La maison Copeau renaît à Pernand Vergelesses

Publié par Christiane Perruchot, le 25 octobre 2013
La mémoire de Jacques Copeau sur la façade de la  salle des fêtes de Pernand Vergelesses.
La mémoire de Jacques Copeau sur la façade de la salle des fêtes de Pernand Vergelesses.

CULTURE. A Pernand Vergelesses, les vendanges sont terminées : place au théâtre.

Jusqu'à dimanche, alors que Paris fête les cent ans du Théâtre du Vieux-Colombier, ce village de la Côte de Beaune célèbre son fondateur : Jacques Copeau.

Cet homme de scène fut en quelque sorte un précurseur de la décentralisation en s'installant en 1925 dans ce village viticole pour démocratiser le théâtre.

Idée caressée depuis plusieurs années, la transformation de sa maison en lieu culturel est en passe d'aboutir.

Le projet est présenté samedi 26 octobre lors de La fête à Copeau.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

« On sent un frémissement », répète Jean-Louis Hourdin, le propriétaire de la maison Jacques Copeau à Pernand Vergelesses (Côte-d'Or) qu'il acheta en 2004 à Catherine Dasté, l'héritière de cette figure du théâtre du 20ème siècle car il se sentait « dépositaire de [son] esprit ».

En effet, les pouvoirs publics commencent à s'intéresser au projet de l'association Maison Jacques Copeau qui veut redonner sa vocation initiale à cette demeure de la Côte de Beaune, où le fondateur du théâtre parisien Le Vieux-Colombier et sa troupe Les Copiaus s'installèrent en 1925.

Concours de circonstances, un reliquat du contrat de plan Etat-Région affecte la somme de 200 000 € au projet de rénovation du lieu situé en plein cœur de village : un vaste jardin dominé par une imposante maison bourgeoise, plusieurs dépendances et à perte de vue, les vignobles.

L'objectif de Jean-Louis Hourdin, metteur en scène, et d'une flopée de bénévoles réunis au sein de l'association Maison Jacques Copeau, est de pérenniser sur toute l'année, les résidences d'artistes et animations organisées tous les étés.

Il veut en faire un véritable centre de formation permanente pour les comédiens, élargi aux autres expressions artistiques et propose d'assurer la 4ème année de perfectionnement des étudiants en théâtre.

Pour cela, il faut rénover la maison, mettre aux normes les parties réservées à l'hébergement, organiser l'accueil du public et surtout, disposer d'un outil de travail digne de ce nom.

« Les aménagements sont conséquents, mais seront réalisés a minima, hors de toute ostentation, la propriété étant un lieu de travail artistique et de réflexion, ce qui suppose sobriété et invitation à la sérénité », commente Jean-Pierre Angibaud, le permanent de l'association.

Présenté samedi 26 octobre sur place (18h), lors de la 3ème journée de La fête à Copeau (*), le projet se développe en trois étapes.

Une scène modulable qui permet différentes configurations : théatre, conférences, lectures...
Une scène modulable qui permet différentes configurations : théatre, conférences, lectures... (Bureau A)

La piste du mécénat

La première consiste à recréer un espace de production d'environ 150 places dans l'esprit de ce que fut l'aventure des Copiaus : un tréteau nu, plateau dépouillé de tous les artifices du décor pour permettre aux comédiens de « servir le texte », selon l'expression de Jean-Louis Hourdin.

Née du coup de crayon de deux jeunes architectes suisses de l'agence genevoise Bureau A, une maison en bois que Jean-Louis Hourdin nomme joliment "l'abri poétique", remplacera le parquet de bal où les comédiens répètent l'été.

En complément des crédits ressuscités du ministère de la Culture, les porteurs du projet espèrent le soutien du conseil régional de Bourgogne à travers, sinon sa politique culturelle devenue plus sélective pour des raisons de restriction budgétaire, du moins dans un premier temps, par l'intermédiaire de ses actions en faveur du développement durable pour la construction en bois.

« Nous pouvons aujourd'hui démontrer aux pouvoirs publics que nous avons des recettes propres grâce à des actions de formation des gens de théâtre et des animations comme La fête à Copeau qui a lieu cette fin de semaine », développe Jean-Pierre Angibaud.

