Pequignet s’affiche à l’heure française

Publié par Didier Hugue, le 03 mars 2015
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Le Calibre Royal, seul mouvement de montre français développé par Pequignet.

 

HORLOGERIE. Sous l’impulsion de Laurent Katz et Philippe Spruch, la manufacture horlogère Pequignet, implantée à Morteau, revit.

Le prochain salon de l'horlogerie de Bâle du 19 au 26 mars prochain, servira de test grandeur nature à la relance du mouvement maison.

 

Pas facile de reprendre une référence comme Pequignet à la barre du tribunal de commerce. Mais pour Laurent Katz et Philippe Spruch, la manufacture horlogère de Morteau (Doubs), fondée en 1973 par Émile Pequignet, ne pouvait pas disparaître. « Nous sommes des amateurs passionnés par la belle horlogerie, d’où ce pari pris à l’été 2012 de relancer une marque 100 % française », confesse Laurent Katz.

 

Les débuts s’avèrent très difficiles. Le mouvement ou calibre (*), baptisé Calibre Royal, le seul existant en France et mis au point par Didier Liebundgut (**), leur prédécesseur malheureux, se révèle défectueux.

 

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Le site de Pequignet sous la neige du Haut-Doubs.

 

Les montres commercialisées revenaient régulièrement en SAV et obligeaient même à arrêter temporairement les ventes. « Nous avons alors pensé à jeter l’éponge si nous ne parvenions pas à obtenir une parfaite fiabilité », indique le dirigeant.

 

Neuf mois de travail acharné portent leurs fruits et les modèles manufacturés retrouvent le chemin des vitrines des bijoutiers, joailliers et horlogers. Au total, entre l’apurement du passif, la réorganisation de l’entreprise, les investissements R&D, l'apport de nouvelles compétences et l’amélioration de l’outil productif, les deux associés auront déjà injecté plus de 10 millions d’€. Un effort financier accompagné par Bpifrance.

 

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Pequignet, qui réalise 5 millions d’€ de chiffre d’affaires et emploie près de 50 salariés, met parallèlement en place une nouvelle stratégie commerciale. Les gammes pour hommes cohabitent dorénavant avec les collections féminines, qui ont fait le succès originel de la marque.

 

Tous les modèles n’intègrent pas le mouvement maison, mais tous sont conçues et assemblées à Morteau et s’adressent à une clientèle entre 30 à 50 ans, appréciant les beaux objets dans des prix abordables : de 800 à 5000 € pour les montres non manufacturées (***).

 

« A quelques composants près, nous produisons français en nous approvisionnant auprès de fournisseurs locaux autour de Morteau et à Besançon », souligne Laurent Katz. Ce Made in France plaît aux étrangers japonais, européens et citoyens des pays arabes, mais hélas ne convainc pas toujours les revendeurs nationaux plus prompts à affirmer que l’herbe est toujours plus verte ailleurs.

 

« La moitié de notre commercialisation se fait à l’export et nous allons tout faire pour atteindre à terme 70 à 80% d’activité à l’international, en ciblant notamment Singapour, Taïwan et la Corée du Sud », argumente le président du directoire de Pequignet.

 

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Le prochain salon de Bâle (Baselworld), du 19 au 26 mars prochain, où la manufacture horlogère présentera deux nouveaux modèles masculins doté du calibre royal, servira de premier test grandeur nature.

 

À ce même salon mondial de l’horlogerie, une année plus tard, Pequignet révèlera un nouveau mouvement, car l’entreprise entend aussi devenir à terme un fournisseur reconnu auprès d’autres marques horlogères.

 

Renaissance de l'horlogerie française

 

Terre des horlogers, la Franche-Comté a vu progressivement disparaître un secteur qui a fait ses beaux jours. Le mouvement s'inverse quelque peu aujourd'hui avec la présence et le développement sur Besançon de nombreux SAV d'entreprises suisses, comme Breitling, et l'émergence de créateurs locaux, dont l'un des plus innovants s'appelle Utinam. Le chemin sera toutefois long. Quelques chiffres aident à comprendre. La production horlogère française représente un chiffre d'affaires de 300 millions d'€ (+9% et 82% d'exportation), dont 56 millions pour les produits finis. La filière suisse atteint les 21 milliards de francs suisses, dont 95% à l'export.

 

 

katzQui est Laurent Katz ?

 

Âgé de 52 ans, le président du directoire de Pequignet, Alsacien d'origine, vient du monde de l’informatique et des nouvelles technologies.

 

Il travaille douze ans pour Microsoft, crée sa proche entreprise et rejoint ensuite LaCie, fabricant français de périphériques pour ordinateurs de son ami Philippe Spruch.

 

La vente le 23 mai 2012 par le géant américain Seagate, permet aux deux hommes d’investir dans la reprise de Pequignet. Mais aussi pour Philippe Spruch de prendre le contrôle de Guy Degrenne, fabricant réputé de couverts, seaux à champagne, plats et autres articles culinaires en acier inoxydable.

 

 

(*) Soit l’ensemble des pièces du mécanisme permettant de faire fonctionner une montre, sachant que chaque type de mouvement trouve sa nomenclature sous le nom de calibre.

 

(**) De faible épaisseur 5,88 mm, ce mouvement intègre toutes les complications ou fonctions autres que l'affichage de l'heure, des minutes et des secondes : date, réserve de marche, lune, soleil, fuseaux horaires…

 

(***) Les montres manufacturées se situent dans une fourchette de prix entre 7500 et 17 000 € suivant les matériaux utilisés et les complications souhaitées.

 

Photos fournies par Pequignet.

 

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Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Franche-Comté, Doubs, Morteau, horlogerie, Péquignet, montre, Laurent Katz, Philippe Spruch, manufacture horlogère

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