Les stages de la Prévention Routière devraient être obligatoires et remboursés par les assurances auto

Publié par Traces Ecrites News, le 07 septembre 2016

SÉCURITÉ ROUTIÈRE. Pierre Leroy a été contrôlé par la gendarmerie dans une petite ville de Côte-d’Or avec un taux d’alcoolémie au volant entre 0,5 g/l et 0,79g/l, passible d’une contravention.

Pour éviter l’amende de 750 €, une (éventuelle) suspension de permis et un retrait de 6 points, ce chef d’entreprise, qui roule entre 60.000 et 80.000 km par an avec son propre véhicule et fait de nombreux déjeuners, voire dîners d’affaires, s’est vu offrir par le procureur de la République (*) la possibilité d’effectuer un stage de deux jours consécutifs auprès de l’association Prévention Routière. Et ce moyennant un chèque de 250 €.

Nous l’avons convaincu de nous expliquer cette expérience plutôt bien vécue, à condition de changer son nom et de rendre complètement anonyme les autres participants ainsi que les deux formateurs.

Pour faciliter la lecture, il nous a autorisé de réécrire ses notes éparses, d’intégrer son interview et de nous mettre dans sa peau de stagiaire. Témoignage.

 

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C'est la plupart du temps sur les routes sans danger et que l'on connait bien que les accidents mortels arrivent le plus souvent. © Prévention Routière.

 

Le libellé de la convocation ne souffre aucune contestation. Il faut être présent dès 8h30 pour l’enregistrement dans cet hôtel plutôt sympa de l’agglomération dijonnaise. Et pour cause, il y en a pas moins d’une quinzaine de participants attendant patiemment en rang d’oignons de signer le registre pour être admis dans une salle climatisée avec une grande table en U où chacun se fera face.

 

Une fois installé, pas un mot n’est prononcé, les regards sont fuyants et la soupe à la grimace servie. Comme mes compagnons d’infortune, je peste intérieurement contre cette situation qui me fait perdre deux jours de boulot, difficilement rattrapables, après avoir déjà eu, soyons franc, la possibilité de reporter deux fois le stage.

 

Nos prénoms sont indiqués sur de petits chevalets, une bouteille d’eau fraîche est à disposition et le café offert durant la matinée. Je dénombre beaucoup d’hommes et très peu de femmes. Claire et Damien, les deux formateurs - leur prénom a été changé - la jouent d’entrée décontractés pour évacuer l’ambiance lourde qui pèse sur les épaules de chacun.

 

C’est Claire, psychologue de métier, qui s’y colle en premier, expliquant le déroulé de la formation et les objectifs poursuivis. Cette femme pétulante n’a pas son pareil pour rire aux éclats de ses plaisanteries et interpeller, yeux dans les yeux, chacun d’entre nous.

 

Damien, formateur de moniteurs d’auto-écoles dans sa vie professionnelle, lui impose la distance, le visage fermé et le regard scrutateur. Nous le constaterons bien vite par la suite, ce n’est qu’une posture pour prendre le contre-pied de sa partenaire.

 

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Car, avouons-le : Damien parle avec l’accent à couper au couteau d’une des plus belles régions de France, évidemment de l’Est, qui invite à la convivialité et si j’osais l’anathème en ces circonstances : à l’apéro entre amis. Nous devons ensuite nous présenter en expliquant la faute commise et une fois la confession actée, désigner le malheureux quidam voué à nous succéder dans l’épreuve.

 

Casser les préjugés

 

C’est à ce moment que je détaille l’assemblée. Il y a des jeunes en permis probatoire, des seniors pris un canon de trop dans le nez, mais surtout une majorité de congénères entre deux âges toujours «borderline» en matière de sobriété au volant.

 

Quasi tous contrevenants à l’alcool, certains au cannabis. Nous sommes là en stage alternatif (**) à la poursuite judiciaire qui nous évite la perte de 6 points, une amende de 750 €, ainsi qu’une éventuelle suspension de permis à l’initiative de l’autorité préfectorale ou du tribunal de police.

 

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Les catégories socioprofessionnelles reflètent une majorité de métiers et de statuts. Bref, une communauté qui confine au parfait microcosme. L’épreuve du pedigree et de la contrition se passent avec franchise, voire totale transparence.

 

Tout le monde semble sympa, à l’exception d’un cadre sup qui n’adressera la parole à personne durant nos 14 heures de vie commune, si ce n’est pour tenter de démontrer, au moment du travail en groupe, toute sa supériorité intellectuelle vis-à-vis des pauvres quidams que nous sommes.

 

L’atmosphère vire progressivement à la décontraction, même à l’esprit potache, et l’on commence à casser les préjugés, du type « femmes au volant, mort au tournant », « je connais la route par cœur », ou encore, « je tiens bien l’alcool »…

 

Damien n’a pas son pareil pour exécuter, à coups de statistiques redoutables, l’éventuel contestataire, jeune ou vieux. Il est 11h30 cette première matinée. Nous entrons vraiment dans le vif du sujet par un petit cours de droit qui fait froid dans le dos.

 

preventionroutiereCar si l’on sait que la sanction dépend du taux d’alcoolémie, une simple contravention à moins de 0,79 g/l et un délit pénal, relevant du tribunal correctionnel au-delà, bien peu connaissent les conséquences en cas d’accident ayant fait des victimes corporelles et des tués.

