Sineu-Graff revisite le banc public

Publié par Christian Robischon, le 10 novembre 2011

MOBILIER. Vous croyiez tout savoir du banc et vous pensiez qu’il était l’incarnation de l’objet banal par excellence : erreur ! Sineu-Graff, fabricant alsacien de mobilier urbain, s’efforce d’en réinventer les codes.

En 40 ans d’existence, Sineu-Graff en a fabriqué, de ces bancs métalliques qui peuplent les parcs ou les équipements publics ! Mais son président Vincent Schaller, le fils du fondateur, estime depuis quelque temps déjà qu’il faut renouveler l’approche de cet objet.

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La PME familiale de 105 salariés à Kogenheim (Bas-Rhin), au centre de l’Alsace, en a fait le test grandeur nature en octobre, pendant quelques jours, sur le campus universitaire de Strasbourg.

Au lieu de l’alignement tous les dix mètres d’un banc à trois places, elle a conçu avec le designer Philippe Riehling un produit modulaire en bois qui permet de créer une grande tablée d’une vingtaine de mètres de long.

Aux yeux du chef d’entreprise, c’est toute une atmosphère qui s’en trouve détendue. «On n’a plus peur de venir s’asseoir à côté de l’inconnu, de le déranger. On retrouve l’ambiance de la table de fête. On peut enjamber facilement le banc pour renouveler les postures : se parler en face-à-face, mais aussi en vis-à-vis…».

Les personnes à mobilité réduite ne sont pas oubliées, précise Vincent Schaller en désignant l’espace libre entre les modules qui permet de faire passer une chaise roulante.  «Ainsi, le handicapé n’est pas rélégué en bout de table».

Pour cette phase expérimentale, d’autres mobiliers plus petits ont été disposés, conçus eux aussi pour susciter les postures les plus variées ou les plus insolites. Les étudiants, réputés moins conformistes, ont servi de test pour voir comment l’usager peut s’approprier ces objets au design revisité. L’objectif étant de déployer cette nouvelle offre en grande série.

Quelques beaux contrats de prestige à l’étranger

Sineu-Graff cherche aussi à créer des « jardins mobiles », sur le modèle de la Place des droits de l’homme qu’il a aménagée à Tremblay-en-France (région parisienne).

Sa société-sœur JMS propose une nouvelle approche des équipements de jeux, moins segmentés en fonction de l’âge, pas délimités par des grillages, en un mot ouverts… «y compris aux parents», souligne Vincent Schaller. Un discours qu’il faut concilier avec celui sur la sécurité.

Ces changements trouvent un écho favorable à l’étranger. Sineu-Graff réalise 15 % de ses 15 millions d’€ de chiffre d'affaires annuels à l’export. Le Maghreb et le Moyen-Orient lui ont valu quelques beaux contrats de prestige, comme la Marina de Dubaï.

Vincent Schaller cherche à convaincre les collectivités de sortir de la logique dans laquelle l’espace public s’est, à ses yeux, enfermé.

«Hyper-spécialisé : terrasses, espaces verts, etc…, chacune de ses composantes a un rôle très délimité. Victime de l’excès de fonctionnalité, il se définit par une suite d’interdits : Prière de ne pas marcher sur les pelouses ! On ne donne plus rendez-vous dans l’espace public, mais au café. Le banc, lui aussi, a peu à peu été déterminé par une suite d’anti : anti-tag, anti-clochard, anti-social tout simplement», s'enflamme le chef d'entreprise.

«Nous cherchons à partir de l’usager», poursuit-il. «A lui la liberté de s’approprier l’espace et de créer par lui-même l’usage qui lui semble le mieux en découler».

En ces temps de commémoration de sa disparition, Georges Brassens n’aurait sans doute renié ce portrait des bancs publics.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises
Territoires

Mots-clés : Alsace, mobilier, design, Bas-Rhin, collectivités locales, jardins publics, aménagement urbain

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