Près de Mulhouse, le fabricant de membranes en caoutchouc Effbe tire profit de la mondialisation de sa maison-mère Woco

Publié par Mathieu Noyer, le 14 juin 2018

POLYMÈRES/HAUT-RHIN. La filiale française du spécialiste des polymères Woco qui a conservé le nom de son ancien propriétaire, Effbe, tire avantage de la mondialisation de sa maison-mère.
A la faveur d’un carnet de commandes qui déborde, pour la première fois, le fabricant de membranes en caoutchouc situé près de Mulhouse ne fera pas de pause cet été.
La progression constante depuis deux ans s’accompagne de recrutements.

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Jean-Paul Brender, président d'Effbe France dans le show-room de l'usine de Habsheim, près de Mulhouse. © Traces Ecrites.

 
« Tout le monde utilise nos membranes, mais sans le savoir. » Jean-Paul Brender, président d'Effbe France, reconnaît bien volontiers que son entreprise entre dans la catégorie de celles peu connues du grand public, y compris de ses riverains, elle qui produit depuis plus de 50 ans au cœur de Habsheim (Haut-Rhin). Une récente visite d'élus locaux, orchestrée par l'agence de développement économique Adira, l'a fait rompre avec sa discrétion.

L'occasion de découvrir qu'en plein cœur, la commune périphérique de Mulhouse abrite le leader européen de son secteur, la membrane élastomère, et même mondial dans sa spécialité plus pointue, la membrane renforcée avec texture.

Ces bouts de caoutchouc d'apparence banale jouent pourtant un rôle essentiel dans la sécurité et le bon fonctionnement de nombreuses pièces et objets : les moteurs et séparateurs d'huiles des voitures, les barbecues (pour leurs détendeurs), des pièces pour l'aéronautique, des pompes pour l'irrigation, aujourd'hui les nouveaux compteurs de gaz « intelligents » les Gaspar... « La taille de nos membranes varie, en diamètre, de 10 millimètres à 2 mètres », précise Michel Mougin, directeur commercial.

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Les applications se répartissent entre l'automobile (40 %), le gaz naturel (25 %), la régulation en milieu industriel, le médical, l'agriculture, etc. L'origine, et qui demeure une part significative d'activité, ce sont les pompes à carburant : « en 1949 Fritz Brumme, ingénieur chez Opel, inventa une membrane synthétique capable de multiplier par cinq leur durée de vie. Ce fut une révolution pour l'automobile », rappelle Jean-Paul Brender.

L'aventure d'Effbe avait alors commencé, près de Francfort en Allemagne. Elle s'est prolongée dès 1965 à Habsheim qui fut choisie, à l'instar de nombreux autres exemples en Alsace, pour sa proximité géographique et culturelle comme tête de pont pour investir le marché français. Ainsi, dans le cas présent, pour la compétence en textile de la région de Mulhouse.

Depuis, et là encore comme d'autres PME et ETI germaniques, Effbe s'est tournée vers l'Europe de l'Est et le monde, mais la filiale française n'y a rien perdu, au contraire. « Nous avons acquis en 2005 le statut de centre de compétences, à la place de l'Allemagne, ce qui dope notre activité de R&D (nous y employons 15 personnes) et nous met en contact direct avec les constructeurs automobiles », décrit Jean-Paul Brender. Le client des produits Effbe restant l'équipementier.

La société française tire également avantage de la mondialisation de sa maison-mère et de son changement de propriétaire. Effbe a créé son premier site en Tchéquie en 1998 à Zlin, le fief historique des chaussures Bata qui est resté une référence dans la transformation du caoutchouc. Un second a suivi en 2015 et une troisième ouvrira fin 2019.

 

Incertitude sur le marché iranien

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Un exemple de membranes fabriquées par Effbe pour des pièces automobiles. © Traces Ecrites.


Entretemps, en 2000, Effbe France a été rachetée par Woco, une solide ETI allemande qui l'a intégrée à sa division industrie et lui a ouvert les portes de la Chine : c'est dans les locaux de Woco, à Wuxi, près de Shangaï, qu’Effbe a démarré son unité il y a deux ans.

 

Et fin mai, elle a mis en service une usine au Mexique pour desservir ce marché et renforcer sa présence aux Etats-Unis. Au total, Effbe emploie 397 salariés permanents dans le monde. Son chiffre d'affaires devrait atteindre 41 millions d’€ cette année, contre 38 l'an dernier et 34 il y a deux ans.

Habsheim contribue à la progression. Le site alsacien qui emploie 113 salariés en CDI (et une vingtaine d’intérimaires), dont 60 % de femmes, a augmenté ses effectifs permanents d'une dizaine d'unités depuis deux ans, en conséquence d'un carnet de commandes en pleine bourre. « Nous travaillons tous les samedis depuis le début de l'année et cet été il n'y aura pas de pause, pour la première fois », complète Michel Mougin.

 

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L'effort de renouvellement/modernisation du parc machines, qui est constant, se traduit par 400 000 € d'investissements cette année. Une petite ombre vient planer sur ce tableau : l'Iran en conséquence des agitations de Donald Trump. « Il représente un potentiel de marché d'1 million d’€ par an, dans le gaz et l'automobile et pour l'instant, on est bloqué », souligne Jean-Paul Brender.

L'autre point qui chagrine le dirigeant, c'est l'explosion des normes. Le discours n'est pas nouveau, mais il est étayé par ce chiffre qui a de quoi réfléchir : « On a calculé que le nombre de nos exigences règlementaires (environnementales, sociales, …) est passé ces de 181 à 850 ces cinq dernières années ».



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Mulhouse, énergie, Haut-Rhin, Grand Est, polymères, équipementier automobile, caoutchouc, Effbe France, Woco

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