Le vin de Bourgogne nage entre deux eaux

Publié par Christiane Perruchot, le 21 mars 2012

VINS. Les Grands Jours de Bourgogne s'ouvrent cette semaine dans un climat mi-figue, mi-raisin pour le héros de cet événement biennal : le vin de Bourgogne. Importateurs, cavistes, restaurateurs et sommeliers dégustent à la propriété pour dénicher les vins qu'ils mettront sur le marché.

La belle santé à l'export, en particulier aux États-Unis et en Asie, ne masque pas l'humeur morose des marchés de proximité, français et européens, malgré une petite lueur d'espoir dans les contrées encore peu consommatrices de Europe de l'est.

Cette grande opération de marketing direct (2110 visiteurs en 2010, 40 pays représentés) se déroule dans une période complexe. Décidé pour évacuer les méventes des vins de première gamme, le rapprochement des vignobles du Beaujolais et du Bourgogne met en exergue une période économiquement difficile, surtout pour les premiers, et des heurts d'ordre culturel.

La mobilisation, ces derniers jours, contre la suppression programmée en 2016 des droits de plantations viticoles en Europe, illustre une nouvelle inquiétude. La suppression des contrôles, laissant les viticulteurs planter le volume qu'ils souhaitent, ouvre, selon les professionnels, des risques de surproduction et de baisse des prix.

Vendredi dernier, 80 élus des régions viticoles françaises et professionnels de la filière vin se sont retrouvé au conseil régional de Bourgogne pour signer "l'Appel de Dijon".

Cette actualité est l'occasion de publier un état des lieux de la colonne vertébrale du vignoble bourguignon, récemment paru chez notre confrère et partenaire Dijon Beaune Mag.

À la question : Quel est le poids économique du vin de Bourgogne entre Dijon et Beaune ?, on peut apporter des réponses divergentes. Dans l'oeil d'un grand angle, le bourgogne ne pèse pas lourd. Ses 204 millions de bouteilles vendues en 2010 sont une goutte d'eau dans l'océan du marché mondial du vin et ses 35 milliards de bouteilles.

Un zoom relativise ce regard lilliputien. La filière vins représente 45 200 emplois directs et indirects en Bourgogne. Bien plus que la métallurgie, premier secteur industriel de la région qui emploie environ 20 000 salariés. Avec 1,2 milliard d'euros, la "maison vins de Bourgogne" est la 3ème entreprise de Bourgogne en termes de chiffre d'affaires, après un distributeur de carburants et un exploitant d'autoroutes… . Les deux tiers des ventes sont réalisés par les négociants éleveurs, le reste par lses propriétaires récoltants.

Autre indicateur (1), le bourgogne est générateur de devises. Durant la campagne 2010-2011 (2), les ventes à l'étranger ont atteint 629 millions d'euros. En pleine crise, elles continuent d'augmenter, en volume (+ 6,4%) et en valeur (+ 18,8%), ce qui représente 8% des exportations de la Bourgogne, tous secteurs confondus.

L'équivalent d'un petit groupe industriel

Zoom encore. Le corridor d'une cinquantaine de kilomètres, entre Dijon et Beaune, où mûrissent les crus parmi les plus réputés au monde - Romanée Conti, Corton Charlemagne, Montrachet, Chambertin... - fournit 1/3 du volume du vignoble bourguignon et environ 40% des vins rouges. Le chiffre d'affaires peut être estimé à plus de 350 millions d'€ (3). L'équivalent d'un petit groupe industriel. En 2010, les ventes à l'étranger des grands crus rouges ont atteint 50 millions d'€, celle des villages et Premiers crus rouge de la Côte de Nuits 43 millions, suivis des villages et Premiers crus de la côte de Beaune, avec 32 millions. Les blancs (grands crus, Premiers crus et villages) se sont exportés pour 63 millions d'€.

«Aujourd'hui, le viticulteur revêt davantage les habits d'un chef d'entreprise que d'un homme de la terre, il traverse les mutations que l'agriculture a vécu il y a 15-20 ans», affirme Raphaël Dubois, président de la commission communication du bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). En cause, le durcissement des normes et la complexité des règles commerciales et de gestion alourdissent les investissements et pèsent sur la rentabilité des entreprises.

Cette mutation profite aux multiples métiers qui se sont développés au fil du temps entre Beaune et Dijon autour de la vigne et du vin. La gestion intergénérationnelle des domaines avec le grand-père, le petit-fils en passant par le grand-oncle et le cousin qui étaient autant de bras bien utiles aux travaux manuels, a cédé la place à des entreprises spécialisées dans les travaux viticoles et à des fournisseurs de personnels, bien au-delà de la période de vendanges. Les agences d'intérim de Beaune proposent régulièrement des missions de quelques semaines pour les labours, la taille, l'effeuillage, voire l'assistance en cave.

De multiples métiers

Fabricants de bouteilles, de tonneaux, de matériels de manutention et d'engins, imprimeurs d'étiquettes, cartonniers, fournisseurs de bouchons, de matériels de cave sont autant d'industriels et commerçants qui vivent de la vigne, même si la mise en concurrence a élargi l'horizon des viticulteurs et négociants au-delà de la ligne des coteaux de Beaune et de Nuits.

Une filière de recherche et d'enseignement supérieur s'est également structurée. Des formations techniques avec l'institut universitaire de la vigne et du vin Jules Guyot, commerciales à l'instar du master en commerce international de l'école supérieure de commerce de Dijon ou encore sociologiques comme la chaire Unesco Vins et Société à l'Université de Bourgogne, se sont greffées autour de l'historique "Viti" de Beaune qui regroupe le lycée viticole de référence et un centre de formation continue.

A défaut d'étude récente qui permettrait de chiffrer le poids économique de la filière vitivinicole, on peut sans risque ajouter le tourisme et le commerce, en boutique et maintenant virtuel. Le nombre d'hôtels s'avère insuffisant en période de vente des vins des hospices de Beaune ou de Saint-Vincent. Des agences de voyages se sont spécialisées sur le créneau des conventions d'affaires qui se terminent immanquablement par une descente de cave ou une dégustation. Les professionnels de l'immobilier et les entrepreneurs du bâtiment profitent aussi de l'attrait des amateurs de vins, français et étrangers, pour les vieilles pierres.

(1) Source des chiffres: Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne, direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation,du Travail et de l'Emploi (Direccte), Insee Bourgogne 2008, Entreprises et Performances.

(2)  Une campagne est la période entre deux vendanges.

(3) Extrapolation faite d'après les chiffres des ventes à l'export des grands crus, Premiers crus et villages des côtes de Nuits et de Beaune et des ventes en grandes surfaces, auxquels nous avons ajouté la vente directe ainsi qu'une part des appellations régionales et des Crémants.

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Crédit photos : BIVB



Roger Martin BTP
Article classé dans : Entreprises

Mots-clés : Dijon, Beaujolais, Beaune, exportations, vins, viticulture, Vins de Bourgogne, Les Grands Jours de Bourgogne

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1 réponse(s) à "Le vin de Bourgogne nage entre deux eaux"

  1. fourcade andredit :

    Je suis très étonné du chiffre de 45 000 emplois cités ici sur un total de 662 000 emplois dont 576 000 salariés en Bourgogne et 34 000 emplois dans l'agriculture (chiffres 2008 cités dans les chiffres clés de la Bourgogne - janvier 2012 ). Même si les chiffres ont un peu varié depuis.

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