LGV Rhin-Rhône : la surprise du chef haut-rhinois

Publié par Christian Robischon, le 25 octobre 2013
Charles Buttner, président du conseil général du Haut-Rhin.
Charles Buttner, président du conseil général du Haut-Rhin. Photo : CG 68.

POINT DE VUE. Une lubie, le pré-financement par les collectivités locales de la fin de la branche Est de la LGV Rhin-Rhône ?

Charles Buttner, le président du conseil général du Haut-Rhin à l’origine de la proposition, veut croire que non. Et avance quelques arguments qui méritent au moins l’attention.

Reste à convaincre Franc-Comtois et Bourguignons.

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« Sur ce dossier, je ne lâcherai rien ». Charles Buttner affiche sa ténacité à défendre la pleine réalisation de la branche Est de la LGV.

Pour les Alsaciens, cette perspective signifie avant tout la mise à grande vitesse des 35 km de voies entre Belfort et Mulhouse, entre Petit-Croix et Lutterbach pour être précis.

Un projet repoussé comme tant d’autres aux calendes grecques, après 2030, par le rapport Duron sur les infrastructures de demain en France.

Ce combat lui donne des idées. Dans la torpeur de l’été, le président (UMP) du conseil général du Haut-Rhin a fait une proposition totalement inédite : que l’Etat finance sa part de projet par emprunt, et surtout que les intérêts de ce prêt soient pris en charge par les collectivités.

L’hypothèse, n’a pas fait bondir de joie les autres élus alsaciens, c’est peu de le dire. Pris de cours, ils ont oscillé entre prise de distance polie et franc agacement s’agissant de Guy-Dominique Kennel, l’homologue de Charles Buttner dans le Bas-Rhin, et Philippe Richert, le président de Région.

Deux UMP dont les relations avec le chef de l’exécutif haut-rhinois sont au plus bas depuis avril dernier et l’échec du référendum sur la collectivité unique alsacienne, que les deux premiers mettent au débit du troisième.

D’aucuns pensaient que l’idée resterait au stade mort-né une fois connue à Paris. Or, surprise, tel n’a pas été le cas.

François Hollande a répondu par courrier qu’elle méritait étude et que celle-ci serait confiée à Frédéric Cuvillier le ministre des Transports.

« Cela vient bien de la Présidence de la République, pas d’un quelconque sous-fifre », se réjouit Charles Buttner.

Photomontage du projet de franchissement de la Soultzbach, rivière qui coule en fond de vallée à Soppe-le-Bas (Haut-Rhin) par un viaduc, l'ouvrage le plus haut de la 2ème phase. Source : RFF.
Photomontage du projet de franchissement de la rivière Soultzbach, dans la vallée de Soppe-le-Bas (Haut-Rhin) avec un viaduc qui sera l'ouvrage le plus haut de la 2ème phase. Source : RFF.

L’élu haut-rhinois ne veut pas convaincre l’Etat par les sentiments, ce qui paraît difficile, mais par la mécanique financière.

« Mieux vaut emprunter aujourd’hui à 1 ou 1,5% auprès de la BEI (Banque européenne d’investissement), qu’attendre 2030. Car d’ici là, l’indice de construction aura augmenté plus vite et le projet coûtera donc plus cher, et si on ne fait pas maintenant, cela ne se fera jamais ».

L'élu alsacien pointe aussi le risque que les études préalables deviennent caduques. « Il faut engager les travaux dans les deux à trois ans », en conclut-il.

Comment cela coûterait-il ? « Un euro par habitant et par an », répond Charles Buttner.

Convaincre Franc-Comtois et Bourguignons.

Détaillons son raisonnement, calculette en main.

L’investissement pour la deuxième tranche de la LGV Rhin-Rhône est chiffré à 1,16 milliard d’€, soit 850 millions pour Belfort-Mulhouse et 310 millions pour Genlis à l’ouest de Dijon.

Selon le protocole d’intention de financement de janvier 2012, l’Etat et les collectivités se partageront à parts égales le « reste à charge » de l’investissement une fois déduites la  participation de l’Union européenne, attendue entre 200 et 250 millions d’€ et celle de RFF espérée à même hauteur que pour la première tranche, soit 28 %.

Tout ceci donne 300 millions d’€ à verser par l’Etat. Sur la base d’un emprunt sur vingt ans à 1 %, Charles Buttner en tire une estimation de montants d’intérêts de 120 millions d’€, qu’il ramène à 100 millions d’euros car il soupçonne une surestimation délibérée du coût du projet.

Soit 5 millions par an, à se partager entre les trois régions Alsace, Bourgogne et Franche-Comté qui totalisent 5 millions d’habitants.

CQFD… moyennant quelques  arrondis à la faveur de la démonstration (*).

Philippe Richert, pour sa part, avait brandi une estimation des intérêts un tantinet différente dans une tribune aux Dernières Nouvelles d’Alsace : non pas 100, mais 200 millions d’€…

Esquisse du franchissement de la Tille à cheval sur l'autoroute A 39, à proximité de Genlis (Côte-d'Or). Source : RFF.
Esquisse du franchissement de la Tille à cheval sur l'autoroute A 39, à proximité de Genlis (Côte-d'Or). Source : RFF.

« Ma proposition a rouvert des portes », assure Charles Buttner. Il estime pouvoir en convaincre Franc-Comtois et Bourguignons. Ce qui, surtout dans le deuxième cas, implique une communication moins oublieuse du tronçon dijonnais de la deuxième tranche.

Et  n’oublions que ces 100 et quelque millions d’intérêts se rajouteront aux 300 millions d’€ de la participation « directe » des collectivités.

Enthousiaste, le patron de l’exécutif haut-rhinois reste lucide quand même.

« Peut-être que cela fait quinze ans qu’il a été décidé que cette deuxième tranche ne se ferait jamais ». Mais il veut mettre l’Etat devant le miroir de la vérité.

(*) NDLR : l’addition donne autour de 4,6  millions d’habitants: Alsace, 1,8 million, la Bourgogne 1,6 et la Franche-Comté un peu plus d'1,1.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Territoires

Mots-clés : Franche-Comté, Bourgogne, Alsace, Haut-Rhin, TGV Rhin-Rhône, LGV Rhin-Rhône, Charles Buttner

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