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Taux négatifs en zone euro : menace ou opportunité de croissance ?

Publié par Traces Ecrites News, le 27 avril 2016

POINT DE VUE. Bruno Duchesne, le directeur de la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté, prend un certain plaisir à nous expliquer régulièrement les grandes évolutions financières de la planète.

Aujourd’hui, il s’intéresse aux conséquences d’une chute drastique des taux d’intérêt voulue par la Banque Centrale Européenne (BCE), qui, à l’issue de son conseil des gouverneurs, a dévoilé à la mi-mars une série de mesures nouvelles destinées à soutenir la croissance en zone Euro.

Si leur nature n’est pas nouvelle, les niveaux qu’elles atteignent en font des décisions exceptionnelles. Explications.

 

bduchesne

 

Par cette politique de taux courts, la BCE veut-elle décourager l’épargne et favoriser un euro faible ?

 

C’est son actuelle logique car, pour la première fois, le 10 mars 2016, la Banque Centrale Européenne a annoncé un taux directeur à 0 %, indicateur de référence qui se situait encore à 1.50 % il y a à peine plus de 5 ans. Concrètement, le loyer de l’argent à court terme est désormais nul.

Dans le même temps, le taux de dépôt des banques à la BCE passe de - 0.3 % à - 0.4 %. L’objectif, évident, de cette mesure consiste à décourager l’épargne en euro, et par un effet cascade de tirer la monnaie unique à la baisse face aux autres devises.

 

Le rachat de dettes publiques favorise-t-il le crédit aux entreprises ?

 

La seconde mesure phare annoncée par l’institution financière européenne est l’augmentation de son programme de rachat de dettes publiques, appelé parfois « assouplissement quantitatif » ou « Quantitative Easing » en anglais. Lancé en mars 2015, celui-ci se montera désormais à 80 milliards d’€ par mois et provoquera une double conséquence :

- en rachetant massivement la dette publique de la zone euro, BCE fait baisser les taux longs et, espère ainsi favoriser le crédit aux entreprises,

- elle crée également des liquidités disponibles permettant de distribuer davantage de crédits, ce nouveau programme de refinancement long destiné à soutenir les prêts à l’économie.

Enfin, la troisième mesure prise consiste à lancer de nouvelles opérations de prêts long terme, dites « Targeted longer-term refinancing operations (TLTRO) », réservées aux banques de la zone euro.

Ces opérations de plusieurs centaines de milliards d’€ permettent aux banques d’obtenir des crédits sur 4 ans à taux réduit. L’objectif est de favoriser les banques, dont la rémunération des dépôts est aujourd’hui négative et, leur permettre de disposer de liquidités à moyen terme de façon significative.

 

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Siège de la Banque Centrale Européenne à à Francfort-sur-le-Main (Allemagne). ©Wikipédia.

 

La politique de la BCE est donc extrêmement claire. Avec des taux de refinancement court bas, une politique de rachat de dettes publiques massive et des programmes de refinancement réservés aux banques européennes à taux 0, elle favorise les crédits à taux bas sur l’ensemble de la zone euro.

Avec sa politique de taux de dépôt négatif, la banque européenne cherche à décourager l’épargne des ménages au profit de la consommation et l’épargne des entreprises qui, elle, devrait plus naturellement se porter sur l’investissement.

Enfin, avec ses politiques de taux : taux de dépôts négatifs, taux courts et taux longs faibles, la Banque Centrale Européenne tend à faire baisser le cours de l’euro pour favoriser les exportations et relancer la croissance.

 

Quelles conséquences pratiques peut-on attendre de cette politique ?

 

Elles sont très claires. Dans les mois qui viennent, nous allons progressivement voir  la rémunération de notre épargne diminuer. Les banques ne peuvent durablement rémunérer des comptes à terme à des niveaux élevés, avec un taux de dépôt à la Banque Centrale Européenne négatif ou des crédits à l’économie dont le taux ne cesse de baisser.

Cette évolution pose d’ailleurs, à terme, la question de la rentabilité des produits d’assurance-vie, les compagnies d’assurance replaçant elles-mêmes les flux nouveaux sur des produits à taux d’intérêt bas. Les produits d’assurance-vie, placés en totalité sur des fonds euros, sont voués à voir leur rendement diminuer.

Le seul arbitrage possible est le recours à des unités de comptes permettant d’accéder à des marchés, par nature plus risqués, mais améliorant la rentabilité globale.

La seconde conséquence de la politique de la BCE est le maintien, a minima sur la période de rachat de la dette publique, de taux d’intérêts bas pour le crédit. Ainsi, les crédits, quelle que soit leur nature, ont atteint début 2016, un point extrêmement bas, permettant à chacun, particulier ou entreprise, de faire jouer à plein l’effet de levier.

Enfin, la troisième conséquence pratique sera vraisemblablement le maintien d’un taux de l’euro faible face au dollar, probablement dans des zones de parité autour de 1.10.

 

Peut-on prédire une réussite ou bien risque t-on un échec ?

 

Incontestablement, ces mesures ont des effets positifs, en particulier en matière de volume de crédits qui reste très soutenu dans la zone euro et de soutien aux exportations, dont le niveau permet de compenser une demande intérieure toujours faible. En revanche, l’épargne n’est pas découragée par les taux bas, pour deux raisons :

- d’une part, les banques jouent leur rôle d’intermédiation financière, et répercutent encore avec du retard les intérêts faibles de la BCE, même si en Allemagne ou en Italie, et parfois pour les grands investisseurs institutionnels en France, la rémunération des dépôts à terme devient négative,

brunoduchesne- d’autre part, le fait que l’épargne ne soit pas rémunérée entraîne, à l’inverse de ce qui était prévu, un phénomène de défiance conduisant les ménages à épargner davantage, considérant en effet que l’absence de rémunération de leur épargne les oblige à thésauriser pour faire face à l’avenir.

 

Cette politique monétaire est-elle le seul soutien crédible à l’économie européenne ?

 

En s’en tenant aux seuls résultats : une inflation faible, un taux d’épargne en augmentation dans la zone euro, une croissance limitée autour de 1.5 % en 2016-2017, la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne ne semble pas suffire à sortir l’Europe de sa phase de crise.

Mais qu’en serait-il si cette politique massive de soutien n’était pas réalisée ? Vraisemblablement, la croissance certes faible de la zone euro deviendrait négative, faute de devise concurrentielle et faute de financements adaptés.

En revanche, la seule politique monétaire n’amène pas une croissance suffisante. La simple politique de l’offre : des liquidités surabondantes et des taux de crédit faibles, ne peut pas faire naître les projets. Ils doivent être soutenus par des politiques publiques claires et engagées, à la fois dans des réformes de fond et dans l’aide aux investissements.

Ainsi, seul cet équilibre instable et par nature délicat, entre des politiques monétaires efficientes et des politiques de réforme plus keynésiennes, permettra d’assurer à terme le retour d’une croissance durable pour la zone euro.

 



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Investissement, taux de crédit, Banque Populaire, Bruno Duchesne, Banque Centrale Européenne, taux d'intérêt, politique monétaire

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