Reims fait du mécénat à grande échelle pour restaurer son patrimoine

Publié par Christiane Perruchot, le 28 février 2017

MÉCÉNAT/REIMS. Parmi les plus actives en matière de mécénat et l’une des premières à se doter d’une mission dédiée, la ville de Reims a fait du soutien privé un levier de sa politique de restauration du patrimoine qui lui réussit plutôt bien.
En six ans, 3,3 millions d’€ ont été collectés en numéraire, mais aussi sous forme de mécénat de compétences : l’entreprise fournit de la main d’oeuvre pour une prestation intellectuelle ou pour réaliser des travaux.
Une adhésion à la Fondation du patrimoine permet désormais au grand public d’apporter lui aussi sa contribution.
Particuliers et entrepreneurs étaient réunis hier soir 27 février, pour un tour d’horizon des projets en cours et à venir.

 

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La rénovation du Luchrone fait principalement appel au mécénat de compétences. © Jacques Driol.

 

Le projet le plus emblématique qui fait appel au mécénat est sans doute la restauration du Luchrone, une oeuvre de l’artiste Alain Le Boucher que les Rémois ont longtemps vue place de la République, près de la Porte de Mars.

 

Il s’agit d’une sculpture ovoïde en résille d’inox, d’une taille imposante - six mètres de hauteur - qui sert de support à l’oeuvre elle-même : une chorégraphie lumineuse jouée par 324 ampoules pilotée électroniquement.

 

Cette oeuvre doit depuis toujours son existence au mécénat. Le club des mécènes P.R.I.S.M.E qui rassemble une vingtaine d’entreprises l’avait acquise en 1989 et mise à disposition de la ville de Reims. En 2009, à cause de pannes récurrentes, puis des travaux du tramway, la municipalité la déménage et le Luchrone tombe dans l’oubli.

 

Jusqu’à ce qu’en 2015, la nouvelle équipe municipale décide de le faire renaître et mobilise un mécénat de compétences. Assisté par l’ingénierie de plusieurs entreprises, le lycée Saint Jean Baptiste de La Salle est le principal acteur de ce projet évalué à 100.000 €.

 

Plusieurs sections du lycée s’y emploient, pas loin de 150 élèves du CAP Maintenance des bâtiments de collectivité, du Bac Pro Etude et définition de produits industriels, des sections Maintenance industrielle, électrotechnique et électronique, Design graphique ainsi que les bacs S et STI2D (sciences et technologies de l’industrie) pour la partie électronique.

 

Bouygues Bâtiment Nord-Est s’est pour sa part chargée du socle en béton qui renferme les automatismes, les capteurs et les câblages… L’entreprise a conçu ce massif de 27 tonnes, fourni les matériaux, et l’a réalisé avec des apprentis en gros-œuvre du CFA BTP et des jeunes en insertion professionnelle de l’école de la deuxième chance.

 

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« Il ne s’agit pas d’une simple restauration, mais d’une évolution technique et d’une nouvelle chorégraphie », expose Marc Besancenez, directeur délégué aux formations professionnelles au lycée saint Jean Baptiste de la Salle.


Les 18 cycles lumineux dotés de 18 ampoules à incandescence chacun sont remplacés par 324 ampoules à Led commandées individuellement avec 256 niveaux d’intensité différents. Aucun éclairage correspondant au cahier des charges de l’artiste n’étant disponible sur le marché, ce sont les élèves qui assemblent les composants achetés ici et là. Un exercice de longue haleine…

 

La renaissance du Luchrone a également recours à la société d’électricité AP2i à Reims pour le câblage électrique, l’agence champenoise du transporteur Bovis pour la logistique du chantier, et au bureau d’études rémois Technic-Assistance qui fera une maquette en trois dimensions de l’oeuvre, dans son environnement futur.

 

La municipalité a l’intention de consulter la population pour trouver l’emplacement où le Luchrone devrait prendre place au printemps 2018.

 

Une culture du mécénat déjà ancienne

 

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La première étape de restauration de la Porte de Mars (couverture, restitution de la frise et  refonte du système de récupération des eaux pluviales) a bénéficié du soutien de la Fondation Total. © CF Thierry RM.

 

Aujourd’hui parmi les villes mécènes les plus actives et l’une des premières à se doter d’une mission dédiée, Reims a fait le choix du soutien privé pour restaurer son patrimoine en 2014, lorsque s’est installé un nouveau maire, Arnaud Robinet (Les Républicains).

 

« Le patrimoine était en mauvais état et nous avons clairement annoncé cette intention pour démultiplier les moyens publics », affirme Jean-Marc Roze, adjoint aux finances. Une culture du mécénat existait déjà pour l’organisation d’événements, notamment avec le club d’entreprises P.R.I.S.M.E.

