin avril 2013, l'entreprise a pourtant vu son chiffre d’affaires bondir de 42 %, à 163 millions d'€ et son résultat net de 41,5 %, à 23 millions d'€.

Mais « à périmètre et taux de change constants et, hors acquisitions, le marché viticole mondial nous offre une hausse de seulement 4,4 % », atténue Jérôme François, le président du directoire. Une faible croissance liée à l'arrachage régulier de vignes en Europe, aux faibles récoltes successives, ainsi qu'à des conditions climatiques très aléatoires.

Le premier tonnelier mondial recueille en revanche les bénéfices de sa stratégie de diversification dans les produits de boisage et les fûts à alcool.

Situation financière très saine

« Le bois pour l'oenologie, avec la consolidation presque totale de Stavin, notre dernière acquisition, affiche une progression de 72 % pour un chiffre d'affaires de 14,4 millions d'€ », explique le dirigeant.

Le rachat, depuis 2008, de quatre tonnelleries à whisky en Ecosse porte aussi ses fruits. Sur ce secteur, la hausse de l'activité atteint 32 % (42 millions d'€ de chiffre d'affaires), alors que l'entreprise avait subi une baisse de 1,5 % l'an dernier, en raison d'un stock très important chez les producteurs.

Avec l'acquisition de Radoux en avril 2012, François Frères fait également une percée sur le marché du cognac, en pleine expansion. « Nous sommes déjà présents chez Rémy Cointreau, mais il nous faut maintenant convaincre d'autres opérateurs importants comme Martel et Hennessy », précise Jérôme François.

marquageUn premier trimestre toujours à deux chiffres

Présent dans dix pays avec 22 sites de production, le tonnelier, coté à la bourse de Paris, se déclare prêt à de nouveaux rachats.

« Même si nous n'avons rien pour l'instant sous le coude, nous saisirons toute opportunité d'acquisition dans le respect de nos marges », indique le dirigeant. Un endettement sur fonds propres de 13 % lui offre en la matière de larges possibilités.

Sur son premier trimestre 2013-2014 (mai à juillet), François Frères poursuit sa marche en avant. Le chiffre d’affaires s’envole de 22% à 41,35 millions d’euros, avec des hausses de 5,3% pour le pôle vin et de 77% pour l’activité des alcools.

     

Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Bourgogne, Vin, Tonnellerie, François Frères, Jérôme François, tonneau, fût, Bordeaux

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