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Made in France : la recette du succès selon les industriels

Publié par Frédéric Marais, le 20 septembre 2016

INDUSTRIE/REIMS. Les 2es Assises du produire en France ont eu lieu comme l’année dernière à Reims.

L’occasion pour de nombreuses entreprises de dévoiler la stratégie qui leur a permis de continuer à fabriquer dans l’Hexagone malgré de multiples contraintes.

Entre patriotisme économique et acte citoyen, les industriels ont parlé de coût du travail, de complexité de la réglementation, de règles contraignantes et de concurrence « asymétrique » avec certains pays tiers ou européens.

 

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Innothéra près d'Epinal entend se démarquer dans le marché de niche des bas de contention, en perpétuant le savoir-faire textile dans les Vosges. © Philippe Bohlinger.

 

Made in France, Origine France Garantie, Fabriqué en France, etc. Il y a de quoi perdre son latin dans la jungle des labels et des marquages plus ou moins officiels et plus ou moins fiables, qui tous revendiquent d’attester la provenance d’un produit.

 

Leur profusion montre au moins qu’acheter des articles “tricolores” devient une demande de plus en plus répandue chez les consommateurs.

 

On se souvient peut-être du célèbre slogan « Nos emplettes sont nos emplois » qui avait fait florès dans les années 1990 et qui revient à la mode. A preuve, un récent sondage indique que 8 Français sur 10 souhaitent que le « produire en France » soit un sujet majeur de la présidentielle.

 

A preuve encore, les Assises du produire en France qui viennent d’avoir lieu à Reims pour la seconde année consécutive, les 8 et 9 septembre derniers, sous l’égide de l’association Pro France, instigatrice du label Origine France Garantie.

 

Les candidats à la présidentielle ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, puisque une quinzaine d’entre eux avaient répondu à l’invitation des organisateurs afin de présenter leur programme en faveur du made in France.

 

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Innover

 

On a évidemment beaucoup parlé de « patriotisme économique », « d’acte citoyen » tout au long du colloque, mais aussi de coût du travail, de complexité de la réglementation, de règles contraignantes et de concurrence « asymétrique » avec certains pays tiers ou européens.

 

D’où cette interrogation présente en filigrane durant ces assises, même si ça n’en n’était pas le sujet principal : comment produire en France et, accessoirement, que produire en France ?

 

Une douzaine d’entreprises, conviées à s’exprimer lors des trois tables rondes organisées la première journée, ont toutes peu ou prou abordé et répondu à cette question. Si l’on ne devait retenir qu’un mot de leurs témoignages, ce serait celui-ci : « innovation ».

 

Se démarquer de la concurrence

 

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Le groupe Muller est né à Fismes dans la Marne, où l’usine côtoie l'un de ses cinq centres R&D. © Muller.

 

« Il faut faire des produits innovants pour se démarquer de la concurrence, ou mieux même, pour éviter la concurrence », lance Arnaud Gobet, président d’Innothéra, qui fabrique des bas de contention à Nomexy dans les Vosges. Une usine « créée de toutes pièces en 1999 », rappelle le dirigeant, pour qui « produire localement est indispensable dans les textiles techniques » afin de rester « très proche des consommateurs et des prescripteurs ».

 

D’autres exemples de produits innovants ont été apportés par l’opticien Krys (un verre anti-lumière bleue), la marque de prêt-à-porter Smuggler (un tissu contre les ondes électromagnétiques des portables), la purée Mousline (la pomme de terre déshydratée), ou encore par Agromousquetaires (1), fournisseur notamment d’Intermarché (un yaourt détox dont on peut choisir le pourcentage de sucre).

 

Le groupe Muller excipe, lui, de cinq centres de R&D en France, dont un à Fismes dans la Marne, où l’usine fabrique des radiateurs électriques sous la marque Campa.

 

Mais loin d’être cantonnée à l’aspect technique, l’innovation peut aussi être d’ordre « artistique, esthétique et culturel », comme l’a rappelé Arnaud Gobet, président d’Innothéra.

