Renaissance de la léproserie de Meursault

Publié par Christiane Perruchot, le 02 octobre 2015

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PATRIMOINE/BOURGOGNE. Enfin rénovée, elle a été l’une des vedettes des journées du patrimoine en Bourgogne.

Avec son extension contemporaine, la léproserie de Meursault (Côte-d'Or) transformée en salle municipale de réception, a suscité la curiosité de centaines de visiteurs.

Il a fallu près de quinze ans pour boucler ce projet qui a coûté 4,5 millions d’€ et dompter de multiples difficultés techniques liée à l'abandon du lieu pendant des décennies.

 

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L'arrière de la léproserie... ©Martin Argyroglo.

 

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...avec l'extension en bois et zinc. ©Martin Argyroglo.

 

Le bouche à oreille l’a batpisée léproserie, mais sa destination première, donnée par son fondateur Hugues II, duc de Bourgogne, au début du 12ème siècle - précisément en 1142 - était une auberge hospitalière qui accueillait des malades. Laurent Guyot, historien restitue cette vérité aux visiteurs, en ce week-end des journées du patrimoine, les 19 et 20 septembre dernier.

 

Les ruines à l’entrée du village viticole de Meursault, près de Beaune (Côte-d'Or) ont longtemps intrigué les visiteurs de passage, engoncées en contrebas de la route. De la bâtisse originelle, il ne reste plus que la chapelle avec son portail au tympan sculpté, une partie de la nef, du chœur et de la salle des pauvres (des malades).

 

Jusqu’à il y a une dizaine d’années, les lieux ont servi de hangar agricole. « Dans la chapelle, au moment du concours d’architecture, il y avait une étable et des tracteurs », se souvient Simon Buri.

 

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La léproserie, vue de la route départementale, avant sa restauration...

 

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...et après sa restauration. ©Martin Argyroglo.

 

Une restauration sobre, dans l’esprit d’une église

 

C’est à cet architecte de Sombernon (Côte-d'Or) que la municipalité de Meursault, propriétaire, a confié la restauration avec le parisien Frédéric Jung. Le premier s’est occupé de la partie historique inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques ; son confrère réalisant l’extension nécessaire à la destination finale des lieux : des salles d’exposition et de réception.

 

Le parcours fut de longue haleine : le concours date de 2001 et les travaux qui ont duré 3 ans et demi, se sont achevés au printemps dernier. Il a fallu réunir un budget de 4,5 millions d’€ au final et dompter les multiples difficultés techniques du chantier.

 

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La chapelle. © Martin Argyroglo.

D’abord maîtriser les infiltrations dues à la nappe phréatique qui affleure à la surface. Puis dégager le sol du plancher bétonné et démolir les cloisons en parpaings qui cachaient les piliers originels, installées pour héberger les engins agricoles.

 

Il fallut aussi réparer les dégâts provoqués par le temps. La voûte de la nef était tombée, certaines fermes de la charpente fragilisées, des baies étaient murées, les fresques avaient quasiment disparu.

 

Après un important programme de fouilles archéologiques, l’architecte choisit de restaurer les lieux sobrement, dans l’esprit d’une église, sans isolation, simplement en assainissant le bâtiment.

 

Les fresques n’ont pas été reconstituées, mais quelques vestiges de décor ont été mis au jour et juste préservés. La toiture de laves calcaires a en revanche été refaite : une couverture d’un poids d’environ 500 kg le mètre carré, posée sur une volumineuse charpente neuve.

 

« Comme le projet comprenait une partie contemporaine qui remplit les fonctions d’accueil, il a été possible de traiter la partie historique de cette façon, sans aménagement, en mettant simplement en valeur le volume de l’édifice et la pierre calcaire », résume Simon Buri. L’éclairage zoome sur certains détails architecturaux pour attirer l’attention du visiteur.

 

Du bois et du zinc côtoient la pierre

 

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© Martin Argyroglo.

 

Confiée à Frédéric Jung, l’extension neuve dans le prolongement de la chapelle forme une cour qui évoque l’existence d'un probabe cloître. Sa forme déstructurée et les matériaux choisis tranchent volontairement avec la rigueur de la pierre. Le bâtiment qui abrite une salle de réception, les sanitaires et les locaux techniques, est construit en bois et recouvert d’une grande enveloppe de zinc traité pour préserver sa couleur argent.

 

L’enclos qui constituait le domaine a été conservé et accueille un verger conservatoire tout en laissant la possibilité d’éventuelles fouilles, un jour... Car la léproserie n’a pas encore livré tous ses secrets.

 

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Les petites ouvertures de la salle de réception rappellent celles du bâtiment historique. ©Traces Ecrites.

 

Les entreprises qui ont réalisé les travaux : maçonnerie, Pateu et Robert (Besançon) ; couverture en laves, Hory Marçais (Dijon) ; couverture en zinc, Les Charpentiers de Bourgogne (Côte-d'Or) ; construction bois, Adeco, menuisier (Châtillon-le-Duc, près de Besançon).



Roger Martin BTP
Article classé dans : Evasion

Mots-clés : Bourgogne, Côte-d'Or, patrimoine, Monuments historiques, léproserie de Meursault, réhabilitation, Simon Buri, Frédéric Jung

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3 réponse(s) à "Renaissance de la léproserie de Meursault"

  1. christophe Fdit :

    j'ai visité la "léproserie de Meursault" hier après-midi, à l'occasion des journées du patrimoine, et c'est avec un grand plaisir que j'ai pu constater une superbe restauration d'un monument ancien; Beaucoup de monuments anciens furent remaniés au cours des siècles sans que ça ne choquât quiconque; imaginez un instant, si Louis XIV avait laissé en l'état le rendez-vous de chasse de son père, il nous aurait privé d'un superbe monument aujourd'hui; l'idée que chaque génération de bâtisseurs, laisse une trace pour continuer à faire vivre ou évoluer un bâtiment me sied à ravir; l'association de l'ancien avec le contemporain est un mariage des plus réussi;

  2. garnier géralddit :

    Je dois refaire la toiture de ma maison qui est en partie en petites tuiles plates, je ne vois pas pourquoi je dois faire un toit en petites tuiles qui va me coûter beaucoup plus cher que si je refais ma toiture en tuiles mécaniques. Je le ferai quand même si je dois aller devant un tribunal. Pour ma part, je considère que la rénovation de ce monument est un gâchis financier, j'espère qu'on l'on enverra pas voir ce témoin du passé défiguré à nos chers enfants. Honte aux Monuments de France qui ont permis cela, je me demande à combien s'élèvent les dessous de table pour faire cette monstruosité. Garnier Gérald, 35 rue Charles Giraud 21190 Meursault

  3. Bernard GARNERETdit :

    Très belle rénovation mais un blâme en ce qui concerne les hangars d'avions accolés à cette si belle architecture. Je n'ose pas imaginer les problèmes si j'avais fait la même chose lors de l'extension de ma maison. Deux poids, deux mesures ?

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