 

La cellule permanente dédiée au mécénat créée au sein des services de la ville active les trois volets du mécénat d’entreprises : en nature, de compétences et financier. Et désormais deux publics. L’adhésion à la Fondation du patrimoine en 2015 permet aux particuliers d’apporter leur contribution avec des dons parfois modestes, précise l’adjoint au maire « entre 5 est 10 € ».

 

En six ans, le mécénat a apporté 3,3 millions d’€ grâce à 256 mécènes. Le volume de dons est allé croissant d’année en année (650.000 € par an en moyenne) pour atteindre le record de 1,26 million d’€ en 2015.

 

« 55 mécènes figurent parmi les habitués », ajoute Jean-Marc Roze. Parmi les plus fidèles contributeurs financiers, on compte le fabricant de produits d’entretien et de bricolage Charbonneaux Brabant ainsi que Biscuits Fossier.

 

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Figurent aussi parmi les mécènes en numéraire, les entreprises Rexel, Soredis, Vega Industries, Habitat et Traditions et Giron Père et Fils. Quant à Eiffage TP, Guillouart Levage, Poulain Bobinage, Gayet ou encore Degrippes, ils apportent un mécénat de compétences : ils mettent à la disposition du projet, les moyens humains et matériels de leur entreprise.

 

La restitution du bilan de l’an dernier, hier 27 février, dévoile des success stories. Au premier rang desquelles, la restauration de la fontaine Subé, du nom d’un négociant rémois qui avait fait de sa ville natale sa principale légataire au début du 20ème siècle.

 

90% du coût de restauration de la fontaine Subé

 

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La restauration de la fontaine Subé a mobilisé 49 entreprises sous forme d'un don en numéraire, 37  par le mécénat  en nature et 96 particuliers. © J.-C. Hanché

 

La campagne de la restauration de la fontaine Subé se solde par le règlement à 90% par le mécénat d’une dépense de 605.000 €. « Un bel engouement avec 154.000 € de dons financiers recueillis et plus encore, le mécénat en nature et de compétences apporté par des entreprises, estimé à 450.000 € », commente Catherine Coutant, conseillère municipale déléguée au Patrimoine.

 

Sont notamment intervenus la Sade, pour la réfection du système hydraulique, Léon Noël et l’atelier de sculpture Tollis pour la restauration des pierres de Comblanchien.

 

Autre grand chantier, la Porte de Mars, un arc antique du IIIème siècle, dont la restauration, en cours, confiée à l’architecte Alexandre Murienne a mobilisé près de 300.000 € de dons - 137 particuliers et 16 entreprises -, et pour la première fois, la fondation Total à hauteur de 100.000 €.

 

Une attention particulière a été portée à la collecte en ligne pour les particuliers, désormais possible avec la Fondation du patrimoine : pour encourager les habitants à utiliser ce mode de souscription, la ville a installé un lien direct depuis le site municipal.

 

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Pour la restauration de la façade de l'église Saint-Maurice, la ville actionne le mécénat "de proximité", commerçants et artisans du quartier. © Jacques Driol

 

Une nouvelle souscription publique a été lancée l’an dernier pour la rénovation de l’église Saint-Maurice que l'on date des origines de la chrétienté. Pour cette opération, la mission mécénat étend son travail de prospection au quartier, auprès des commerçants et des artisans. « Un mécénat de proximité qui se justifie par l’attachement des gens du quartier à l’édifice », explique Jean-Marc Roze.

 

Une première tranche évaluée à 233.000 € (sur un budget total de 850.000 €) porte sur la façade occidentale côté place Museux : remplacement des pierres de taille, remise en état des vitraux et des portes en bois ainsi que des toitures (charpentes et couverture). Pour l'heure, 27.000 € ont été collectés, dont 11.231 € en provenance de particuliers.

 

D’autres projets sont dans les cartons, en particulier le renouvellement du spectacle son et lumière de la cathédrale "Rêves de couleur" et son étendue à d'autres édifices incrits au patrimoine mondial de l’Unesco, en particulier l'ancienne abbaye Saint-Remi.

 

En savoir plus sur les projets à mécéner et les avantages fiscaux ici.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires

Mots-clés : mécénat., patrimoine, Eiffage Travaux Publics, Fondation du patrimoine, Marne, Reims, Prisme, Le Luchrone, lycée Saint Jean Baptiste de La Salle, Fondation Total, Bouygues Bâtiment Nord-Est, AP2i, Bovis, Charbonneaux Brabant , Biscuits Fossier, Rexel, Soredis, Vega Industries, Habitat et Traditions, Giron Père et Fils, Guillouart Levage, Poulain Bobinage, Gayet, Degrippes, Porte de Mars, fontaine Subé

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