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Des taux historiquement bas, le paradoxe d’une croissance sans inflation

Publié par La Rédaction, le 30 mai 2018

AVIS D'EXPERT/FINANCE. Nous vivons désormais depuis plusieurs années avec des taux d’intérêt extraordinairement bas. Les taux d’intérêt longs, servant de référence aux emprunts d’Etat, sont en France inférieurs à 1% depuis presque 3 ans. Ce sont les plus bas que nous ayons connus depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Les taux d’intérêt courts sont négatifs depuis deux ans et demi, ce qui signifie concrètement que les banques françaises payent pour déposer de l’argent auprès de la Banque Centrale Européenne (BCE).

Analyse par Bruno Duchesne, directeur général de la Banque Populaire de Bourgogne - Franche-Comté.

 

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© Banque Populaire de bourgogne - Franche-Comté.

 

Avant-propos

 

Cette situation procure évidemment un avantage considérable aux emprunteurs. Les taux d’intérêt des crédits immobiliers, par exemple, se situent aujourd’hui aux environs de 1.50 à 1.75 %, là où ils étaient il y a quelques années à 3 ou 4 %. Mais cette médaille a son revers, dans la mesure où, a contrario, l’épargne est très faiblement rémunérée, et oblige ceux qui souhaitent un rendement significatif à prendre du risque, à travers par exemple les investissements en unités de compte dans les contrats d’assurance-vie.

 

• La situation actuelle de taux très bas va-t-elle durer ?

 

Sur un plan théorique, cette situation devrait se terminer assez rapidement, parce que toute une série de bonnes nouvelles économiques sont au rendez-vous de 2017 et vraisemblablement de 2018. La croissance mondiale est de retour et retrouve enfin les niveaux qu’elle connaissait avant crise, ceux de la période 1997-2007, et cette croissance est désormais supérieure à 4 % par an.

 

Ce phénomène touche toutes les zones économiques, et en particulier la zone euro où la croissance du PIB se situe aux environs de 2 %, avec des indices de confiance très supérieurs à ceux des dix dernières années, laissant prévoir une croissance solide et durable. La France en bénéficie avec une croissance réévaluée à 2 % en 2017 et une croissance attendue entre 1.5 et 2 % en 2018.

 

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Tout ceci a des conséquences très positives pour l’emploi, avec des créations de postes dans le secteur privé, et un taux de chômage qui baisse désormais régulièrement. Cette situation est donc théoriquement favorable à la croissance des taux d’intérêt, pour deux raisons. La première est que la croissance, comme on l’a vu, amène des créations d’emplois, et donc avec la diminution progressive du chômage, doit amener une augmentation des salaires qui est le premier élément d’une hausse des prix.

 

Par ailleurs, les phases de croissance permettent aux banques centrales de reconstituer les instruments de la politique monétaire, les taux d’intérêt en étant un facteur essentiel.

 

Ces éléments conceptuels, maintes fois démontrés et commentés par les économistes classiques, sont aujourd’hui démentis par les faits. Les anticipations d’inflation dans la zone euro sont limitées, et en tout état de cause inférieures à 2 %.

 

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Cliquez sur le graphique pour l'agrandir. © Banque Populaire.

 

• Allons-nous vers un nouveau modèle de croissance sans inflation ?

 

Le paradoxe de la croissance sans inflation peut être expliqué par deux facteurs qui caractérisent la période économique que nous vivons :

 

- Le premier est l’absence d’inflation importée, constituée de l’inflation des matières premières, et spécifiquement de l’énergie. Si on compare la période que nous vivons à celle des années 90, nous constatons que la part de l’industrie dans le PIB de la zone euro, et particulièrement dans le PIB français, a chuté de façon considérable, le secteur secondaire ne représentant plus que 12 % du PIB français.

 

Dans les périodes précédentes, dès que la croissance revenait, avec une activité en augmentation, les importations de matières premières progressaient, entraînant la hausse de leur prix. Aujourd’hui, la croissance se réalise beaucoup moins par le biais de l’industrie : les importations de matières premières sont donc plus faibles, et pèsent en réalité assez peu sur l’indice des prix.

 

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-  Le second facteur est que contrairement à ce que nous connaissions depuis 40 ans, la baisse du chômage ne produit pas d’augmentation des rémunérations. Ce phénomène, particulièrement visible aujourd’hui aux Etats-Unis où le taux de croissance est significatif et le taux de chômage inférieur à 4 %, se dessine également en Europe.

 

L’explication tient au fait que les économies des pays développés, qui sont fondamentalement des économies de service, créent des emplois aux deux extrémités de la valeur ajoutée, à la fois des emplois d’exécution faiblement qualifiés et à l’autre bout du spectre, des emplois à forte valeur ajoutée, par exemple dans les services informatiques.

 

La classe moyenne, techniciens supérieurs, agents de maîtrise, contremaîtres, qui caractérisait les catégories d’emplois des années 1980 à 1990, n’est plus représentée dans la création d’emplois. Dans le passé, ce sont elles qui bénéficiaient de la croissance et donc des augmentations de rémunérations la transformation de nos économies, liée à la fois à la mondialisation, avec pour conséquence la diminution importante du secteur industriel, remet ainsi en cause le dogme du lien entre la croissance et l’inflation.

 

bduchene• Cela signifie-t-il pour autant que les taux d’intérêt resteront bas durablement ?

 

La réponse est clairement négative. En premier lieu, la Banque Centrale Européenne va cesser sa politique de rachat de dettes en septembre 2018. Or, cette politique de rachat de dettes d’état, en particulier, contribue de façon très significative au maintien de taux d’intérêt longs faibles.

 

D’autre part, la Banque Centrale a absolument besoin de reconstituer ses instruments de politique monétaire qui sont traditionnellement de trois natures : les taux de change, les taux d’intérêt et les rachats de dettes. 

 

Avec des taux d’intérêt courts négatifs à - 0.40 % aujourd’hui, la capacité d’intervention de la Banque Centrale, pour peser encore sur les marchés, est extrêmement limitée.

 

Elle doit donc, comme la Réserve Fédérale américaine, entamer très progressivement, mais de façon certaine, une politique d’augmentation des taux d’intérêt courts, pour profiter de cette phase de croissance et reconstituer ses marges.

 

Ce n’est pas parce que la croissance ne produit plus d’inflation que les taux d’intérêt ne monteront plus, ils vont vraisemblablement entamer leur progression à partir du second semestre 2019, de façon lente certainement, mais de façon durable assurément.



Roger Martin BTP
Article classé dans : Avis d'expert

Mots-clés : inflation, Banque Populaire de Bourgogne-Franche-Comté, Bruno Duchesne, finance mondiale

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