De 40 000 € en 2012, le budget de l'association est passé à 140 000 € cette année. Les quatre Printemps n'y sont pas étrangers : chaque saison, des rencontres autour du théâtre, des lectures et des spectacles reconstruisent petit à petit la renommée du lieu.

La finalité est aussi touristique. Lieu de mémoire avec la chambre de Jacques Copeau et sa bibliothèque, la maison classée depuis 1985 devrait obtenir le label Maison des illustres (**). En retour, elle serait ouverte au public au moins 40 jours par an.

Récemment signée avec la fédération de l'économie sociale et solidaire, l'ordre des experts-comptables de Bourgogne-Franche-Comté et les chambres de commerce de Bourgogne, une convention rend aussi le mécénat accessible à l'association qui porte le projet, estime Alain Renault, conseiller régional, mais surtout ancien homme de théâtre et membre du conseil d'administration de l'association.

Tout un programme…

Jean-Louis Hourdin au centre, Jean-Pierre Angibaud à sa droite et Alain Renault.
Jean-Louis Hourdin au centre, Jean-Pierre Angibaud à sa droite et Alain Renault devant le principal bâtiment de la maison Copeau.

Qui est Jean-Louis Hourdin ...

Elève de l'école supérieure d'art dramatique de Strasbourg, Jean-Louis Hourdin, 70 ans, aujourd'hui installé à Cluny (Saône-et-Loire), a fait toute sa carrière sur les planches, comme comédien et metteur en scène. Il dirige encore des spectacles comme "Copeau: éclats, fragments et pensées", joué lundi dernier au théâtre du Vieux-Colombier à Paris, et hier à la Maison Copeau à Pernand Vergelesses.

Interprète de Büchner, Fassbinder, Albert Cohen, il s'intéresse particulièrement à la création collective et se présente comme l'un des héritiers de la pensée copélienne (de Copeau).

Né dans une famille d'éditeurs, il se laisse séduire par la maison du fondateur de La Nouvelle Revue Française lors qu'elle est mise en vente par sa petite fille en 2004.

En 2009, il crée avec Murielle Mayette, administratrice générale de La comédie française, l'association La Maison de Copeau pour faire émerger à Pernand Vergelesses (Côte-d'Or) un projet pérenne pour les métiers de la scène.

...  et Jacques Copeau

Héritier d'un industriel du textile du Nord, Jacques Copeau se sent plus à l'aise une plume à la main que dans une usine. Critique de théâtre pour plusieurs journaux parisiens, il crée en 1908 avec André Gide, la Nouvelle Revue Française (NRF).

Metteur en scène, il fonde en 1913 le théâtre du Vieux-Colombier à Paris où il invente une nouvelle forme de théâtre qui fit dire à Albert Camus:  « dans l'histoire du théâtre français, il y a deux périodes : avant et après Copeau ».

Avec Louis Jouvet, alors régisseur, il invente le tréteau nu, un nouveau dispositif scénique polyvalent qui accueille aussi bien des pièces que des concerts ou des conférences.

(*) Au programme de La fête à Copeau : samedi à partir de 10h, table ronde Jacques Copeau, père de la décentralisation, à midi lecture apéro autour de Louis Jouvet par Jean-Louis Hourdin ; l'après-midi, l'influence de Jacques Copeau sur le théâtre d'aujourd'hui ; 18h, présentation du projet de la Maison Copeau ; 20h30 à Beaune (au théâtre),  spectacle Le public a bien joué ce soir, Jean Dasté de 1923 à 1947 avec la troupe du TNP.

Le dimanche, 10h lecture autour de Charles Dullin par Jean-Louis Hourdin et dégustation de vins à 11h.

(**) En Bourgogne, la maison natale de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye et la maison Jules Roy à Vézelay (Yonne), le château de Vauban à Bazoches (Nièvre) bénéficient du label Maison des illustres ; en Alsace, le musée Bartholdi à Colmar (Haut-Rhin) et le presbytère Jean-Frédéric Oberlin à Walderbach (Bas-Rhin) ; en Franche-Comté, les maisons Louis Pasteur à Arbois et à Dole (Jura) et le musée Rouget de Lisle à Lons-le-Saunier.

Photos : Traces Ecrites

 

Roger Martin BTP
Article classé dans : Emploi - Formation
Evasion

Mots-clés : Bourgogne, Côte-d'Or, culture, Pernand-Vergelesses, théâtre, Jacques Copeau

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