 

Sachez que les assurances ne couvrent pas les frais de santé, c’est-à-dire celles de la Sécurité sociale pour soigner les victimes et que les proches de ces dernières peuvent en outre se retourner pour obtenir réparation. Cerise sur le gâteau, contrairement aux dettes fiscales, elles peuvent être transmissibles aux proches.

 

Brrrrr ! Le ton est donné. Les animateurs ménagent leurs effets et invitent pour respirer avec quelques digressions sur des dates. Voici les principales :

- 1986, apparition du contrôle technique,

- 1992, le permis à points entre en application,

- 1994, le taux d’alcoolémie autorisé ne doit pas dépasser 0,50g/l. Il pouvait atteindre 2g/l avant 1977.

- 2013, mise en service du premier radar automatique.

 

19 heures à attendre

 

Les formateurs nous fait aussi rire en montrant quelques publicités pour des boissons connues, dont l’une inviterait presque à « rouler bourré », titre célèbre d’une chanson du groupe Au Bonheur des Dames. Autre temps, autres mœurs !

 

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Le côté ludique atteint son paroxysme avec une vidéo de 23 secondes où l’on doit compter le nombre de passes à la main que se font trois joueurs vêtus de blanc, entourés de joueurs en noir. Tout le monde se plante évidemment et Damien demande avec un zeste de malice si l’on n’a rien remarqué d’autre. J’ai honte, un gorille tout en noir est venu se planter au milieu du décor les trois quarts du temps et je n’y ai vu que du feu.

 

Tout cela pour dire que le cerveau est très sélectif et que téléphoner au volant, même avec un kit main libre, perturbe notamment le temps de réaction pour éviter un obstacle ou effectuer un freinage d’urgence. D’ailleurs, les assurances ne couvrent pas en pareil cas, surtout s’il y a accident corporel, la preuve étant très facilement donnée par les opérateurs.

 

Il reste maintenant une demi-journée de stage à effectuer et l’on attend avec impatience les explications sur l’alcoolémie au volant, ainsi que celles sur la conduite sous l’emprise de psychotropes, principalement le cannabis.

 

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On sera pas déçu et sans vous emmener dans des calculs par trop savants, sachez qu’avec mes 98 kg et mon 1,85 mètre, je peux boire 2,7 verres sans commettre la moindre infraction.

 

Mais nous sommes allés bien plus loin, en considérant une fête mémorable entre amis où la quantité d’alcool absorbée équivaut à 13 verres de 11 g d’alcool pur. Le temps d’élimination varie de 0,10 g par heure, pour les foies bien portants, à 0,05 pour ceux plus fatigués.

 

Aussi, dans mon cas, je devrais attendre pas moins de 19 heures. « Considérez qu’en dormant ou en ayant bien mangé, vous éliminez encore moins vite », glisse, avec un rien de perfidie, Claire. Vous l’aurez compris rester dormir sur place ne sert à rien si l’on repart le lendemain vers midi après une telle beuverie.

 

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Damien enfonce un clou mortel en nous disant que les forces de l’ordre peuvent même contrôler sur un parking ouvert à la circulation - ceux des boîtes de nuit, des grandes surfaces, des restaurants…- le pauvre conducteur qui cuve dans son véhicule.

 

Niveau fumette, c’est pire. Il faut trois jours au minimum de relargage après avoir fumé un joint occasionnel, trois semaines avec une consommation d'au moins d’une fois par semaine et de trois mois à six mois si l’on est dépendant.

 

Damien à ce moment devient grave et détache la moindre lettre : C.A.N.N.A.B.I.S plus C.O.C.A.Ï.N.E au volant = D.A.N.G.E.R M.O.R.T.E.L.

 

Voilà, le stage s’achève par la remise de l’attestation de suivi qui sera directement transmise au procureur. Nous remercions chaleureusement nos deux formateurs. Chacun est pressé de rentrer chez soi.

 

J’ose une mauvaise plaisanterie à la cantonade : « Allez, les gars, un petit dernier pour la route ! », qui ne fait rire personne.

 

Pierre Leroy tient aussi à préciser que le stage décortique avec minutie, selon différentes vitesses du véhicule, les distances d'arrêt qui intègrent les distances liées au temps de réaction et celle due au freinage. La formation explique par ailleurs le champ visuel du conducteur en fonction de sa vitesse et répond à de nombreuses questions de stagiaires, notamment sur la manière de passer un feu orange avec l'esprit tranquille.

 

(*) Tous les procureurs n’offrent pas une telle opportunité, mais une fois et une seule dans la vie d’un conducteur.

 

(**) En dehors de ce dernier, il existe le stage volontaire pour la récupération de quatre points ; le stage obligatoire pour les jeunes conducteurs qui ont perdu 3 points et le stage de peine complémentaire ou d’obligation imposée dans le cadre du sursis avec mise à l’épreuve.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Emploi - Formation

Mots-clés : Formation, routes, Prévention Routière, alcoolémie, conduite, cannabis, stage alternatif

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1 réponse(s) à "Les stages de la Prévention Routière devraient être obligatoires et remboursés par les assurances auto"

  1. PERRIERdit :

    Voir et revoir "Tout est permis" un film de Coline Serreau* (disponible en Dvd) * laquelle est fortuitement ce soir sur France Culture à 20 heures

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