 

labelMonter en gamme

 

L’innovation est aussi l’ennemi du cheap. « Nous, Français, sommes condamnés à faire du haut de gamme », souligne Laurent Colas, codirigeant d’ENO, une entreprise d’origine ardennaise maintenant installée à Niort, qui est leader mondial des appareils de cuisson embarqués sur les bateaux et premier fabricant français de planchas.


« Monter en gamme, créer, innover, inventer », c’est aussi le credo de Geoffroy Roux de Bézieux, président d’Oliviers & Co, producteur d’huile d’olive. Son premier réflexe a été, aussitôt après avoir racheté l’entreprise, de rapatrier l’embouteillage qui s’effectuait au Portugal.

 

Le salut passe aussi par les marchés de niche et les petites séries, « qui ne se prêtent pas aux délocalisations » (Arnaud Gobet, Innothéra).

 

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Sphere fabrique notamment des sacs de congélation dans sa filiale Schweitzer SAS, à Ludres en Meurthe-et-Moselle. ©Sphere.

Massifier la production

 

Mais inventer, innover ne suffit pas pour maintenir une production en France face aux prix agressifs pratiqués par les pays low cost. Il faut trouver d’autres astuces.

 

John Persenda, président du groupe Sphere, leader européen des emballages ménagers, préconise de « massifier la production pour qu’elle soit rentable ».

 

Il a pour cela « relocalisé des tas d’usines » achetées en Italie, en Allemagne ou en République Tchèque par exemple. Sphere fabrique notamment des sacs poubelle et des sacs de congélation dans sa filiale Schweitzer SAS, à Ludres en Meurthe-et-Moselle.

 

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Faire la chasse aux coûts

 

Autre piste : l’automatisation du process. C’est la voie choisie par l’opticien Krys (2), qui a relocalisé en totalité la fabrication des verres et en partie celle des montures il y a six ans. « Le polissage qui était manuel en Asie a été automatisé en France pour être compétitif », souligne le directeur général, Jean-Pierre Champion.

 

Une stratégie qui s’explique par les coûts de production : « Un verre, c’est 50 % de masse salariale, une monture, 90 %. » Le DG indique par ailleurs que « le surcoût a été répercuté sur le client », sa société s’interdisant d’augmenter ses marges.

 

Smuggler, qui confectionne des costumes haut de gamme à Limoges, modère lui aussi ses prétentions financières tout en se livrant à une chasse aux frais inutiles : « On a éliminé les intermédiaires, ouvert nos propres magasins et pratiqué des marges raisonnables. »

 

En faire un argument de vente

 

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Mises bout à bout, toutes ces techniques permettent à des entreprises comme le groupe Muller, fabricant d’équipements thermiques, de proclamer fièrement que « 100 % de (ses) produits sont fabriqués en France ».

 

Tous les chefs d’entreprise présents reconnaissent que produire en France est un « formidable argument de vente » (Oliviers & Co), qu’il « aide à ouvrir les portes » (Biologique Recherche, marque de cosmétique professionnelle) et que c’est même « la clé du succès » chez Mousline.

 

Le président du groupe Sphere rapporte cette anecdote : « Un client américain nous a demandé d’ajouter le label Origine France Garantie sur nos sacs poubelle. Comme ça, nous a-t-il dit, on sait au moins que ce n’est pas fabriqué en Chine ! »

 

(1) Agromousquetaires possède en particulier un site de production de vins d’Alsace, Jean Hauller & Fils à Dambach-la-Ville dans le Bas-Rhin.

 

(2) Krys, qui a annoncé lancer prochainement des montures Coq Sportif, autre grande marque régionale.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Grand Est, made in France, Reims, Innothéra, Assises du Produire en France, Muller, Smuggler, Krys, Schweitzer SAS, Sphere, Agromousquetaires, label Origine France Garantie

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1 réponse(s) à "Made in France : la recette du succès selon les industriels"

  1. Pierre-Gaël LAVEDERdit :

    Bel article sur le Made in France. Convaincu à 100% depuis plusieurs années, j'avais fait paraitre le même type d'article dans le journal interne de mon entreprise en Février 2013. Hélas les grands groupes n'y sont pas sensibles préférant leur stratégie "yaourt Européen" aux préférences nationales.

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