« L’ingénieur allemand doit loyauté et fidèlité à son employeur »

Publié par Christian Robischon, le 16 janvier 2014
Michel Hamy, directeur général français du sidérurgiste BSW (Badische Stahlwerke).
Michel Hamy, directeur général français du sidérurgiste BSW (Badische Stahlwerke).

AVIS D'EXPERT. Quel est le portrait-robot de l’ingénieur en Allemagne ? Quelles qualités attend-t-on de lui ?

Michel Hamy, directeur général français du sidérurgiste BSW (Badische Stahlwerke) à Kehl, ville frontalière avec la capitale alsacienne,  répond à ces questions, suite à la conférence que ses cadres français et lui-même ont tenue récemment sur ce thème à l’ECAM Strasbourg Europe, école d’ingénieurs dont leur entreprise est partenaire.

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L’ingénieur en Allemagne a-t-il un profil différent de la France ?

Sa formation et son profil sont en général plus techniques. L'ingénieur allemand est moins généraliste. Mais ceci n’est pas un obstacle au recrutement d’ingénieurs français.

Le principal barrage, c’est la maîtrise de la langue, même si rien n’est rédhibitoire : nous comptons des ingénieurs français qui n’étaient pas germanophones au début de leur parcours, on trouve toujours les formations pour cela.

La moindre maîtrise de la langue par les candidats alsaciens est une réalité à tous niveaux de poste. Alors que nos effectifs sont restés constants, le nombre de nos frontaliers a diminué de près de moitié en vingt ans, il est passé de 110 à 60.

L'an dernier, nous avons recruté en apprentissage six jeunes Alsaciens qui vont suivre notre parcours interne de 3 ans et demi, une durée « standard » en Allemagne. La plupart ne parle pas ou peu l’allemand, alors nous les y formons.

Qu’attend l’employeur allemand d’un ingénieur ?

Après la compétence technique bien sûr, le premier critère est la loyauté, la fidélité. L’employeur apprécie la disposition à rester longtemps dans l’entreprise, à travailler en quelque sorte pour la génération future.

L’état d’esprit de l’entrepreneur familial allemand, c’est de tout mettre en œuvre pour que l’affaire soit pérenne pas seulement l’année suivante, mais dans les vingt prochaines. D’où sa priorité à réinvestir les bénéfices dans l’entreprise.

On parle d’une pénurie d’emplois qualifiés en Allemagne. Vivez-vous ce phénomène ?

Nous sommes demandeurs de cette main d’œuvre qualifiée et, il est vrai, que nous allons la chercher un peu partout : nos trois derniers ingénieurs embauchés sont Finlandais, Péruvien et Coréen.

Mais ce n’est pas une révolution pour notre entreprise dont l’effectif a toujours connu une forte composante internationale ces dernières années. Actuellement, nous comptons 18 nationalités différentes parmi nos 850 collaborateurs.

Quels sont les avantages et inconvénients à travailler comme ingénieur dans une ETI (*), ces fameuses entreprises de taille intermédiaire du Mittelstand que nous envions à l’Allemagne ?

Ces entreprises lui donnent de vraies responsabilités et un rapport direct au patron. L’un de nos ingénieurs intervenant à la soirée de l’ECAM soulignait qu’il apprécie l’absence de contraintes au quotidien autres que celles qu’il s’impose à lui-même, le fait de ne pas ressentir la pression de directives venues de loin, d’une maison-mère américaine par exemple.

Il faut par contre savoir que les PME et ETI offrent peu de postes de management. L’ingénieur qui souhaite s’épanouir dans ce domaine en Allemagne devra chercher une progression de carrière dans les grands groupes.

Vue d'une partie du site de BSW à Kehl, de l'autre côté du Pont de l'Europe.
Vue d'une partie du site de BSW à Kehl, de l'autre côté du Pont de l'Europe.

Quel est le salaire d’un ingénieur outre-Rhin ?

Je ne peux guère qu’évoquer le cas de notre entreprise. Un jeune ingénieur gagne 44 000 € brut  par an, soit un peu plus de 35 000 euros nets, avant imposition. La rémunération  moyenne d’un ouvrier à ancienneté chez BSW est de 38 200 € bruts annuels, soit 31 100 €.

(*) ETI = entreprise de taille intermédiaire.

Photos : BSW.

 

Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : Alsace, Emploi - Formation, recrutement, Allemagne, ingénieurs, BSW (Badische Stahlwerke), ECAM Strasbourg

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